Boekgegevens
Titel: Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
Auteur: Herrig, Ludwig; Helderman, D.J.
Uitgave: Deventer: A. ter Gunne, 1871
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: NO 09-353
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_200765
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse taalkunde
Trefwoord: Leesvaardigheid, Frans, Leermiddelen (vorm)
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   Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
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elles d'encre, de bleu, de vert, de rouge,
et qui plus est, avec un trou pioche au beau
milieu du corps.
Oh! pauvres livres que nous sommes,
entre les mains des enfants paresseux et
sans ordre! Et que j'envie le sort de ceux
de mes frères que j'ai laissés à la pension
Rimbert dans un état encore florissant —
Regrets inutiles! Je ne devais plus jamais
rentrer en pension, j'étais dans un état
d'abaissement tel que je ne pouvais plus
espérer de reprendre une position hono-
rable dans le monde, mon sort était tracé
désormais, et je marchais à grands pas vers
ma triste fin.
Huit jours s'étaient écoulés depuis iiotre
sortie de la pension, et Pierre Bertrand
n'était pas encore dans cette maison de cor-
rection, dont son père l'avait menacé dans
le premier moment. C'est qu'il est dans le
cœur d'un père un fonds inépuisable d'in-
dulgence pour son enfant! Et puis, disons-
le , un père se décide difficilement à con-
sidérer son rejetou comme perdu sans res-
source ; il garde toujours une espérance
secrète qui lui dit que son fils se corrigera
et — qui sait? — qu'il deviendra peut-être
un laborieux enfant et, plus tard, un jeune
homme remarîiuable.
Cette espérance du père, jointe aux vives
prières de la mère, avait donc maintenu
mon maître dans la maison paternelle. ^
C'est de la légèreté seulement, avait
dit la mère, cherchant à excuser son gar-
çon... Mais je ne le crois pas foncièrement
paresseux...
— Ni moi non plus... bien certaine-
ment .. . avait ajouté le père.. . D'ailleurs
il y a toujours de la ressource avec un en-
fant intelligent... et, certes , Pierre n'est
pas une bête...
— De qui tiendrait-il dans ce cas? . . .
reprit Mme. Bertrand. Certainement tu
n'es pas un aigle, toi... mais enfin, tu as de
l'esprit. .. quand tu veux... De mon côté...
— Oh! toi... interrompit M. Bertrand,
tu as passé à côté de la bêtise . ..
— Nous ne pouvons donc pas avoir mis
au monde un crétin.
— Je t'avoue que cela m'étonnerait...
— Non, vois-tu, c'est que l'éducation en
commun ne convient pas à notre enfant,.,
il est un peu dissipé, très-espiègle.., entre
camarades, comme cela, on s'excite... on
y met de l'amour-propre... on veut être
plus diable que les autres,., et on ne tra-
vaille pas. . . tandis que dans la maison
paternelle où l'on est seul,. ,
— C'est-à-dire que tu voudrais esaajcr de
l'éducation particulière ?
— Oui, je crois qu'elle aurait pour Pierre
les plus heureux résultats . . . Dans les col-
lèges , un professeur qui a beaucoup d é-
lèves, ne peut pas s'occuper spécialement
de chacun , ,. tandis qu'un professeur par-
ticulier . ..
— Je crois que tu as raison, ma femme,
fit le père après réflexion. Eh bien! nous
en essaierons...
J'avais entendu cette conversation qui se
tenait dans la salle à manger où mon maî-
tre, fidèle à son manque d'ordre, m'avait
oublié sur une chaise; et j'avoue que, quoi-
que ne partageant pas toutes les idées de
Mme Bertrand sur les éducations particu-
lières, je me réjouis intérieurement du pro-
jet qui venait d'être formé. Vous concevez
que, pour un dictionnaire dans ma triste
position, la vie de pension présentait mille
dangers auxquels j'échappais nécessairement,
en restant avec mon maître dans la maison
paternelle. Ce fut donc avec une vive joie,
que j'entendis Pierre Bertrand, qui venait
de paraître et auquel on avait aussitôt fait
part du projet, remercier avec effusion ses
parents de leur bonté et faire pour son tra-
vail à venir les plus solennelles promesses,
M. Bertrand, par suite de cette décision,
se mit donc en quête d'un professeur par-
ticulier. Au bout de trois jours de courses,
de démarches et de recherches, il revint,
un soir, triomphant : il avait trouvé un ex-
irofesseur d'un collège de province, tout
)ardé de diplômes et ferré à glace sur le
grec et le latin. Moyennant une somme
mensuelle de cent cinquante francs, il avait
obtenu que le professeur viendrait, chaque
jour , donner à son fils deux heures de leçon.
Certes, cela était plus cher que le prix
d'une pension, mais aussi quels résultats
différents n'avait-on pas le droit d'attendre?
Nous verrons bientôt si ce nouveau sacrifice
des parents ne sera pas simplement de
l'argent perdu.
Enfin le jour vint où Pierre Bertrand
allait commencer son éducation particulière;
et, à dix heures du matin, M. Japin, —
c'était le nom du professeur, — fit son en-
trée dans la maison où il es lérait répandre
les trésors de la science. M. Japin avait
l'air grave et sévère, et mon maître jugea,
à première vue, qu'il ne devait pas plai-
santer à l'endroit du travaif ; cette remarque
fit faire à Pierre Bertrand une légère gri-
mace, insaissible pour toiis, mais qui ne
put échapper à moi, qui le connaissais bien.