Boekgegevens
Titel: Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
Auteur: Herrig, Ludwig; Helderman, D.J.
Uitgave: Deventer: A. ter Gunne, 1871
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: NO 09-353
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_200765
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse taalkunde
Trefwoord: Leesvaardigheid, Frans, Leermiddelen (vorm)
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   Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
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— li-
se tachait d'encre entièrement, c'est ce qui
pourrait lui arriver de plus heureux... On
ne verrait plus la crasse de sa couverture...
— Au fait... c'est une idée , ça.,.
— Tiens!... Si nous lui faisions sa
toilette ?
— Avec de l'encre ?
— Ça va! .. . Déguisoiis-le en nègre...
ça fait que Bertrand ne le reconnaîtra pas...
— Oh ! la bonne charge ! ... Et puis nous
le cirerons après pour qu'il reluise...
— Allons... à la besogne !
Et voilà mes deux bourreaux qui se font
des pinceaux de la filasse des encriers et
qui me barbouillent d'encre à qui mieux
mieux. Au bout d'un quart d'heure de ce
supplice , j'étais complètement passé du blanc
au noir.
Je restai tout un jour dans cet état d'hu-
midité et de honte, et le surlendemain je
me trouvai complètement sec. Ce fut alors
que mes deux tourmentcurs pensèrent à
mettre à l'exécution leur projet de me cirer
et de me faire reluire, L'uu d'eux alla
dérober le pot à cirage et les brosses et
l'opération commença. Je puis seul savoir
avec quelle ardeur ils travaillèrent, une heure
durant; mon parchemin était devenu brû-
lant au contact de la brosse, mais je relui-
sais parfaitement, et les deux espiègles se
miraient dans leur œuvre.
S'ils en fussent restés là, je crois que je
leur aurais volontiers pardonné leurs pro-
cédés à mon égard. Je suis assez philo-
sophe de ma nature et je suis convaincu
u'il faut souffrir ce qu'on ne peut éviter.
Jt puis, vous l'avouerai-je ?... quoique je
fusse profondément humilié de ce qu'ils
m'avaient fait déchoir de ma qualité de
blanc, je ne pouvais m'empêcher de con-
venir en moi-même que j'étais plus propre
ainsi. Sans doute j'étais devenu nègre,
mais j'étais un nègre fort propre et très-
avenant ; et cela me consolait du moins.
Mais je n'étais pas au bout,
— Est-il beau?... hein? Est-il beau?...
s'écria tout à coup un des opérateurs, me
contemplant avec orgueil, en croisant ses
mains non moins noires que ma couverture.
— Oh! oui... il est superbe, reprit
l'autre, et Bertrand est fièrement heureux
que nous ne soyons sortis . . . tout le monde
va lui envier son dictionnaire à présent.
— Aussi, continua l'autre, ce n'est pas
tout de l'avoir fait beau, faut le garantir
de voleurs à cette heure.,, laissez-moi
faire.
Aussitôt il me saisit, m'ouvre, prend une

plume, et, sur ma première page, déjà bien
chargée de gribouillages, il dessine, de cc
dessin qui n'appartient qu'aux écoliers, une
3otence au bout de laquelle se balance un
lomme pendu.
— Ah! je vois ce que c'est, dit l'autre...
— Attends, je n'ai pas fini, reprend le
premier.
Et il écrit au-dessous de la potence cette
légende traditionnelle des écoliers, légende
mi-partie de latin et de français :
Aspice Pierrot pendu
Uni banc iibnim n'a pas rendn.
Si hune librum reddidîsset.
Pierrot pendu non fuisset.
— Bravo I fit celui qui regardait,. .. à
mon tour maintenant î 11 arracha la plume
des mains de son camarade et écrivit daus
un endroit de mon frontispice cette autre
poésie, non moins connue des écoliers:
Si tente du démon,
Tu dérobes ce livre,
Apprends que tout fripon •
Est indigne de vivre.
— Maintenant, dit l'écrivain, les voleurs
sont bien avertis.. . qu'ils ne s'y frottent
pas! J1 n'y a qu'une chose que je regrette ,
c'est de ne pas avoir fait un bonhomme
aussi,... ça fait plus d'effet pour les vo-
leurs .. . Tiens! je vais dessiner un fripon
tué par un gendarme..,
— C'est ça... mais il n'y a plus de
place sur la première page...
— Je vais le faire sur une autre,.. voilà
tout...
Et au beau milieu de mes feuilles, le
malheureux trace, à l'encre, uu gendarme
impossible, avec un sabre parfaitement sem-
blable à une broche à rôtir, qui tue un
fripon trois fois plus grand que lui.
— Oh ! il est propre ton dessin ! s'écrie
l'autre,... passe-moi la plume, je vais le
faire moi...
Celui-ci sur une autre de mes pages, re-
présente la même scène ; ce n'est pas mieux
fait, mais c'est dans une autre manière. Le
premier se pique d'honneur et recommence
ailleurs; le second riposte, et la lutte ar-
tistique continue si bien, que, deux jours
après , c'est-à-dire le dernier des vacances,
j'étais littéralement envahi par les bons
hommes.
C'est dans ce pitetix état que je fus re-
jeté sur la baraque de mon maître. Qu'al-
lait-il dire en îne voyant ainsi fait ? Pour-
rait-il me reconnaître seulement, moi que