Boekgegevens
Titel: Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
Auteur: Herrig, Ludwig; Helderman, D.J.
Uitgave: Deventer: A. ter Gunne, 1871
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: NO 09-353
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_200765
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse taalkunde
Trefwoord: Leesvaardigheid, Frans, Leermiddelen (vorm)
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   Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
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et les coc uelicots, quand arrivèrent les
fêtes de Pâques. Ces fêtes qui donnent
aux écoliers une semaine de vacances, me
promettaient au moins quelques jours d'un
doux repos. J'avoue que je les espérais
franchement, et que j'eus encore un dés-
enchantement cruel, car ce fut pendant
ces mortels huit jours que je subis le plus
d'affronts. Je voudrais qu'il me fût per-
mis de passer sous silence cette fatale époque
de ma vie, mais je me suis engagé à ne
rien cacher des diverses phases de ma gran-
deur et de ma décadence, et je ne puis
oublier ici le récit de mes souffrances du-
rant cette malencontreuse semaine.
Permettez-moi donc de m'écrier , comme
Enée, au moment où il va conter ses mal-
heurs à la reine de Carthage.
— Infandum, regina, jubés renovare do-
lorem 1
Et puis je vous dirai tout.
Le premier jour des vacances était à son
aurore, et les élèves étaient demandés les
uns après .les autres par leurs parents qui
venaient les chercher. Pierre Bertrand,
mon maître, devait, comme les autres, aller
passer ses vacances à la maison paternelle ;
aussi pensa-t-il tout à coup à ranger ses
livres et à les enfermer dans sa baraque
jusqu'au jour du retour. L'insouciant avait
une déplorable habitude, c'était d'attendre
toujours au dernier moment pour faire les
choses. Je sais bien que vous me direz
qu'il n'est pas le seul et que beaucoup
d'écoliers partaient avec lui cette mauvaise
coutume ; mais ils n'en sont pas moins blâ-
mables, car il arrive nécessairement de là-
qu'il faut faire avec précipitation et négli-
gence ce qu'on eût pu faire avec soin en
s'y prenant à temps; que par conséquent
les choses sont mal faites, et que cela a
presque toujours de mauvais résultats. Je
vais vous en montrer la preuve, car je fus
victime de cette précipitation et de cette
négligence.
Pierre Bertrand, comme je vous l'ai dit,
avait attendu au dernier moment pour ran-
ger ses livres, et le voilà tout à coup qui
se met à les ramasser à droite et à gauche,
sur les tables, sur les baraques de l'étude,
partout enfin où ils traîuent, et qui les
jette pêle-mêle dans sa baraque. Au mo-
ment où il va fermer, il s'aperçoit de mon
absence.
— Où est donc mon dictionnaire grec ?
s'écrie-t-il.., Qui est-ce qui a vu mon
dictionnaire grec? demande-t-il à ceux de
ses camarades qui ne sont pas encore sortis.
Personne ne peut lui donner de réponse
satisfaisante; personne ne m'a vu. Je le
crois bien ! Depuis huit jours que je me
traîne dans tous les coins , poussé par l'un,
repoussé par l'autre, j'ai éie me nicher sous
ces planches qui entourent l'étude, sup-
portées de distance en distance par des
tasseaux et qui servent à élever les bara-
ques qu'elles mettent ainsi plus a la portée
des élèves. Ces planches élevées à peine
d'un pied au-dessus du sol, laissent, dans
l'intervalle des tasseaux, de grandes places
vides et sombres, où un dictionnaire comme
moi peut très-bien rester inaperçu. Mon
maître se met à ma recherche, je lui dois
cette justice, et il n'est pas encore parvenu
à me découvrir dans le coin sombre où l'on
m'a poussé, quand une -voix s'écrie de la
porte :
— On vient chercher Pierre Bertrand !
Mon maître ne se le fait pas dire deux
fois : il cesse à l'instant de me chercher,
donne précipitamment à sa baraque un tour
de clef en disant :
— Bah ! je le retrouverai quand j'entrçrai...
on ne me le mangera pas!...
Et il disparaît en courant... J'étais
abandonné à mon malheureux sort ;. et vous
allez voir s'il fut malheureux. Le soir tous
les élèves étaient sortis, à l'exception de
deux dont les pareuts n'habitaient pas la
Erance et qui n'avaient d'autre correspon-
dant que le maître de pension lui-même,
M. Rimbert. Comme ils étaient seuls, on
les laissait jouer à peu près partout où ils
voulaient, aussi, le lendemain , avaient-ils
entrepris une partie de billes dans l'étude.
Une superbe bille d'agate étant venue rouler
sous les planches, tout auprès de moi, jen
cherchant leur jouet, les deux écoliers m'a-
perçurent et me tirèrent de mon asile...
pour mon malheur.
— Tiens ! c'est le dictionnaire grec do
ce sans-soin de Bertrand, dit l'uu, me re-
connaissant à mes pages toutes bariolées
de rouge et de vert , par suite de mes re-
lations avec les coquelicots.
— Oh ! ce dictionnaire ! reprit Tautre,
est-il sale!
Et il me jeta sur une fable où je vir.s
tomber auprès d'une écritoirc, dont je lis
sauter Tencre sur ma couverture. Sans
doute mon parchemin n'était plus d'une
entière blancheur, mais enfin on voyait en-
core que sa couleur originelle était blanche.
— Oh! tu Tas taché, dit le premier.
— Quel dommage ! dit le second en riant,
un dictionnaire si propre que ça... S'il