Boekgegevens
Titel: Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
Auteur: Herrig, Ludwig; Helderman, D.J.
Uitgave: Deventer: A. ter Gunne, 1871
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: NO 09-353
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_200765
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse taalkunde
Trefwoord: Leesvaardigheid, Frans, Leermiddelen (vorm)
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   Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
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le prolongement de la personne; la propriété
n'est que le prolongement des facultés. Sé-
parer Fhorame de ses facultés, c'est le faire
mourir; séparer Thomme du produit de ses
facultés, c'est encore le faire mourir.
Il y a des publicistes qui se préoccupent
beaucoup de savoir comment Dieu aurait dû
faire ' l'homme : pour nous, nous étudions
l'homme tel que Dieu l'a fait; nous consta-
tons qu'il ne peut vivre sans pourvoir à ses
besoins; qu'il ne peut pourvoir à ses besoins
sans travail, et qu'il ne peut travailler s'il
n'est pas Süß. d'appliquer à ses besoins le
fruit de son travail.
Voilà pourquoi nous pensons que la Pro-
priété est, d'institution divine, et que c'est
sa sûreiê ou sa sécurité qui est l'objet de la
loi humaine.
Il est si vrai que la Propriété est anté-
rieure à la loi, qu'elle est reconnue même
parmi les sauvages qui n'ont pas de lois,
ou du moins de lois écrites. Quand un
sauvage a consacré son travail à se con-
struire une hutte, personne ne lui en dispute
la possession ou la Propriété. Sans doute
un autre sauvage plus vigoureux peut l'en
chasser,. mais ce n'est pas sans indigner et
alarmer la tribu tout entière. C'est même
cet abus de la force qui donne naissance à
l'association, à la convention, à la löi\ qui
met la force publique au service de la Pro-
priété. Donc, la Loi naît de la Propriété,
bien loin que la Propriété naisse de la Loi.
On peut dire que le principe de la pro-
priété est reconnu jusque parmi les animaux.
L'hirondelle soigne paisiblement sa jeune
famille dans ie nid qu'elle a construit par
ses efforts.
La plante même vit et se développe par
assimilation, par appropriation. Elle ap-
proprie les substances, les gaz, les sels qui
sont' à sa portée. Il suffirait d'interrompre
ce phénomène pour la faire dessécher et
périr.
De même, l'homme vit et se développe
par appropriation. L'appropriation est un
phénomène naturel, ^providentiel, essentiel à
la vie, et la propriété n'est que l'appropria-
tion devenue un droit par le travail. Quand
le travail a rendu assimilables, appropriables
des substances qui ne l'étaient pas, je ne
vois vraiment pas comment on pourrait pré-
tendre que, de droit, le phénomène de l'ap-
propriation doit s'accomplir au profit d'un
autre individu que celui qui a exécuté le
travail.
C'est en raison de ces faits primordiaux,
conséquences nécessaires de. la constitution
même de l'homme, que la Loi intervient.
Comme l'aspiration vers la vie et le déve-
loppement peut porter l'homme fort à dé-
pouiller l'homme faible, et à violer ainsi le
droit du travail, il a été convenu que la
force de tous serait consacrée à prévenir et
réprimer la violence. La mission de la Loi i
est donc de faire respecter la Propriété. Ce
n'est pas la Propriété qui est conventionnelle,
mais la Loi,
(M. F. Bastiat.)
78. L'HOMME DU PEUPLE.
Au commencement de ma troisième année
d'apprentissage, quelques jours avant la Sainte-
Anne, qui tombe le 27 juillet, un soir, au
moment de partir, M. Nivoi me dit, après
avoir regardé mon travail:
»Jean-Pierre, je suis content de toi, tu
m'as rendu déjà de véritables services, et je
veux te montrer ma satisfaction. Dis-moi ce
qui peut te faire plaisir."
En entendant ces paroles, je sentis mon
cœur battre. Jâry, qui pendait son tablier et :
sa veste de travail au clou, se retourna pour
écouter. J'aurais bien su quoi répondre, mais
je n'osais pas. Et comme j'étais là tout
troublé, le père Nivoi me dit encore:
»Hé! tu n'as jamais rien reçu de moi,
Jean-Pierre!"
En même temps il tirait de sa poche une
grosse pièce de cinq francs, qu'il faisait sauter
dans sa main, en disant:
«Est-ce qu'une pièce de cinq francs ne
t'irait pas, pour faire le garçon ? Réponds-
moi hardiment ; qu'-^est-ce que tu penses,
d'une pièce de cinq francs dans la poche de
Jean-Pierre?"
Mon trouble augmentait, parce que depuis
longtemps j'avais une autre idée, une idée
qui me paraissait magnifique, mais qui devait
coûter cher. Je n'osais pas la dire, et poui-
tant, à la fin, ramassant tout mon courage,
je répondis:
» Monsieur Nivoi, mon plus grand bonheur
est d'abord de savoir que vous êtes content
de moi; oui, c'est une grande joie, princi-
palement à cause de la mère Balais...
— Sans doute, sans doute, fit-il attendri ;
mais toi, qu'est-ce que tu voudrais, qu'est-ce
que tu pourrais désirer?
-- Eh bien! mî)nsieur Nivoi... Mais je
n'ose pas!
— Quoi?
— Eh bien, ce qui me ferait le plus de
plaisir, ce serait de montrer de mon travail
à la mère Balais."