Boekgegevens
Titel: Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
Auteur: Herrig, Ludwig; Helderman, D.J.
Uitgave: Deventer: A. ter Gunne, 1871
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: NO 09-353
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_200765
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse taalkunde
Trefwoord: Leesvaardigheid, Frans, Leermiddelen (vorm)
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   Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
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bistrée. Bien plus, la funeste lessive avait
laissé ^ sur mes pages, depuis la première
jusqu'à la dernière une marque désormais
indélébile: le papier avait pris, dans touies
les parties mouillées, une couleur grisâtre
entourée de ce cercle jaunâtre qui annonce
le passage de l'eau sur nous autres livres
infortunés. Joignez cela aux traces des
coquelicots et jugez de ce que je devais
être.
Cependant, malgré ma triste situation, et
grâce à la résolution de mon maître de ne
plus se servir de moi, j'avais droit d'espérer
enfin quelques jours de repos. Mon espé-
rance était fondée, et, certes, je crois que
j''aurais joui d'une existence tranquille jus-
qu'aux grandes vacances sans les haricots,
qui eurent avec moi des rapports bien plus
désastreux que ceux que j'avais eus anté-
rieurement avec les coquelicots et les bluels.
Il était écrit que les végétaux , sous toutes
leurs formes, me porteraient malheur.
Ah ! par exemple ! s'écria-t-on ; celle-
ci est trop forte ! Quels rapports peut-il
exister entre des haricots et uu dictionnaire
grec?
Hélas ! il en exista de bien réels, mais
ils ne furent pas immédiats. Il faut donc,
afin de vous les faire comprendre, que vous
me permettiez une petite digression, qui,
au premier aperçu, n'a pas Tair de se rap-
porter à l'histoire de ma graiideur et de ma
décadence, et qui pourtant vient s'y joindre
d'une façon trop certaine.
Je commence donc cette digression qui
nous conduit tout droit au réfectoire de la
pension Rimbert. Or, il est bon de vous
dire que, soit caprice, soit qu'on leur servît
trop souvent, les élèves avaient pris en
horreur les haricots, et qu'ils murmuraient
tout bas chaque fois que ce légume repa-
raissait sur les tables. Certes, cela était
fort injuste de leur part, car je les ai en-
tendus bien souvent, après la sortie du ré-
fectoire, convenir dans l'étude qu'ils étaient
fort bien accommodés; mais c'était un parti
pris chez eux de proscrire de leur table
ces farineux. Permettez-moi de vous dire
eu passant, écoliers qui lisez mon histoire,
que vous êtes les commensaux les plus dif-
ficiles à satisfaire qu'il y ait au monde, et
que vous ne tenez nul compte des peines
inouïes qu'éprouve uue maîtresse de pen-
sion à""varier votre nourriture en certaines
saisons.
Ceci dit, revenons aux élèves de ia pen-
sion Rimbert qui ne valaient pas mieux
que les autres écoliers, s'ils ne valaient pas
moins. Mme. Rimbert s'était à grand'peine
arrangée- de manière ^ à ne leur faire servir
des haricots qu'une fois par semaine ; mais
ces élèves ne lui savaient pas le moindre
gré de cette concession, et trouvaient encore
que c'était trop. Le jour dont je vous
parle était jour de haricots. Il paraîtrait,
comme je l'ai compris par les discours de
mon maître à quelques-uns de ses cama-
rades, que lorsque les élèves virent ap-
porter les haricots ce jour-là, ils laissèrent
éclater leur mécontentement, et que cette
fois ils murmurèrent tout haut,
— Toujours des haricots ! s'écrièrent les
plus hardis , nous n'en voulons plus !,,. A
bas les haricots !
Quelques élèves cependant, plus affamés
que les autres ou peu désireux sans doute
de manger leur pain sec, attaquèrent leur
portion sans mot dire. Ce n'était pas le
compte des récalcitrants qui crièrent de
plus belle: ,
—« A bas les haricots! nous n'en voulons
plus!
A ces signes non équivoques de rebellion,
Mme. Rimbert, qui assistait toujours au
service du réfectoire pendant le repas , pâlit
tout à coup et sentit la colère s'emparer
d'elle.
Qu'est-ce que c'est, messieurs? s'écria-t-
elle, qu'est-ce que signifient ces cris-là?
Quelques voix, moins nombreuses néan-
moins cette fois , répétèrent insolemment :
— A bas les haricots !
Mme. Rimbert pinça ses lèvres et fronça
le sourcil ; puis après avoir hésité un in-
stant comme un juge qui pèse en lui-même
quelle sera l'importance du châtiment qu'il
va infliger, elle s'écria tout à coup d'une
voix tonnante:
Tous les élèves se rendront en retenue
après le dîner... et me conjugueront le
verbe harico.
Qu'on juge de la stupéfaction, de la co-
lère et de l'indignation de la digne'dame
lorsque après ce pensum donné, et au mo-
ment où elle s'attendait à voir les élèves
atterrés sous le poids du châtiment, elle
entendait dans le réfectoire un rire presque
.universel; et qu'elle vit les maîtres eux-
mêmes se détourner afin de dissimuler uu
sourire. Quant à M. Rimbert, qui venait
d'entrer au réfectoire assez à temps pour
entendre le pensum donné par sa î'cmme,
il ne rit pas, lui, mais il devint rouge jus-
qu'aux oreilles, et lança à sa femme un re-
gard perçant qui voulait dire, à n'en pas
douter :