Boekgegevens
Titel: Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
Auteur: Herrig, Ludwig; Helderman, D.J.
Uitgave: Deventer: A. ter Gunne, 1871
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: NO 09-353
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_200765
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse taalkunde
Trefwoord: Leesvaardigheid, Frans, Leermiddelen (vorm)
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   Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
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— rê-
vant leur assiette, sur laquelle les légumes
en question seraient laissés intacts. Ils
savaient bien que, par-là, ils contrarieraient
beaucoup Mme. Ilimbert, qui, dans sa bonté,
ne verrait pas sans chagrin ses élèves se
priver d'un plat. Quelques élèves avaient
d'abord refusé de se mettre de complot;
mais comme les chefs de la conspiration
étaient les plus grands, ils avaient facile-
ment ramené à leur avis les opposants à l'aide
d'arguments persuasifs,,., à poing fermé.
Quiconque n'entrerait pas dans la conspira-
tion des haricots, c'est ainsi qu'ils l'appelaient,
recevait une volée: tel était le manifeste
lancé par les chefs de l'entreprise.
Le fameux vendredi vint enfin, et tout
se passa comme il était convenu. M. Rim-
bert, qui avait été secrètement prévenu, se
trouvait au réfectoire. Il harangua ses
élèves, les engagea à manger les légumes
qu'on leur servait, et essaya à leur faire
comprendre que ce n'était pas là le moyen
d'obtenir qu'on ne leur en servît plus. Mais,
malgré tous ses efî'orts, n'ayant rien pu
obtenir de ses élèves qui ne répondirent
pas et se tinrent coi, il infligea une retenue
générale et une privation de sortie pour le
dimanche suivant.
Mais j'entends mes lecteurs se récrier et
se dire:
— Où veut-il en venir, ce bavard de
dictionnaire grec? Sa digression est bien
longue... En quoi tout ceci nous importe-
t-il? C'est son histoire que nous voulons,
et non celle des haricots.
M'y voici, lecteur, m'y voici! Je n'y ar-
riverai que trop vite, hélas ! pour mon mal-
heur! _ C'est cette retenue générale et cette
privation de sortie qui vont me faire jouer
le triste rôle que je remplis dans cette
affaire.
^— Oh ! c'est trop fort ! s'étaient dit les
élèves en sortant du réfectoire, nous punir
parce que nous n'avons pas mangé ! . . .
Comme si nous n'étions pas libres de ne
pas avoir faim!
— C'est affreux !
— C'est injuste !
— Nous ne le souffrirons pas !
Non ! non ! non !
Ces propos se tenaient à voix basse en
entrant dans l'étude. Mais quand le maître
d'études voulut faire mettre les élèves en
place, il rencontra tout à coup, une résis-
tance inattendue.
Non! non! c'est une injustice!., . Nous
ne voulons pas! s'écrièrent tous les élèves
d'une seule voix.
Et aussitôt, sans qu'on sût d'où cela par-
tait, on vit une quantité de livres voler par
la classe: grammaires grecques, rudiments,
dictionnaires de toutes sortes, s'élevaient,
retombaient encore, à droite, à gauche,
par-ci, par-là au milieu d'une rumeur à
rendre sourd et de cris sédïteux.
Les élèves étaient en pleine révolte, et
mon rôle commençait. Je vous ai trop
fait connaître Pierre Bertrand, mon maître,
comme un mauvais écolier, pour que vous
puissiez douter un seul instant qu'il n'ait
pas été un des premiers parmi les turbu-
lents. La révolte était à peine commencée
que j'avais déjà fait six fois le voyage du
parquet au plafond, aller et retour, et que
j'avais perdu quelques-unes de mes pages
et attrapé maintes contusions. Vous voyez
enfin que je n'avais que trop de relations
avec les légumes secs, cause de la révolte.
Cependant ce n'était là que le prélude
de la sédition; elle devait durer une heure
et me causer de bien plus cruelles souf-
frances. Le maître d'études, surpris d'abord,
n'avait compris qu'eu bout d'un instant que
ses élèves étaient en pleine révolte ; mais
dès qu'il l'eut reconnu, il jugea le fait trop
;rave pour ne pas faire venir M, Eimbert
,ui-même, et il sortit vivement de l'étude
pour aller le chercher. Cette action impru-
dente vint donner tout à coup à la sédition
le caractère le plus grave de la révolte ou-
verte; car à peine le maître d'études fut-il
sorti que mon maître s'écria:
— Ne le laissons pas rentrer. Barrica-
dons nous !
Un hourra général accueillit cette propo-
sition insurrectionnelle, et aussitôt la porte
fut fermée, et devant elle on plaça les
tables, les bancs, les barraques, et même
la chaire.
— Qu'ils viennent maintenant, s'ils peu-
vent, cria mon maître, nous pouvons nous
révolter à notre aise.
Et tous les écoliers se mirent à crier de
façon à se rendre sourds les uns les autres
et ne point entendre le maître d'études,
qui accompagné de M. Rimbert, frappait
à la porte à coups redoublés.
— Ouvrez-nous, messieurs! s'écria M.
Ilimbert, dont la voix forte domina un in-
stant le bruit. Voulez-vous ouvrir tout de
suite? ,
Mais les petits insurgés étaient lancés et
se croyaient à l'abri de la juste colère du
maître.
— Vous ne voulez pas? répéta M. Rim-
bert,