Boekgegevens
Titel: Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
Auteur: Herrig, Ludwig; Helderman, D.J.
Uitgave: Deventer: A. ter Gunne, 1871
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: NO 09-353
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_200765
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse taalkunde
Trefwoord: Leesvaardigheid, Frans, Leermiddelen (vorm)
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   Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
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les vacances de Pâques avaient si odieu-
sement métamorphosé ?
Je fus le premier objet qui frappa les
yeux de mon maître, à sa rentrée à la pen-
sion , par la raison que j'avais été place par
mes bourreaux sur la baraque de Pierre
Bertrand r celui-ci m'aperçut aussitôt.
— A qui est donc ce dictionnaire tout
noir? demanda-t-il tout d'abord à ses ca-
marades , réunis au moment de l'entrée en
étude.
Puis comme aucun d'eux, après avoir
jeté les yeux sur moi, ne répondait, il
ajouta :
— Il est pourtant bien reconnaissable...
Si personne ne le réclame d'abord,,,. je
vais le jeter au milieu de l'étude.
Et comme il allait exécuter sa menace
sans que personne se récriât contre cette
mesure violente, il se ravisa.
— Au fait, dit-il, je vais bien voir à qui
il est.,. 11 doit porter un nom ce diction-
naire.
— Il m'ouvrit et lut à mi-voix :
—' Ex libris Petri Bertrandi, ... à moi !
c'est le mien! s'écria-t-il aussitôt... qui
est-ce qui l'a arrangé comme ça!... qui
est-ce qui a fait un pierrot pendu dessus?...
Oh!.., ils ont mis des bonshommes par-
tout ! .
Tous les écoliers se prirent à rire, ce
qui éveilla au plus haut point la colère de
mon maître.
— Je vais le dire à monsieur ,... vous
allez voir, fit-il...
—■ A ce moment, tous les élèves ayant
pris leur place respective, le maître d'étude
donna le signal du travail et du silence.
Mais mon maître ne tint nul compte de ce
signal ; il se leva et, courant à la chaise :
— M'sieur, dit-il au maître d'étude, en
me présentant à lui, on m'a abîmé mon
dictionnaire pendant les vacances... Ils
me l'ont teint en nègre... Us ont fait des
bonshommes tout plein ... Regardez .,,
— Qu'est-ce que vous voulez que j'y fasse?
reprit le maître sans daigner seulement jeter
un regard sur moi... Pourquoi votre dic-
tionnaire ii'était-il pas serré ?
— Mais . . . m'sieur. . ,
— Vous savez pourtant qu'il avait été
ordonné qu'avant de partir pour les va-
cances de Pâques chacun rangeât ses
livres . .. C'est vous qui êtes'coupable ...
>— Mais, m'sieur ... je ne lai pas trouvé...
— Si vous aviez de l'ordre, cela ne vous
serait point arrivé, continua le maître d'é-
tude d un ton sévère.,. Vous me ferez
deux cents lignes de Quinte-Curce pour ne
pas avoir serré vos livres...
— Oh! par exempleI s'écria mon jeune
maître en colère.
— Cent lignes de plus.,. pour vous
apprendre à raisonner I
— C'càt une injustice ! murmura Pierre
Bertrand , en retournant à sa place.
— Hein?... qu'est-ce que vous dites?
riposta le maître d'étude irrité.
— Je dis que c'est une injustice .. ► ça!
fit hardiment mon maître, en se rasseyant.
— Monsieur Bertrand . , . vous serez
privé de sortie pendant quinze jours! pro-
nonça le maître d'étude d'une voix forte.
Cette fois, Pierre Bertrand ne riposta
plus, mais il me jeta avec violence le long
du mur, où je brisai un des coins de ma
couverture, et de là je retombai meurtri
sur sa baraque. C'était encore moi qui
étais victime de la colère de mon maître
comme je l'avais été de sa négligence. Ah!
que j'eusse pu m'écrier : C'est une injustice î
avec bien plus de raison que lui tout à
l'heure !
Pourtant, quand je fus un peu remis de
ce rude choc, j'avoue en toute humilité que
j'éprouvai une certaine satisfaction à voir
mon maître puni à cause de son manque
de soins à mon égard. C'était au moins
vue consolation dans mon propre malheur
de savoir que j'étais vengé !
La vengeance est le plaisir des dieux .,,
et des dictionnaires grecs !
Cependant mon maître n'était pas au bout
de ses peines,.., ni moi non plus. Sa
fatale négligence allait avoir des suites plus
graves pour lui,.,, et pour moi aussi,
hélas! car il était dit que je devais tou-
jours subir le contre-coup de ses punitions.
A quelque temps de là, uu certain mardi,
on composait en version grecque au collège;
et, comme les vacances de Pâques, Piei;e
Bertrand, sermonné par ses parents sur sa pa-
resse et son peu de progrès, avait pris la ré-
solution de travailler pour tout de bon, il
m'emporta sous son bras. Quand il m'empor-
tait naguères, ce n'était que pour la frime;
mais, cette fois, je dois le reconnaître,
c'était avec la ferme intention de se servir
de moi sérieusement. Aussi le fit-il et mal
lui en prit, comme vous allez voir. Il fai-
sait très-chaud, ce matin-là ; nous étions à
la* fin de mai, et l'ardeur que mon jeune
maître mettait au travail, le faisait trans-
pirer d'autant plus qu'elle était tout à fait
en dehors de ses habitudes. 11 transpirait
donc beaucoup en me feuilletant, et chaque