Boekgegevens
Titel: Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
Auteur: Herrig, Ludwig; Helderman, D.J.
Uitgave: Deventer: A. ter Gunne, 1871
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: NO 09-353
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_200765
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse taalkunde
Trefwoord: Leesvaardigheid, Frans, Leermiddelen (vorm)
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   Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
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et j'eattadifl en frémissant, cette phrase
d'un des commis :
— Oû demande huit dictionnair-es grecs
pour la pension Eimbert.
Au même moment, je sentis une main
me saisir et Ton m'entraîna loin de mon
cher rayon, sur lequel je ne devais plus
âne poser désormais. Et moi, qui m'enor-
gueillissais d'être si bien vu! Je compris
alors qu'il n'est pas toujours bon de se
mettre en évidence, et que quiconque veut
briller au premier rang, s'expose à bien
plus de dangers que celui qui reste modes-
tement dans l'ombre.
Mais il était trop tard pour faire ces
sages réflexions ; j'étais déjà ficelé sur un
-crochet avec mes compagnons d'infortune,
et le garçon de magasin, me chargeant sur
ses épaules, ne tarda pas à m'emporter vers
cette pension Rimbert, oii j'allais trouver
mon maître!
Dès que je fus arrivé à la pension, je
fus, ainsi que mes compagnons, ^ introduit
provisoirement dans une pièce à laquelle
j'entendis donner le nom de dépense. C'é-
tait une petite pièce de forme oblongue,
garnie de tous côtes de planches sur les-
quelles s'étalaient ici des paquets de chan-
delles , là des caisses de pruneaux, plus loin
du fromage de Gruyère, de ce côté des
pains, de cet autre du sucre, dans ce coin
du raisiné, dans cet autre entin quelques
livres de classe comme nous. Je m^'aperçus
bientôt que c'était dans cette pièce que
l'on renfermait toutes les denrées néces-
saires à la nourriture du corps et de l'esprit
des jeunes pensionnaires, et je reconnus
aussi que du mélange de toutes ces denrées
surgissait une odeur étrange, laquelle con-
trastait singulièrement avec cet humide
parfum de livre neuf dont j'étais encore
tout imprégné. J'avoue que le séjour dans
la dépense me })arut des plus déplaisants ;
heureusement il ne fut pas de longue durée.
Le leudeman matin même, je fus de-
scendu à l'étude , ainsi que mes confrères
nouvellement arrivés çoaime moi. Nous
fûmes placés sur la chaire; puis on appela
des noms, et je vis des enfants accourir à
l'estrade, saisir avec joie- les livres qu'on
leur donnait, et retourner à leur place,
plus radieux que s'ils venaient de recevoir
un prix dans la plus difiicile de top.tes les
facultés. Mou tour ne tarda pas a venir ;
j'entendis prononcer ces mots :
— Pierre Bertrand ... Un dictionnaire
grec ! ^
Et je passai des muins du maître de pen-
sion dans celles de l'élève, qui m'emporta
à sa place, en courant et eu donnant les
signes de la joie la plus vive.
J'avais enfin trouvé mon maître; j'appar-
tenais désormais à Pierre Bertrand.
Certes, si j'eusse pu juger de l'avenir
sur le présent, j'étais en droit d'attendre
l'existence la plus heureuse. Mais j'ignorais
alors la vérité de ce proverbe:
Tout nouveau, tout est beau !
Je l'appris plus tard à mes dépens: Pour
le moment, je fondais les plus grandes
espérances sur les égards que me témoignait
mon jeune maître. 11 osait à peine me
toucher de peur de me salir, me tournait,
me retournait; il admirait ma tranche d'un
bleu moucheté, mon dos ou s'étalait, sur
papier rouge, cette inscription en lettres
dorées : Dictionnaire grec-français ; il s'ex-
tasiait enfin sur ma couverture de parche-
min à travers le transparent duquel ap-
paraissaient des lettres d'un autre â^e, de
formes bizarres et d'une lecture impos-
sible. S'il me posait sur la table, il m'es-
suyait aussitôt du revers de sa manche,
de peur que je ne me fusse maculé au
contact de l'encrier ! c'étaient enfin des
soins, des précautions bien touchantes pour
moi, je vous assure. Enfin il m'ouvrit !
Vous peindrais-je jamais avec quelle déli-
catesse il décollait mes feuilles adhérentes
les unes aux autres? Non, je ne le pourrais
point ; j'exagérerais à vos yeux cette déli-
catesse que je serais encore au-dessous de
la vérité. Les deux tiers de l'étude furent
employés à cette opération, si bien qu'il
ne lui resta plus qu'un tiers de cette même
étude pour faire ses devoirs, qu'il fut obligé
nécessairement de les bâcler, et qu'il fut
sérieusement puni. Tout cela pour moi !
N'était-ce pas touchant, je vous le demande ?
^A l'étude suivante, toutes feuilles étaient
décollées; je pouvais m'ouvrir en toute
liberté, au milieu comme au commencement,
comme à la fia ; j'étais débarrassé de mes
entraves et j'étais fier de m^n indépendance.
Alors je remarquai que mon maître taillait
une plume avec grand soin, sans me douter
<iue cc fût à mon intention. C'était bien
pour moi, cependant, car , la plume étant
taillée, mon maître m'attira à lui, et, sur
mon frontispice, de sa plus belle écriture,
et en tirant la langue, ce qui est un signe
certain d'application, chez les écoliers , il
écrivit ces mots :
Ex libris Petri Bertrandi.
En latin ! .., rien que cela ! Et après ce
mot Bertrandi, il exécuta sou plus beau