Boekgegevens
Titel: Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
Auteur: Herrig, Ludwig; Helderman, D.J.
Uitgave: Deventer: A. ter Gunne, 1871
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: NO 09-353
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_200765
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse taalkunde
Trefwoord: Leesvaardigheid, Frans, Leermiddelen (vorm)
Bekijk als:      
Scan: Afbeeldinggrootte:
   Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
Vorige scan Volgende scanScanned page
52 —
de mon voyage, y succomberont dans la
douleur, dans la lutte ardente des passions
et des intérêts, y souffriront des attaques
des méchants, des difficultés de la vie, des
rudes étreintes de la misère, et y laisseront
leur poussière, sans pouvoir se reposer un
jour dans la maison blanche qu'ils ont rêvée
au bord du bois!
A cette pensée, je me sens pris de pitié
pour ces prédestinés, et, si je n'écoutais que
mes pressentiments, je tomberais peut-être
sur la route, et je n'aurais pas le courage
de retourner, même à j.as lents, dans la cité
dévorante.
Mais une vois me dit que la lumière dé
l'horizon n'est pas la dernière station du
convoi qui nous entraîne, et le ciel me
montre une autre lumière, le signal étince-
lant de la station prochaine; c'est l'étoile du
soir.
Dieu l'a placée là, elle immuable et tou-
jours brillante, au-dessus de ce monde chan-
geant, pour dire à tout être pensant que ce
n'est pas vers la ville que nous nous précipi-
tons, mais vers une resplendissante éternité.
Ainsi, chers compagnons de mon voyage,
tendons-nous la main en arrivant à la sta-
tion de misère; nous y trouverons encore
des sympathies, des cœurs dévoués, des ami-
tiés sincères, des beaux dimanches d'été : et,
si faibles et malheureux que nous soyons,
nous pourrons encore venir au secours de
quelque être plus misérable, et l'aider à mar-
cher jusqu'à la terre promise, jusqu'à la sta-
tion radieuse de l'étoile du soir.
(J, T. de Saiut-Germain.y
73. LA HOLLANDE ET LE 1101 LOUIS.
Le roi reçut une lettre confîdentieilc de
l'empereur, qui, à la date du 28 mars 1808,
ne lui offrait ni plus ni moins que la cou-
ronne d'Espagne, dont il disposait déjà,
comme on peut le voir, un mois avant la
fameuse entrevue de Bayoune. »Le climat
de la Hollande ne vous convient pas, disait
Napoléon, la Hollande ne. peut se relever
de ses ruines; répondez seulement oui, et
l'affaire est conclue." Louis eut l'honnêteié.
de refuser cette offre insidieuse. Sans doute
l'Espagne était un bien plus grand royaume
que kl Hollande, un pays catholique et mo-
narchie de longue date: Napoléon savait
qu'il prenait son frère par son faible en
m.ettant en avant la question de climat, et
en 1808 rien ne permettait encore de prévoir
que l'astre du premier empire subirait sa
première éclipse dans la patrie du Cid;
mais le roi pensait qu'il y avait un contrat
d'honneur entre lui et la nation hollandaise,
et que son départ serait le signal de cette
annexion dont sa présence sur le trône de
Hollande constituait le seul empêchement
sérieux. Bien que cette négociation dût être
tenue fort secrète, il en transpira quelque
chose. Je suis un peu tenté de cro re que
Louis mit quelque coquetterie dans ses in-
discrétions; bientôt du reste il ne fut plus
nécessaire de garder le secret, et les Hol an-
dais lui furent reconnaissans de sa décision. Au
surplus le roi s'ingéniait de toutes les façons
à flatter l'amour-popre national. Depuis le
mois d'avril 1807, il avait changé son nom
de Louis en son équivalent hollandais Lode-
wijk. 11 s'escrimait de son mieux pour ap-
prendre à parler le hollandais, et n'y par-
venait guère; en vain faisait-il venir auprès
de lui des professeurs et des littérateurs
distingués pour les consulter sur les moyens
de vaincre les difficultés que, comme la
plupart des Français, il rencontrait dans le
maniement de cette langue aux aspirations
fréquentes et à l'accentuation très despoti-
que '). Cependant il y gagnait de rappro-
cher de sa personne des hommes éminens
jusqu'alors un peu boudeurs, et qu'il réus-
sissait aisément à captiver par ses manières
affables. C'est ainsi qu'il s^assura les sym-
pathies de M. van Lennep, père du roman-
cier, et dont le républicanisme, jusqu'alors
assez farouche, s'adoucit beaucoup dans ses
entretiens linguistiques avec le roi. Louis
alla même, tant il avait à coeur de se faire
Hollandais, jusqu'à permettre dans ses salons
l'usage de la longue pipe Hollandaise et à
en donner l'exemple en personne. L'absence
d'Hortense favorisait cette concession, alors
inouïe dans une cour. Toutefois cet essai
ne dura pas longtemps. _ Louis éprouva sans
doute quelques inconvéniens personnels de cet
accommodement aux moeurs nationales, il ne
revint pas sur la permission qu'il avait don-
née; mais, comme on vit qu'il ne fumait
plus lui-même, on n'osa plus fumer en sa
présence. ^ ^(A. Réville.)
') Le Hollandais mal accentué est inintelligible '
aux Hollandais eux-mêmes. Les courtisans compli'
mentaient le roi sur ses progrès dans la langaie
nationale; mais il parait que ces progrès étaient
fort lents. Du moins on m*a raconté que, se croyant
assez sûr ^de lui pour adresser en Hollandais une
allocution à des nationaux admis à son audience,
il commença par leur dire qu'il tfétait^ enchanté de
les voir réunis autour de leur roi {honingy mais il
prononça honing comme s'il eût voulu dire ko7iijn,
qui signifie lapin, et je laisse à juger du singulier
effet que dut produire cette distraction royale,