Boekgegevens
Titel: Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
Auteur: Herrig, Ludwig; Helderman, D.J.
Uitgave: Deventer: A. ter Gunne, 1871
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: NO 09-353
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_200765
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse taalkunde
Trefwoord: Leesvaardigheid, Frans, Leermiddelen (vorm)
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   Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
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séché, et qu'est-ce que je vois? un trou gros
comme les deux poings dans la planche du
milieu, sur le bord. — Je devins tout pâle,
et je tournai la tête. Jâry riait en dessous,
»Qu'est-ce qui a fait ça? lui dis-je.
— C'est le gros rabot, répondit-il en écla-
tant de rire; il ne faut pas mettre les beaux
ouvrages sous la planche aux rabots, parce
que, quand ies rabots tombent, ils font des
trous,
— Et qu'est-ce qui a fait tomber le gros
rabot?
— C'est moi, dit-il en riant plus fort;
j'en avais besoin."
A peine avait-il répondu: »C'est moi!"
que je tombai sur le gueux comme un loup.
J'avais la tête de moins que lui, ses mains
étaient larges deux fois comme les miennes,
mais du premier coup il fut culbuté, les
jambes par-dessus la tête, et je lui posai les
genoux sur la poitrine, pendant qu'il me
serrait en criant :
»Ah! brigand... ah! tu oses!..
— Oui, j'ose, lui dis-je," en écumant
et lui donnant des coups terribles sur la
figure.
Nous roulions dans les copeaux, il'allon-
geait ses larges mains calleuses pour m'é-
trangler; mais ma fureur était si grande,
que malgré sa force j'avais presque fini par
l'assommer, lorsque le père Nivoi et trois
hussards accoururent à nos cris, et m'arra-
chèrent de dessus lui, comme un de ces
dogues qu'il faut mordre pour les faire lâ-
cher. Ils me tenaient en l'air par les bras
et les jambes, j'avais des tremblements et des
frémissements.
Le grand Jâry se leva en criant:
»Je te rattraperai!"
Mais à peine avait-il dit: »Je te rattra-
perai!" que je me lâchai d'une secousse, et
que je le bousculai sur la table comme une
plume. 11 criait :
»A l'assassin!... à l'assassin!"
11 fallut m'arracher encore une fois, et
m'entraîner dans la chambre-voisine. Le père
Nivoi demandait :
»Qu'est-ce que c'est?"
Alors, fondant en larmes, je lui dis:
»11 a cassé ma^table exprès.
— Ah! il a cassé ta table! fit-il; le
gueux,., le lâche!... Ah! il a cassé ta table
exprès.,. Eh bien! tu as bien fait, Jean-
Pierre. Mais il peut se vanter d'en avoir
reçu,.. "Voilà pourtant la colère .d'un honnête
homme qu'on vole,"
Les hussards me regardaient tout surpris
et se disaient entre eux :
»Tonnerre! c'est pire qu'un chat saun
vage!"
La femme de M. Nivoi venait de porter
dans l'atelier un baquet d'eau fraîche, ov
Jâry se lavait la figure. Je'i'entendais gémir;
il disait:
»Je ne travaillerai plus avec ce brigand,
il a voulu m'assassiner."
Ên même temps il sanglotait comme un
lâche, et M. Nivoi étant retourné le voir,
lui dit:
»Tu as reçu ton compte... c'est bien fait*
Tu ne veux plus travailler avec cet enfant,
tant mieux I C'est une bonne occasion pour
moi d'être débarrassé d'un envieux, d'un
imbécile. Ya te faire panser chez M. Harvig.
Tu pourras revenir ce soir ou demain, si tu;
veux, pour recevoir ton arriéré. Mais tu ne
rentreras pas dnns l'atelier; tu viendras dans
cette chambre, car si Jean-Pierre te voyait,
il te déchirerait.
— Lui! cria Jâry.
— Oui, lui ! Ne crie pas si haut, il est
encore là; les hussards le retiennent, mais
il pourrait s'échapper."
Nous n'enfendîmes plus rien! Quelques
instants après, M. Nivoi revint en disant:
»Le gueux est parti. J'ai regardé le trou
de la table; nous allons changer tout de suite
la planche du milieu, Jean-PieVre, et demain:
tout sera prêt pour la fête de la mère Balais.
Ainsi console-toi, sois content, tout peut être
réparé ce soir."
Je me remis alors, et je fus bien étonné
de voir que j'avais battu le grand Jâry. Je
pensai eu moi-même: »Ah! si j'avais su cela
plus tôt, tu ne m'aurais pas tant ennuyé
depuis deux ans, mauvais gueux! J'aurais
comnfencé par oii j'ai fini; mais il vaut mieux
tard que jamais."
(Erckmann-Chatrian.)
79. LE REVENANT.
Il y avait un maître d'école de village qui
était bien aimé de ses élèves. 11 leur ap-
prenait à lire, à écrire et à compter; il leur
racontait des histoires vraies, oit il y avait:
des hommes bous et forts, des femmes belles
et douces, des enfants aimant le jeu et l'étude.
11 jouait à la balle avec ses élèves; il les
menait à la rivière et leur montrai! comment
il fallait nager. Le dimanche, quand il fai- ■
sait beau, il ies conduisait à la promenade ; ;
ils jouaient encore, ils riaient, ils causaient.
Le nom du maître d'école était Laurent,