Boekgegevens
Titel: Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
Auteur: Herrig, Ludwig; Helderman, D.J.
Uitgave: Deventer: A. ter Gunne, 1871
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: NO 09-353
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_200765
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse taalkunde
Trefwoord: Leesvaardigheid, Frans, Leermiddelen (vorm)
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   Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
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fois qii'il me saisissait, un peu du cirage
de ma couverture restait adhérent à ses
mains, sans qu'il s'en aperçût, car je n'étais
pas bon teint. Comme chaque fois qu'une
difficulté se présentait — et il s'en pré-
sente beaucoup pour les paresseux — il
se frottait le front, se grattait loreille, ou
se passait la main sur le visage, il arriva
qu'au bout de quelque temps, il se trouva
tout noir... J'avais déteint sur lui! Ses
camarades qui l'aperçurent ainsi, se prirent
à rire aux éclats, la classe fut troub ée : le
professeur, habitué à regarder Bertrand
comme un mauvais élève, crut naturellement
qu'il l'avait fait exprès, et il le chassa de
la classe après l'avoir mis hors de com-
position.
Mon maître eut beau réclamer, protester
de son innocence, il ne fut pas écouté, et
un garçon de classe vint le prendre pour
le reconduire à la pension. 11 est d'habi-
tude, lorsque l'on est chassé du collège,
qu'à la pension vous attende une forte pu-
nition; on ne dérogea point à cet usage et
mon Bertrand, mon jeune maître , fut mis
immédiatement en prison, condamné au pain
sec. Et tout cela parce qu'il n'avait pas
eu soin de moi et qu'il m'avait laissé traî-
ner pendant les fêtes de Pâques.
Je sais bien que quelques-uns des en-
fants qui liront mes mémoires, se récrieront
en disant que cela n'est pas juste; que
Bertrand ne l'avait pas fait exprès, que,
au contraire, il travaillait sérieusement cette
fois, et qu'il y avait de quoi le dégoûter
à jamais du travail de se voir puni pour
un bon mouvement qu'il avait eu. A cela
je leur répondrai, en dictionnaire sensé,
que si Bertrand avait été un piocheur au
lieu d'un paresseux endurci d'ordinaire,
on n'aurait pas un instant mis en doute sa
bonne foi ; que s'il n'avait pas bien des fois
donné des preuves d'espièglerie et de dis-
sipation on ne l'aurait pas soupçonné de
s'être noirci à dessein pour déranger la
classe; et qu'enfin si au lieu d'être un sans-
soin et un négligent, il m'avait serré avant
de partir en vacances, comme Tavaient fait
ses camarades à Tégard de mes frères, il
eût évité son sort. C'est sa négligence
seule et sa paresse habituelle, que Dieu a
voulu punir par là, et Bertrand a été vic-
time de sa mauvaise réputation.
Ce qui prouve, enfants, — pardonnez à
un pauvre dictionnaire s'il se permet de
vous donner, en passant, une petite leçon,
mais il croit de son devoir de le faire, —
ce qui vous prouve qu'il est bon d'avoir
une bonne réputation , dans le monde comme
au collège,^ et que vous devez tout faire
pour la mériter.
Et maintenant si vous plaignez Pierre
Bertrand pour sa mésaventure , quelles plain-
tes ue me réservez-vous pas, à moi, qui en
fus la plus intéressante et bien inoffensive
victime, ainsi que vous allez l'apprendre?
C'est encore mon maudit dictionnaire qui
est cause de cela, s'était dit Pierre Ber-
trand, en se rendant en prison, après s'être
débarbouillé et lavé les mains; mais, quand
j'aurai fait ma punition, nous verrons.
Il nourrit ces formidables projets de ven-
geance à mon égard , pendant les dix heures
de sa captivité, et le soir, quand il fut libre,
il vint à moi vivement, me saisit avec rage
et m'emporta vers la pompe avec frénésie.
Là, après avoir ouvert le robinet, il m'ex-
pose à une aspersion telle, que, bien qu'en
apparence ce baptême d'un nouveau genre
ne fût destiné qu'à ma couverture seule,
mes feuilles en furent pénétrées profon-
dément, et que bientôt je n'eus plus une
seule page de sèche. Alors il me frotta
avec force , et je devins l'objet d'une les-
sive sérieuse, qui dura un grand quart
d'heure. Quand il me rapporta à l'étude,
j'étais dans un état déplorable; ma couver-
ture n'était plus noire il est vrai, mais
elle n'était non plus redevenue blanche.
Elle avait un teint indéfinissable qui n'était
pas du gris, qui n'était pas du bleu et qui
pourtant participait de ces deux couleurs.
Quant à mes pauvres pages, elles étaient
tellement trempées que cela eût fait pitié
au plus indifférent des bouquinistes.
Après cette terrible opération je fus con-
finé dans sa baraque, par mon maître, qui
se promit de me laisser en repos pendant
longtemps, et il jura qu'il ferait chaud main-
tenant quand il lui prendrait envie de tra-
vailler le grec et quand il se servirait
de moi.
Au bout de quinze jours, j'étais à peu
près sec; je n'avais qu'une humidité dont
je ne devais jamais guérir complètement,
et je portais cette odeur désagréable que
gardent toujours les livres qui ont été
mouillés. Ma couverture n'était plus com-
plète ; la blessure que j'avais reçue au mo-
ment où mon maître m'avait jeté contre le
mur dans sa colère, était béante maintenant.
Le coin,, qui avait été cassé alors, était
tombé sous l'action de la lessive; mes pau-
vres feuilles se trouvaient sans abri désor-
mais à ce coin et se roulaient les unes sur
les autres, en prenant par l'usure une teinte