Boekgegevens
Titel: Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
Auteur: Herrig, Ludwig; Helderman, D.J.
Uitgave: Deventer: A. ter Gunne, 1871
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: NO 09-353
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_200765
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse taalkunde
Trefwoord: Leesvaardigheid, Frans, Leermiddelen (vorm)
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   Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
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que chacun soit payé pour ses œuvres, vous
allez me suivre dans mon cabinet... Quant
à vous, messieurs, continua-t-il en s'adres-
sant à tous les autres, vous serez tous en
retenue pendant un mois pour vous ap-
prendre à vous révolter... Et maintenant,
remettez les tables en ordre et reprenez vos
places.
Certes le châtiment était mérité, aussi
personne ne murmura-t-il, et chacun de ces
écoliers si turbulents et ai animés tout à
rheure regagna sa place en silence. Mon
maître, Pierre Bertrand, était enchanté d'en^
être quitte à si bon marché, aussi se faisait-
il le plus petit possible en se rendant à sa
place, pour éviter d'être,remarqué. Ce fu-
rent justement les précautions qu'il prit pour
se soustraire aux regards de M. Rimbert
qui les > attirèrent.
— M. Bertrand, dit ce dernier tout à
coup... Ah! je ne pensais pas à vous,
mais la façon dont vous vous dissimulez
pour regagner votre place me ferait croire
que vous êtes coupable. Avancez donc,
venez ici.. .
— Moi, monsieur, je n'ai rien fait, je
vous assure, se hâta de dire mon maître.
— Je ne vous ai pas vu, mais je serais
fort étonné qu'un mauvais élève comme vous,
n'eût pas profité de cette occasion de trouble
et de désordre. Voilà ce que c'est, mon-
sieur, que d'avoir une mauvaise réputation;
je vous crois capable de tout. .. Joignez-
vous à ces trois messieurs et suivez-les dans
mon cabinet.
— Mais, monsieur, je vous assure que je
n'ai rien fait, répéta mon maître.
Le domestique qui achevait de remettre
de l'ordre dans l'étude, s'approcha alors de
M. Rimbert, et lui dit:
— Ke récoutez pas, monsieur... le dic-
tionnaire que j'ai reçu sur la tête était
celui de M. Bertrand. ..
— Oh! si Ton peut dire, s'écria celui-ci.
Je l'ai bien reconnu, reprit le domestique,
je l'ai vu si souvent en balayant l'étude que
je n'ai pas pu me tromper ... 11 traîne
toujours partout ce dictionnaire, et je le
connais bien peut-être... un dictionnaire
tout gris... et si sale!
C'était bien-fait pour mon maître! son
manque de soins à mon égard lui jouait
encore un mauvais tour. Car s'il ne m'avait
pas laissé traîner pendant les vacances de
Pâques, je n'aurais pas été noirci, en dépit
de la lessive que j'eus à supporter, je n'au--
rais pas conservé cette teinte gris bleu qui
me rendait si recounaissable, et mon maître
ne se serait pas trouvé compromis par moi.
Ce qui vous prouve, mes enfants, qu'une
faute a en tous temps des conséquences
funestes, et que si elles ne sont pas tou-
jours immédiates, elles ne manquent jamais
pour se faire attendre.
Mon maître fut emmené ainsi que ses
trois camarades dans le cabinet de M. Rim-
bert, et quand celui-ci sortit de l'étude, tout
y était rentré dans l'ordre. Pierre pertrand
devait reconnaître alors qu'il n'est pas bon
d'avoir une mauvaise réputation. Mais pour-
,quoi M. Rimbert l'avait-il emmené dans son
cabinet avec ses camarades? Et quel châti-
ment allait-il donc leur infliger?
Voilà ce que se demandaient tout bas
les autres élèves; voilà ce que je me de-
mandais moi-même, quand le soir même,
le domestique, aidé du maître d'études me
ramassa dans un coin, me plaça dans la
baraque de mon maître, en compagnie de
ses autres livres, ramassés comme moi dans
quelque coin, et enleva la baraque ainsi que
celle des trois élèves appelés comme Pierre
Bertrand dans le cabinet de M. Rimbert.
Et comme je m'en allais sur les épaules du
domestique, j'entendis le maître d'études
annoncer que Pierre, Bertrand et les trois
autres étaient chassés de la pension!
Châtiment bien mérité sans doute, mais
qui allait, par un fatal contre-coup, causer
mou anéantissement complet et ma déplora-
ble fin!
M. Rimbert, aussitôt le calme rétabli,
avait pris une voiture; il y avait fait monter
les quatre élèves coupables, et les avait
menés, chacun à leur tour, chez leurs pa-
rents, auxquels il avait fait comprendre qu'il
ne pouvait plus garder leurs enfants chez
lui, par suite de ce qui s'était paËsé. Bon
gré, mal gré, il avait fallu que leurs parents
les reprissent. Je vous laisse à penser quel
fut l'accueil que Pierre Bertrand, ramené
chez son père, reçut de ce dernier. Il fut
envoyé dans sa chambre, sermonné d'impor-
tance et menacé d'une maison de correction.
Ne l'avait-il bien mérité,^ cet enfant pa-
resseux, saie, mauvaise tête, tapageur et
qui avait si peu de soins de ses livres?
Pardonnez-moi, chers lecteurs, de revenir
si souvent là-dessus, mais vous devez com-
prendre que c'est ce qui me touche le plus,
car, s'il n'eût pas eu cet aflVeux défaut,
moi qui étais entré si frais, si beau, si pim-
pant, si coquet dans cette pension Rimbert,
je n'en serais pas sorti dans l'état pitoyable
où j'étais alors, déchiré, couvert de bons-
hommes, écorné", incomplet, bariolé de ta-