Boekgegevens
Titel: Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
Auteur: Herrig, Ludwig; Helderman, D.J.
Uitgave: Deventer: A. ter Gunne, 1871
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: NO 09-353
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_200765
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse taalkunde
Trefwoord: Leesvaardigheid, Frans, Leermiddelen (vorm)
Bekijk als:      
Scan: Afbeeldinggrootte:
   Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
Vorige scan Volgende scanScanned page
- 59 -
mais dans le village on l'appelait »le Père
des enfants."
Dans ce même village, il y avait un garçon
de ferme (ju'on nommait Louis. C'était un
farceur qui aimait à faire peur aux gens.
Et il n'était jamais si content que lorsqu'il
avait réussi à effrayer quelqu'un du village,
homme, femme ou enfant.
Une fois, quand il faisait bien sombre, le
soir, il tendait une grosse corde d'une maison
à l'autre, à travers le grand chemin du vil-
lage. Les gens qui passaient se jetaient con-
tre la corde, parce qu'ils ne la voyaient pas,
tombaient rudement par terre, le visage
sur les cailloux. Alors Louis riait tout haut,
relevait le passant et lui disait: »Bah! c'est
pour s'amuser; ne dites rien, nous en attra-
perons d'autres." 11 venait d'autres person-
nes, qui tombaient aussi. Alors Louis et le
premier passant les relevaient en disant en-
core: »Bah! c'est pour s'amuser; ne dites
rien, nous en attraperons d'autres." Il en
venait encore et c'était encore la même chose;
et tous riaient de voir que les passants tom-
baient l'un après l'autre sur la corde.
Une autre fois, i! disait à son voisin Bap-
tiste: »Savez'vous bien que Pierre Joseph,
qui demeure là-haut près du bois, a dit que
vous mettiez de l'eau dans votre lait pour
vendre à la ville, et que vous étiez un
voleur?"
Baptiste criait que ce n'était pas vrai;
mis, quand il rencontrait Pierre Joseph,
ils se querellaient et se battaient. Et Louis,
qui était là, disait en riant, quand ils s'é-
taient bien battus: »Bah! c'est pour s'amu-
per!"
Une autre fois, la nuit, en rentrant à la
ferme, il criait: »Au feu! au feu!" Les
paysans se levaient et accouraient, en che-
mise, chaussés de sabots; les pjiysannes
pleuraient, avec leurs enfants dans les bras;
on faisait sortir les bœufs des étables, les
chevaux des écuries; tout le monde avait si
grand peur que personne ne savait plus ce
qu'il faisait. Enfin quelqu'un demandait :
oEh bien, oîi est le feu? qui est-ce qui voit
le feu?" On se regardait, on ne voyait rien.
Alors, on se disputait, on <;riait: »C'est
«il Non, c'est toi!" Et Louis, caché dans
in coin, riait tout seul; puis il se sauvait
àî s'écriant: »Bah! c'est pour s'amuser!"
Une autre fois.., mais Louis faisait tant
3e farces, que ce serait trop long de les
'aconter. Il ne se passait pas un mois sans
iu'il en imaginât de nouvelles. Elles ne
'éussissaient pas toujours, ce qui le portait
Avantage encore à recommencer.

e
Cependant, les paysans finirent par s'ha-
bituer aux inventions de Louis. Peu à peu,
il devint moins farceur, parce qu'il vit très
bien qu'il ne trompait plus personne. Enfin,
il dut partir pour être soldat; et alors le
village' fut bien tranquille, la nuit comme le
jour. Cette tranquillité dura toute une an-
née; les plaisanteries^ de Louis s'oublièrent
peu à peu.
Mais un jour les élèves du bon maître
d'école Laurent accoururent très effrayés; il
leur demanda ce qu'ils avaient. »Ah! mon-
sieur , dit l'un d'eux, vous ne savez donc
pas?.,.
— Non, dit M. Laurent; qu'y a-t-il?
— Il y a, dit le petit garçon qui avait
parlé, il y a que c'est maintenant un reve-
nant qui revient tout près du bois, aussitôt
qu'il fait soir.
— Il n'y a pas de revenants, dit le maître
d'école; est-ce que le grand Louis n'est plus
soldat?
— Si, monsieur, dit l'enfant; et il y a
un revenant tout de même."
M, Laurent se mit à rire et il ne fut plus
question du revenant. Mais; le lendemain,
on lui dit encore la même chose. »Monsieur,
c'est sur. Il y a un revenant. Le fermier
Baptiste l'a vu hier soir.
— Il n'y a pas de revenants," répondit
encore M. Laurent.
Mais, le lendemain, ou lui dit la même
chose: »Monsieur, le revenant revient encore ;
c'est Pierre-Joseph et sa femme qui l'ont vu,
— Je vous répète, répondit toujours M.
Laurent, qu'il n'y a pas de revenants."
Mais, le lendemain, on lui dit de nouveau
la même chose: »Monsieur, c'est mon père
qui l'a vu; il est hauj; comme un arbre, et
tout blanc; il marche sans qu'on voie ses
pieds: il est toujours sur le bord du bois,
près de la rivière.
— Allons, répondit M. Laurent, j'irai
voir moi-même."
Le soir, à l'heure où l'on disait que le
revenant se promenait, le maîti;e d'école sor-
tit de sa maison et s'en alla vers le bois.
Et, à la place où on lui avait dit que le
revenant se montrait tous les soirs, il vit de
loin une grande masse blanche, très haute
et très étK)ite, qui paraissait glisser sur la
terre, qui faisait de temps en temps un
mouvement avec son bras, ou bien qui s'ar-
rêtait et qui poussait un long gémissement :
»Heu! Heu! Heul"
»Ah! ah! se dit M. Laurent, il y a vrai-
ment quelqu'un."
Il rentra chez lui, en songeant à ce qu'il