Boekgegevens
Titel: Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
Auteur: Herrig, Ludwig; Helderman, D.J.
Uitgave: Deventer: A. ter Gunne, 1871
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: NO 09-353
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_200765
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse taalkunde
Trefwoord: Leesvaardigheid, Frans, Leermiddelen (vorm)
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   Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
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On ne pouvait donc prendre une décision
aussi sérieuse sur le sort de son neveu, sans
le consulter. D'ailleurs, on était à la fin de
juillet, et on n'aurait pas longtemps à atten-
dre les conseils de l'oncle.
En attendant le départ pour la campagne,
mon maître fut consigné dans sa chambre ;
son père ne lui adressa plus la parole pen-
dant les repas, et sa mère s'imposa la pé-
nible tâche de ne le point embrasser. Pierre
Bertrand eut donc tout le loisir possible pour
faire ses préparatifs de départ, et je ne le
vis pas sans surprise me prendre et me
fourrer dans sa malle. Je ne m'expliquais
pas pourquoi il m'emportait ainsi.
— Voudrait-il donc travailler à la cam-
pagne? me disais-je avec stupéfaction.
lîélas! je ne me doutais pas alors des
cruels projets qu'il avait sur moi. Je ne
l'appris que trop tôt, et le lendemain même
de notre arrivée à la campagne. L'oncle
avait d'abord vertement tancé son neveu,
mais, après la semonce, il avait dit aux
parents :
— Allons ! consolez-vous , mes amis .. .
Eh bien I si nous ne pouvons pas faire autre
cliose de Pierre, nous en ferons un mousse.
Et qui sait? il deviendra peut-être amiral uu
"our... Mais, en attendant, il faut le
aisser s'amuser un peu .. .
Et c'est dans cette intention sans doute
que l'oncle donna à son neveu un joli petit
fusil pour faire la chasse aux moineaux , en
lui recommandant d'être prudent. C'était une
promesse ,faite l'année d'avant qu'il acquit-
tait par-là. Pierre ne se sentit pas de joie,
et il riait et faisait mille folies en me tirant
de la malle où il m'avait enfoui, en prévi-
sion, je n'en puis plus douter , du bonheur
qui lui arrivait. Il me descendit à la cuisine
et m'y laissa en compagnie du Parfait
Cuisinier, de M. Carême, après m'avoir —
le cruel ! arraché une dizaine de feuilles
qu'il froissa dans sa poche.
— Que va-t-il faire de moi ? pensais-je
avec frayeur.
— Je ne fus pas longtemps dans cette
incertitude, et je vis bientôt que j'étais
destiné à faire des bourres et à aller m'a-
néantir en détail dans le canon de son fusil.
Je le croyais du moins au train dont il y
alla durant le mois qu'il passa à la cam-
pagne. Presque tous les jours c'étaient de
nouveaux rapts faits à mon volume. Je
n'étais plus ce gros dictionnaire si rebondi ;
je maigrissais , et pourtant — voyez la bi-
znri;erie — je devenais tous les jours de
plus en plus gras, par suite de mou séjour
dans la cuisine et de mon contact avec le
Parfait Cuisinier.
Passez cette mauvaise plaisanterie à un
pauvre dictionnaire à l'agonie ; mais vous'
avez compris, je n'en doute pas, que la
graisse dont je parle n'atteignait que ma
couverture et s'y répandit pour me rendre
encore plus méprisable. Ah! je l'avoue,
j'aurais voulu que le séjour à la campagne
durât trois mois de plus, afin de me voir
anéanti complètement, et d'en finir avec une
vie si désastreuse. Mais je n'étais pas au
bout, j'étais réservé à une lacération plus
cruelle encore, et ce n'était là que le com-
mencement de la fin.
Quelques jours après le retour à Paris de
la famille Bertrand, Pierre, sur l'ordre de
son père, s'était engagé comme mousse dans
la marine marchande. N'allez pas croire
qu'on ait eu beaucoup de peine à l'y con-
traindre ! 11 était au contraire enchanté.
Ne connaissez-vous pas bieu déjà son carac-
tère? N'était-ce point un état tout nouveau
qu'il allait embrasser? N'allait-il pas mener
une vie nouvelle? 11 se faisait une fête de
tout cela, sans songer que tout n'était pas
roses dans çet état, et qu'il s'en dégoûterait
bientôt, comme il s'était dégoûté du travail
et de l'éducation particulière. 11 avait bien
le temps, ma foi, de penser à cela! Les
apprêts que l'on faisait pour son départ,
l'espèce de petit trousseau ç^u'on lui préparait,
l'occupaient tellement qu'i oubliait môme le
chagrin que tout enfant qui a du cœur doit
ressentir au moment de quitter ses parents
pour bieu longtemps peut-être.
En revanche, il n'oubliait pas tout ce
qui pouvait lui procurer du bien-être pen-
dant son voyage et ce qui était capable
d'augmenter la petite somme qu'il empor-
tait avec lui. Un beau matin, il rassembla
tout ce qui lui restait de ses livres de
classe — pauvres livres aussi maltraités
que moi pour la plupart — ; après avoir
obtenu l'autorisation de sortir, il les mit en
caquet sous son bras dans l'intention de
es vendre. J'avais été, je ne sais par qUi,
remis dans ses bagages lorsqu'il avait quitté
la campagne; je me trouvais donc nécessaire-
ment faire partie du paquet que mon maître
emportait.
11 existe, dans le quartier de la Sorbonne,
une petite rue monteuse, qui traverse de
la rue de Saint-Jacques à la rue de la
Harpe et qui s'appelle la ruades Grés. Dans
cette rue, on voyait autrefois de petites
échoppes en bois, occupées presque toutes
par des bouquinistes , qui faisaient spécia-
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