Boekgegevens
Titel: Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
Auteur: Herrig, Ludwig; Helderman, D.J.
Uitgave: Deventer: A. ter Gunne, 1871
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: NO 09-353
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_200765
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse taalkunde
Trefwoord: Leesvaardigheid, Frans, Leermiddelen (vorm)
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   Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
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devait faire. Le matin, quand toue les élèves
furent arrivés, il leur demanda: »Eh bien,
et le revenant?
— On l'a encore vu, monsieur," lui ré-
pondit-oa.
Et aussitôt les petits garçons nommèrent
quatre ou cinq personnes du village, qui
avaient encore vu de loin le revenant et
n'avaient pas osé s'en approcher.
M. Laurent dit alors: »Qui sont ceux, de
vous qui veulent jouer avec moi une farce
au revenant ?"
' Personne ne répondit. Les élèves se regar-
daient, effrayés. M. Laurent continua: »Nous
irons ce soir ensemble, avec des bâtons, et
nous ferons au revenant une si grande peur,
qu'il ne reviendra plus. Voulez-vous ?
— Allons-y tous, dit un petit garçon plus
brave que les autres.
-- Oui, oui, tous, crièrent-ils ensemble,
aussitôt qu'un d'eux se fut décidé à parler.
— A la bonne heure, dit M. Laurent.
Nous irons tous, grands et petits. Ayez
bien soin de venir avec un bâton; soyez ici
à sept heures. Mais je vous recommande
de ne parler de cela à personne, — à per-
sonne, entendez bien — pas même à vos père
et mère. Sans quoi, le revenant pourrait ne
pas se promener ce soir et nous n'aurions
pas de plaisir.
— Nous aurons donc du plaisir, monsieur?
demanda un élève,
— Je crois que oui, répondit M. Laurent,
Allons, asseyez-vous et travaillez. Oui, oui,
nous nous amuserons ; mais il ne faut rien
dire à personne. Surtout n'oubliez pas les
bâtons,"
A sept heures du soir, les élèves arrivèrent
chez le maître d'écoler Pas tous cependant;
les plus petits avaient parlé à leurs parents,
qui ne les avaient plus laissés sortir, ce dont
M. Laurent fut fort mécontent. Cependant,
ils étaient bien vingt, et chacun deux avait
à la main un bâton arraché à quelque fagot,
»Parlons, dit M.Laurent; je vais devant.
Ne parlez pas: nous entrerons tout de suite
dans le bois, pour n'être pas vus."
Us arrivèrent au bois, sans avoir parlé.
M. Laurent marchait devant les élèves. Le
soir était sombre ; c'était en hiver ; il y avait
au ciel de grands nuages noirs qui cachaient
la lune. Le grand vent faisait courber les
arbres avec un bruit qui s'entendait de loin.
L'eau de la rivière coulait vite et écumait
sur les bords. La terre craquait sous les
pieds, parce que la gelée Pavait durcie. On
entendait aussi de temps à autre claquer les
dents d'un des élèves; et quand M, Laurent
demandait à voix basse: »Eh bien, qui donc
a peur?" On répondait: »Monsieur, il fait
bieu froid."
Tout à coup, un des élèves s'arrêta; ils
étaient arrivés au bord du bois; on pouvait
voir toute la campagne sans arbres, et au
fond, les dernières maisons du village. »Le
voilà, là-bas!" dit l'enfant.
Vite, ils se reculèrent tous en tremblant.
A cent pas d'eux, le revenant se promenait,
lentement, levant un bras, s'arrêtant, gé-
missant. 11 parut aux enfants aussi haut
que le clocher de l'église. Quelques-uns se
mirent à pleurer en se serrant contre M.
Laurent.
»Ecoutez, dit il, je vais courir au reve-
nant, sans rien dire. Vous me suivrez tous
et nous le frapperons ensemble de nos bâtons.
Seulement, faites le moins de bruit possible,
parce que, s'il nous entend, il s'enfuira,
et nous ne pourrons pas le punir et nous
amuser."
Tout de suite, M. Laurent courut au
revenant. Tous les enfants coururent avec
lui, les uns pour ne pas rester seiils, les
autres parce que le courage de M. Laurent
les rendait eux mêmes courageux. Mais le
revenant les entendit; et, comme l'avait dit
M. Laurent, aussitôt qu'il les eut vus, il se
mit à fuir aussi vite qu'il put, après avoir
laissé tomber derrière lui les draps de lit
qui le couvraient tout entier. En le voyant
fuir, les enfants, et M. Laurent lui-même,
crièrent de toutes leurs forces, tant ils eurent
de joie d'avoir effrayé le revenant. Pendant
bien longtemps, ils le poursuivirent dans la
campagne. Le revenant courait bien; mais
M. Laurent et les élèves couraient bien aussi.
Et, tout en courant, ils se moquaient de ce
fameux revenant, qui avait peur. »Hoûl Hoû!"
faisaieJ-,-ils avec une grosse voix. »Attends,
attends, vaurien; tu auras du bâton..." Le
revenant continuait à courir comme si tous
les loups du monde avaient été sur ses talons.
Et enfin, M. Laurent et ses élèves l'atteigni-
rent au moment où il rentrait dans le village.
»Ah! ah! nous le tenons!" dirent les en-
fants.
Aussitôt, ils se jetèrent sur lui; les uns
étaient sur ses épaules; les autres autour de
ses jambes; les autres tenaient ses bras avant
qu'il eût pu se défendre. Et ils lui tiraient
les oreilles, et ils le pinçaient, et ils le frap-
paient en criant et riant. Le revenant voulait
s'en débarrasser, et de temps en temps il en
jetait un ou deux'par terre; mais ils reve-
naient tout de suite le pincer et le battre;
si bien que tout à coup il tomba en deman-