Boekgegevens
Titel: Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
Auteur: Herrig, Ludwig; Helderman, D.J.
Uitgave: Deventer: A. ter Gunne, 1871
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: NO 09-353
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_200765
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse taalkunde
Trefwoord: Leesvaardigheid, Frans, Leermiddelen (vorm)
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   Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
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à leur simple aspeet. Le bruit de Tarrivée
de gens si extraordinaires chez ces nations
primitives se propagea rapidement. Lesjours
se succédaient et la curiosité ne se rassasiait
pas. De toutes les tribus d'alentour on
venait voir ce phéuomène elTrapnt et sur-
naturel de quatre êtres humains à peau
blanche.
La bienveillance des naturels à qui ils
avaient affaire se borna a ne pas les tuer ;
bientôt il fallut que ces infortunés se missent
à la recherche des racines dont se nourris-
saient les gens du pays et vécussent, à la
grâce de Dieu, au milieu de ces sauvages
qui leur laissaient la liberté de leurs mou-
vements, tout en veillant à ce qu'ils ne s'é-
loignassent pas trop. Les privations et les
souffrances qu'ils endurèrent ne peuvent se
raconter. La femme du capitaine était sur-
tout à plaindre. Lorsque la malheureuse
créature se vit complètement nue, la souf-
france morale se joignit à la souffrance phy-
sique, et les tortures finirent ce que les
éléments avaient commencé. Deux aus après
l'échouement du radeau sur le cap Cleveland,
Morrill se trouva seul. Cet homme de fer
put s'habituer aux mœurs et aux habitudes
des sauvages.
Ce que Morrill raconte de la vie des tribus
de l'intérieur de la Nouvelle-Hollande est
intéressant à plus d'un titre. Ils sont bar-
bares, dit-il, cruels et traîtres; il existe
parmi eux une espèce de compagnonnage qui
leur fait reconnaître leurs amis et leurs en-
nemis particuliers. Lui-même eut des amis
et des ennemis; plus d'une fois il serait
tombé dans les embûches de ceux-ci, si
ccux-là n'eussent veillé sur lui. 11 confirme
ce fait déjà trop certain des habitudes de
cannibales des hordes nombreuses qui peu-
plent l'intérieur du continent; seulement ses
allégations jettent un jour tout nouveau sùr
le point de vue auquel il faut envisager
l'anthropoiliagie. La férocité, n'est pour rien
dans l'habitude de se manger les uns ks
autres. Les Australiens ne mangent que
leurs chefs ou leurs amis les plus chers après
leur mort; par cela ils croient s'approprier
quelques-unes des vertus ou des qualités du
défunt.
Des années se passèrent avant qiie Morrill,
dont la tribu n'était pourtant pas loin des
établissements anglais, entendît le moindre
récit concernant ses compatriotes. Plus d'une
fois il crut s'apercevoir que les ludieus
avaient ensemble de longs entretiens dans
li squela il pouvait êtr^question du voisinage
inquiétant des blancs ; mais ses gardiens
faisaient toujours en sorte^qu'il ne pût com-
prendre exactement ce dont il était question.
Cependant un jour le hasard le favorisa;
il apprit (deux ans avant sa délivrance) que
des hommes de sa couleur venaient de fon-
der un établissement sur ia rivière Bowen.
Il eut la présence d'esprit de sembler ignorer
cette particularité. A de certains signes^
mots et étonnements des sauvages, Morrill
comprit encore que le flot de la civilisation
approchait, i! dissimula de son mieux. Il
aurait tenté d'échapper à la surveillance de
ses amis, mais la présence des ennemis de
sa tribu dans le voisinage le retint toujours.
Une singulière circonstance devait changer
encore sa destinée.
Par curiosité, paraît-il, les tribus se l'é-
taient prêfé de l'une à l'autre. Un certain
jour, par une raison qu'il ne peut dire, on
le fit passer chez une tribu amie, demeurant
entre le cap Bowling Greeu et la rivière
Burdekin. Là, à cette rivière, il vit venir
boire des bestiaux dont l'existence lui révéla
la présence des blancs. Une autre fois,
caché derrière des broussailles, il vit encore
des bestiaux venir boire dans le Burdekin,
mais alors accompagnés d'un homme avec
un fouet. Dès ce moment, son plan fut
arrêté. Une dernière crainte le retenait pour-
tant; quel parti les blancs lui feraient-ils?
Si on allait le prendre pour un insulaire?
Si la terreur armait les bras dans lesquels
il voulait se jeter? Mourir pour mourir,
se dit-il un jour, il vaut mieux en finir.
Résolu, il s'échappe, arrive devant les deux
bergers. 11 était délivré.
71. L'ÉTOILE DU SOIR.
En débouchant de la sombre vallée, après
la station de Meudon, située sur la crête
de la montagne, nous découvrons, des hau-
teurs du viaduc gigantesque, à l'extrémité
de la plaine, que que s lignes de feu qui
coupent l'horizon. C'est la grande ville éclai-
rée par les flammes du gaz qui reflète jus-
qu'au ciel ses lueurs incendiaires.
C'est dans ce gouffre brûlant qu'il faut
descendre, dans cette fourmilière de deux
millions d'hommes qui recouvre sous ses
palais et sous ses bouges vingt millions de
cadavres couchés dans ses cimetières ou en-
fouis dans ses catacombes. C'est là que
notre destinée nous rappelle; le chemin de
fer nous y précipite en hurlant, avec nos
fleurs riantes et nos cœurs troublés.
Combien d'entre nous, pauvres compagnons
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