Boekgegevens
Titel: Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
Auteur: Herrig, Ludwig; Helderman, D.J.
Uitgave: Deventer: A. ter Gunne, 1871
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: NO 09-353
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_200765
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse taalkunde
Trefwoord: Leesvaardigheid, Frans, Leermiddelen (vorm)
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   Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
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61 —
dant grâce et en disant qu'il ue le ferait
jamais plus.
»Bon! dit M. Laurent, je te reconnais,
revenant qui a peur: tu es le grand Louis.
Je croyais que tu étais soldat...
— Ah! monsieur Laurent, dit Louis,
retirez-moi de dessous ces coquins d'enfants;
ils vont me tuer.
— Bail! dit M. Laurent, c'est pour s'a-
muser,"
Cependant, des gens du village étaient
accourus aux cris de Louis et des enfants;
ils venaient avec des lanternes, pour voir ce
qu'il y avait. Et quand ils virent que le
grand Louis ne savait pas se défendre, ils
eufent beaucoup de plaisir.
»Ah! ab! disaient-ils, c'est toi le reve-
nant! Eh bien, te voilà puni, méchant drôle
qui faisait peur à tout le village, et puni
par des enfants!..."
On fit cercle autour des élèves et du grand
Louis, et on les regarda en battant des mains
et en riant beaucoup.
»Maintenant, dit M. Laurent, c'est assez
s'amuser. Allons, mes enfants, laissez-le...
— C'est déjà tout! dit l'un,
— Monsieur, dit un autre, pouvons-nous
le poursuivre jusqu'à sa maison?
— Oui, répondit M. Laurent. Prenez vos
bâtons, et s il ne court pas aussi vite-que
vous, frappez, frappez..."
Le grand Louis se mit à fuir, et les en-
fants, en criant et eu riant, le poursuivirent
jusque chez lui. Alors M. Laurent dit aux
paysans qui étaient là avec leurs lanternes:
»N'êtes-vous pas honteux, vous autres, d'avoir
eu peur? Voilà ces enfants qui ont montré
plus de courage que vous. Je savais bien
que le grand Louis était revenu en congé,
et que c'était lui qui faisait de ses farces.
Mais, si ce n'avait pas été pour prouver à
mes élèves qu'il n'y a pas de revenants, je
vous aurais laissés avoir peur, fût-ce pendant
une année. Allez, allez, vous êtes plus en-
fants que vos enfants, et vous mériteriez
d'avoir le fouet, pour la frayeur que vous
avez montrée." '
Les paysans ne répondirent rien et ren-
trèrent dans leurs maisons, en disant: »11
a raison, le maître d'école; et nos enfants
auront plus de courage que nous. Mais aussi
pourquoi nous a-t-on toujours fait accroire
que les morts revenaient? Quand nous étions
petits, on nous disait des mensonges et ce
n'est pas nous qui sommes coupables d'être
poltrons."
Après cette belle soirée, le'grand Louis
ne fit plus do vilaines farces. Quand il pas-
sait dans le village, les enfants se le mon-
traient du doigt et disaient en riant encore :
»Voilà le revenant, qui a eu peur de nous.
Il a laissé ses draps de lit dans la campagne,
le revenant. Hoû! Hoû! le revenant!"
On ennuya si fort Louis, qu'il quitta le
village et qu'on ne le vit plus.
Et dans ce village-là, quand un étranger
venait parler de revenant, et qu'il y avait là
un enfant, l'enfant disait: »Où est-il votre
revenant, que je'lui donne la chasse avec un
bâton? Nous n'avons pas peur d'une paire
de draps de lit, ici. Laissez-nous tranquil-
les , avec vos revenants, puisqu'il n'y en a
pas." (Leclercq.)
80. ARRIVÉE D'UN NOUVEAU
SOUVERAIN.
Dans les derniers jours du mois d'octobre
1863, Athènes prit un aspect d'animation
extraordinaire. Des préparatifs de fête se
faisaient sur les principales places; les mai-
sons se décoraient de tentures ou de guir-
landes de feuillage et se pavoisaient de
drapeaux.. Les bateaux à vapeur de la com-
pagnie grecque versaient chaque soir des flots
de passagers sur les quais du Pirée; une
foule compacte circulait dans les rues; on
ne trouvait plus à se loger nulle part, car
trente mille étrangers et provinciaux s'étaient
rendus de toutes les parties de l'Orient grec
dans la cité de Minerve, dont ils doublaient
presque la population. On attendait l'arrivée
du nouveau souverain désigné aux Hellènes
par les puissances de l'Europe et proclamé
par'un vote de l'assemblée nationale.
L'impatience et la joie étaient grandes.
Après une année entière d'incertitude et de
provisoire, la Grèce allait enfin rentrer dans
une situation normale et reprendre posses-
sion de ce gouvernement monarchique auquel
elle avait tenu à demeurer fidèle, tout en
rompant avec sa dynastie. Comme le peuple
de Paris à l'entrée de Henri IV, le peuple
d'Athènes était «affamé de voir un roi;"
il attendait avec la monarchie reconstituée
la fin du malaise général, le rétablissement
définitif de Tordre et de la stabilité, perdus
depuis douze mois. Avec l'ardeur enthou-
siaste et la naïveté enfantine qui lui sont
propres, il se laissait aller aux illusions les
plus dorées; la seule présence du roi dans
ses état^ devait suffire pour ramener le
calme, pour remettre chaque chose à sa
place, pour effacer tout vestige de l'ébranle-
ment causé par la chute de la dynastie