Boekgegevens
Titel: Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
Auteur: Herrig, Ludwig; Helderman, D.J.
Uitgave: Deventer: A. ter Gunne, 1871
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: NO 09-353
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_200765
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse taalkunde
Trefwoord: Leesvaardigheid, Frans, Leermiddelen (vorm)
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   Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
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80 —
Cependant le charme du changement, la
nouveauté du m'ode d'éducation qu'il allait
suivre désormais portèrent leur fruit pen-
dant une quinzaine, et mon maître se livra
d'abord avec ardeur au travail,
— 11 ira, disait chaque jour M. Japin à
M. Bertrand, le père de mon maître, au
moment oîi il quittait la leçon,... il n'est
pas fort, mais je crois qu'il ira!
Le père et la mère étaient ravis et se
laissaient aller à l'espoir ^e leur sacrifice
ne serait pas inutile. Pierre Bertrand, choyé,
caressé par ses parents, était enchanté lui-
même, et il n'était pas jusqu'à moi qui ne
prît sa part du contentement général, et
voici pourquoi. Un jour, de cette bien heu-
reuse quinzaine, mon maître, dans la tra-
duction d'un dialogue des morts de Lucien,
avait fait un contre-sens.
—■ Vous n'avez donc point de diclion-
naire grec ? avait demandé le professeur.
— Oh! si, monsieur, répondit mon maî-
tre, en me outrant.
— Alors vous y avez mal cherché...
passez»moi-le, que je vous montre comment
on cherche dans le dictionnaire.
Mon maître me prit dans ses deux mains
et me présenta à M. Japin. Mais, à ma
vue, celui-ci qui tendait déjà la main, la
retira vivement; il me regarda de travers,
hésita à me prendre et se décida à n'en
rien faire.
— Cherchez vous-même, dit-il enfin à
mon maître... il n'est pas possible d'avoir
un dictionnaire plus dégoûtant. .. j'aurais
peur de me graisser en y touchant.
Et pendant que mon maître feuilleta mes
pages en lambeaux, il ajouta:
— Que vois-je? Des bonsiiommes par-
tout ! . . . Presque toutes les pages dé-
chirées.. . ou salies... Hum! Hum!...
murmura-t-il à part, cela sent son paresseux
d'une lieue.Je crois que j'ai déterré là
un triste élève.
L'étrange effet que je venais de lui pro-
duire était, certes, bien humiliant pour moi;
et pourtant j'en éprouvai une certaine satis-
faction; mon maître était jugé, grâce à moi...
N'était-ce point le commencement de ma
vengeance ? Cependant ce mauvais sen-
timent ne dura point longtemps et il fit
place chez moi à une émotion bien douce
quand je vis, après le départ du professeur,
mon maître, qui n'avait pas été sans remar-
quer l'effet désagréable que j'avais produit
sur M. Japiù, recoller mes pages avec du
papier végétal; j'allais donc de nouveau être
entouré de soins; je pouvais donc compter
sur un pp de tranquillité dans ma vieillesse
prématurée! Mon maître s'occupait de moi
et pansait mes blessures! J'avoue que ces
soins inattendus me flattèrent au dernier
point et que l'espérance entra dans mon
cœur. Hélas! bien fol espoir! Mon maître
faisait ce qu'on appelle vulgairement balai
neuf, et le premier mois de son éducation
particulière n'était pas achevé que j'étais
abandonné de nouveau et qu'il était retourné
à sa paresse!
Néanmoins, le professeur ne se décou-
ragea pas d'abord, et un autre mois se
passa de sa part en efforts inouïs pour faire
travailler mon maître. Mais, au bout du
second mois, convaincu qu'il tentait une
tâche impossible, il alla trouver M. Ber-
trand, et lui dit:
— Monsieur . . . votre fils est incorri-
gible ... la paresse est si profondément
enracinée chez lui, qu'il serait au dessus
de mes forces de l'extirper de son cœur...
Je crois que l'éducation particulière ne lui
convient pas. Elle peut être- bonne pour
un enfant plein de bonne volonté et d'ar-
deur au travail... Mais pour un paresseux
de sa trempe, l'éducation en commun est
encore ce qu'il y a de mieux . .les riva-
lités, l'émulation peuvent éveiller l'amour-
propre et amener des résultats.,, Je viens
donc vous engager à mettre votre fils en
pension . . .
— Mais, monsieur... il y était... e^ sa
paresse et sa mauvaise conduite l'en ont
fait chasser.
— En ce cas, monsieur, faites-en un
marchand, un ouvrier ... ce que vous vou-
drez . . . Quant à moi, je déclare votre fils
incorrigible, et comme je ne veux pas vous
voler votre argent, je renonce, à partir d'au-
jourd' hui, à faire son éducation.
La retraite de M. Japin fut un coup
terrible pour les parents de Pierre Ber-
trand. Que faire maintenant? De quoi
essayer? On agita mille résolutions toutes
plus sévères les unes que les autres. On
parla de l'embarquer comme mousse, de le
mettre en apprentissage, mais à chacune
do ces propositions, la mère se récriait.
Pauvre femme, elle espérait toujours un
retour de son fils sur lui-même! Grâce à
ses prières, elle obtint de son mari qu'on
ne se déciderait pas de suite, et qu'on at-
tendrait qu'on eût pris les conseils de l'on-
cle de Pierre Bertrand], chez lequel on de-
vait aller passer les vacances. Cet oncle
habitait la campagne; il n'avait pas d'en-
fants, il était en outre le parrain de Pierre.