Boekgegevens
Titel: Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
Auteur: Herrig, Ludwig; Helderman, D.J.
Uitgave: Deventer: A. ter Gunne, 1871
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: NO 09-353
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_200765
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse taalkunde
Trefwoord: Leesvaardigheid, Frans, Leermiddelen (vorm)
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   Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
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— 75 --
— Madame Rimbert, vous venez de faire
une sottise.
La bonne dame n'en savait pas plus long.
C'était une excellente femme qui possédait
assez d'instruction pour faire marcher sa
maison, pour entourer ses élèves de tous
ces petits soins que donnent les mères,
pour les soigner quand ils sont malades,
et qui n'avait eu qu'un tort dans ce cas-là,
celui de mettre le pied dans le domaine
du latin. Mais que voulez-vous? elle était
bien excusable: elle avait si souveut en-
tendu les professeurs et son mari lui-même
donner un pensum aux élèves des verbes
latins à conjuguer ; elle avait si souvent re-
marqué que ces verbes se terminaient en
o, qu'en ordonnant aux élèves de conjuguer
le verbe harico, elle ne s'était pas douté
un seul instant qu'elle commettait le bar-
barisme le plus plaisant du monde. Cepen-
dant les rires continuaient, et la position
de M. Rimbert était des plus difficiles. Dire
aux élèves :
-- Messieurs, ma femme s'est trompée ;
harico n'est" pas un verbe latin , et vous ne
le conjuguerez pas, c'était donner raison à
leurs rires, et faire perdre à Mme. Rimbert
une. grande partie de son autorité sur les
élèves. H prit donc aussitôt sou parti.
— Silence! cria-t-il d'une voix irritée...
"Vous avez entendu le pensum que vient de
donner Mme. Rimbert... Je le double pour
vous punir de vos rires insolents.
Les élèves se turent en se regardant avec
surprise, puis on sortait du réfectoire pour
aller en retenue.
Sans doute, quand il fut seul avec sa
femme, M. Rimbert lui fit comprendre la
bévue qu'elle venait de faire, et lui en ex-
prima tout son mécontentement. Mais je
n'ai pas à m'occuper de cela, il n'y a rien
de méchant et de mauvais comme des éco-
liers réunis en masse, .le suis fâché d'être
obligé de dire cela, moi qui m'adresse à
des écoliers; mais enfin c'est la vérité, et
je l'ai trop éprouvé à mes dépens, pauvre
dictionnaire que je suis, pour n'avoir pas
le droit de l'exprimer comme je le pense.
Les élèves de la pension avaient très-bien
compris l'intention de M. Rimbert en dou-
blant le pensum ; ils ne pouvaient douter
un seul instant de sa force en latin; aussi
abusèrent-ils lâchement de la fausse position
que lui avait faite sa femme. Quand le
maître de pension parut dans les études où
les élèves s'étaient rendus pour faire leur
bizarre pensum, l'un d'eux, d'accord sans
doute avec les autres, s'avança vers lui et
lui demande avec apparence de naïveté com-
plète:
— Sur quelle conjugaison faut-il faire ce
verbe-là, monsieur?
— Sur la première, répondit M. Rimbert
sans se troubler.
— Harico, haricas , haricavi... n'est-ce
pas, monsieur?
— C'est cela même, reprit l'imperturbable
M. Rimbert, sans laisser voir le moindre
signe d'embarras.
Et l'élève retourna à sa place sans avoir
obtenu le résultat qu'il attendait de son im-
pertinente question. Un autre, dans une
version où il avait à traduire cette phrase :
11 paya peu à peu, eut l'audace de le ren-
dre par ce mot: Haricotavit, et remit sa
copie à M. Rimbert.
— Qu'avez vous entendu par ce mot? fit
M. Rimbert, sans avoir l'air de compren-
dre l'intention,
— Dame! monsieur, j'ai entendu dire de
quelqu'un qui paie peu à peu: nil haricote,"
alors j'ai mis haricotavit pour mieux ren-
dre ma pensée.
M. Rimbert se contenta de déchirer la
copie sans rien dire. Qui fut penaud ? Ce
fut l'élève qui s'était fait uue fête de jouir
de l'embarras de son maître.
Cette sage conduite eut tout le résultat
qu'il en attendait: la bévue de Mme. Rim-
bert ne fut pas oubliée tout-à-fait, mais on
n'en parla plus. Cependant cette circon-
stance, loin de détruire l'antipathie des élè-
ves pour les haricots, n'avait fait que l'aug-
menter, si c'était possible. Déjà deux fois
ces derniers avaient reparu sur leur table
depuis l'aventiue du verlDc harico ; les mur-
mures ne s'étaient pas produits comme le
jour en question, mais le mécontentement
s'en était accru, et de graves précurseurs
d'un orage prêt à éclater s'étaient fait re-
marquer parmi les écoliers. Ainsi, au lieu
de se livrer au jeu pendant les récréations,
ils se réunissaient par petits groupes et
causaient à voix basse. De quoi ? c'est ce
que je puis vous dire, car des conciliabules
se tenaient jusque dans l'étude, et mon
maître était un des plus animés. 11 ne
s'agissait de rien moins que d'une conspi-
ration qui devait éclater le vendredi sui-
vant, car c'était le vendredi qui était le
jour des haricots.
Voici ce qui avait été comploté. Les
élèves devaient - aller au réfectoire comme
d'habitude, manger la soupe et' le premier
plat sans rien dire; mais aussitôt les hari-
cots servis, ils devaient rester inactifs de-