Boekgegevens
Titel: Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
Auteur: Herrig, Ludwig; Helderman, D.J.
Uitgave: Deventer: A. ter Gunne, 1871
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: NO 09-353
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_200765
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse taalkunde
Trefwoord: Leesvaardigheid, Frans, Leermiddelen (vorm)
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Les glaçons sur Teau,
Sur chaque ruisseau,
S'amassent, ;
Eii la neige aux champs
S'envole où les vents
La chassent.
88. HISTOIRE D'UN DICTIONNAIRE
RACONTEE PAR LUI-MÊME.
J'eus pour père M. Bourneuf, savant
helléniste, et je pourrais chanter, comme
je ne sais quel personnage de vaudeville:
Je suis d'une grande famille,
Car nous étions beaucoup d'enfants.
Je vins au monde en compagnie de cinq
ou six mille de mes frères, tous du même
caractère, du même aspect, de la même
forme, et de la même taille que moi. Nous
nous ressemblions tant tous les six mille
qu'on nous eût pris l'un pbur l'autre.
Je n'ai qu'un vague souvenir du lieu
de ma naissance. Tout ce que je puis dire,
c'est que je vis le jour, ainsi que mes
cinq mille neuf cent quatre-vingt-dix-neuf
frères, dans une imprimerie hors Paris, et
que je reçus là de violents coups de presse.
L'impression que j'en ressentis se grava
profondément en moi,' et je la conserverai
jusqu'à mon dernier jour. On nous donna
à tous la même nourrice ... Que dis-je ?
la même brocheuse; excellente femme, qui
prit de nous le plus grand soin, nous piqua,
nous colla, si bien qu'après un mois nous
sortions de chez elle forts, robustes, re-
bondis, rondelets comme de gros patapoufs.
Notre toilette était aussi remarquable que
notre embonpoint ; nous étions ébarbés,
rognés, peints sur les tranches, et chacun
de nous portait un charmant paletot de
parchemin doublé on ne peut plus agréable
à l'œil.
Je n'ai pas besoin de vous dire combien
nous étions fiers de notre embonpoint et
de notre toilette ; nous reconnaissions, dans
notre orgueil que nous étions des diction-
naires d'un certain poids dans le monde,
et nous en tirions vanité. Hélas ! le dés-
enchantement ne se fit pas attendre: nous
apprîmes bientôt que nous étions destinés
à être vendus, et qu'on ne nous avait faits
si propres et si pimpants que pour mieux
attirer l'œil du chaland.
Nous n'avions pas passé plusieurs jours
ensemble, que déjà l'on nous séparait en
bandes d'une centaine chacune. On se pré-
parait à nous envoyer sur tous les points
de la Erance, dans les grands magasins de
librairie, où nous devions attendr-e que le
sort nous donnât à chacun un maître dé-
finitif. Hélas ! trois fois hélas ! Était-ce
donc pour cela qu'on nous avait faits si
beaux !
La bande dont je faisais partie fut en-
voyée à Paris, dans une librairie de livres
classiques du quaiConti, où, à peine arrivé,
je fus, ainsi que mes frères, installé sur
des rayons, en compagnie d'autres livres
bien plus petits que nous, qui se pressèrent
le plus qu'ils purent pour nous faire place.
A tous seigneurs tous honneurs! Je puis
avouer que c'est dans cette librairie, sur
ces rayons, que je passai le plus heureux
temps de ma vie. Le hasard m'avait placé
au premier rang du rayon ^ui nous donnait
asile ; j'étais en vue, et je m'en glorifiais
follement. ,. Mais n'anticipons point sur
les événements et n'empoisonnons pas à
l'avance le récit de mes jours de bonheur.
J'étais donc bien en vue, et par con-
séquent j'avais la plus large part des soins
que l'on nous donnait. La demoiselle de
la maison, excellente personne s'il en fut,
ne passait jamais près de moi sans saisir
un petit plumeau pour me débarrasser de
la poussière qui eut pu ternir mon éclat.
Je me souviens mémo qu'à mon propos
elle fit à l'un des garçons du magasin une
verte réprimande. Ce garçon, en nettoyant
les rayons, le matin, m'avait laissé choir,
et, dans la chute, les coins de mon paletot
de parchemin s'étaient rudement froissés.
Je ne tardai pas à être vengé : ma bonne
protectrice entrait en ce moment même au
magasin, et fut témoin de ma chute.
i—Eréderic, dit-elle au garçon d'une voix
sévère, prenez donc garde!... Voyez ce
dictionnaire, vous avez abîmé ses coins.
Eaites attention une autre fois, je vous
prie; et que cela ne vous arrive plus.
Le garçon était tout penaud, et moi,
replacé sur mon rayon, j'étais ému jusqu'aux !
larmes en voyant les soins que prenait de
moi la demoiselle de la maison. Ah! je le
répète, j'étais bien heureux dans ce ma-
gasin , et je jouissais sans arrière-pensée
d'un bonheur que je croyais devoir durer
longtemps, lorsqu'un jour je remarquai une
grande activité dans le magasin, et j'appris,
par le discours des commis, que l'on était
arrivé à cette époque fatale pour nous que
l'on appelle la rentrée des classes. Je vis,
non sans crainte, les autres livres , nos
voisins, arrachés par douzaines à leur rayon,