Boekgegevens
Titel: Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
Auteur: Herrig, Ludwig; Helderman, D.J.
Uitgave: Deventer: A. ter Gunne, 1871
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: NO 09-353
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_200765
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse taalkunde
Trefwoord: Leesvaardigheid, Frans, Leermiddelen (vorm)
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   Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
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il regretta vivemeut de ne lui avoir pas
fait apprendre le latin, car il lui aurait
acheté une grande charge dans la Robe. La
mère , qui avait des sentiments plus nobles,
se chargea de solliciter un régiment pour
son fils , et en attendant il fit Tamour.
L'amour est quelquefois plus _ cher qu'un
régiment. H dépensa beaucoup, pendant que
ses parents s'épuisaient encore davantage à
vivre en grands Seigneurs.
Une jeune veuve de qualité, leur voisine,
qui n'avait qu'une fortune médiocre , voulut
bien se résoudre à mettre en sûreté les
glands biens de Monsieur et Madame de
la Jeaunotière, en se les appropriant, et en
épousant le jeune Marguis. Elle l'attira
ciez elle, lui fit entrevoir qu'il ne lui était
pas indifférent , l'enchanta, le subjugua sans
peine. Elle lui donnait tantôt des éloges,
tantôt des conseils , elle devint la meilleure
amie du père et de la mère. Une vieille"
voisine proposa le mariage. Les parents,
éblouis de la splendeur de cette alliance,
acceptèrent avec joie la proposition. Ils
donnèrent leur fils unique à leur amie in-
time. Le jeune Marquis allait épouser une
femme qu'il adorait, et dont il était aimé;
les amis de la maison les félicitaient ; on
allait rédiger les articles en travaillant aux
habits de nôce et à Tépithalame.
Il était un matin aux genoux de sa char-
mante épouse que l'amour , l'estime et l'a-
mitié allaient lui donner; ils s'arrangeaient
pour mener uue vie délicieuse, lorsqu'un
valet de chambre de Madame la mère ar-
rive tout effaré. Voici bien d'autres nou-
velles , dit-il; des huissiers déménagent la
maison de Monsieur et Madame; tout est
saisi par des créanciers; ou parle de prise
dé corps, et je vais faire mes diligences
pour être payé de mes gages. Voyous un
peu, dit le Marquis, ce que c'est que cette
aventure-là. Oui, dit la veuve, allez punir
ces coquins-là, allez vite. 11 y court , il ar-
rive à la maison; son père était déjà em-
prisonné : tous les domestiques avaient fui
chacun de leur côté, en emportant tout ce
qu'ils avaient pu. Sa mère était seule,
sans secours, sans consolation, noyée dans
les larmes, il ne lui restait rien que le sou-
venir de sa fortune, de la beaut,é, de ses
fautes et de ses folles dépenses.
Après que le fils eut longtemps pleuré
avec la mère, il lui dit enfin : Ne nous dés-
espérons pas ; cette jeune veuve m'aime
éperdûment, elle est plus généreuse encore
que riche; je réponds d'elle, je vole à elle,
et je vais vous l'amener, 11 retourne donc
'chez sa maîtresse, il la trouve tête à tête»
avec un jeune officier fort aimable. Quoi ! '
c'est vous. Monsieur de la Jeaunotière ; que
venez-vous faire ici? Abandonne-t-on ainsi i
.sa mère? Allez chez cette pauvre femme,
et dites-lui que je lui veux toujours du bien:
j'ai besoin d'une femme de chambre, et je'
lui donnerai la préférence. — Mon garçon,
tu me parais assez bien tourné, lui dit
l'officier, si tu veux entrer dans ma com-
pagnie, je te donnerai un bon engagement.
Le Marquis stupéfait, la rage dans le
cœur, alla chercher son ancien gouverneur,
déposa ses douleurs dans son sein , et lui
demanda des conseils. Celui-ci lui proposa
de se faire, comme lui, gouverneur d'enfants.
Hélas ! je ne sais rien, vous ne m'avez rien
appris, ef vous êtes la première cause de
mon malheur; et il sanglotait*en lui par-
lant ainsi. Faites des romans, lui dit un bel
esprit qui était là, c'est une excellente res-
source à Paris.
Le jeune homme, plus désespéré que
jamais, courut chez le confesseur de sa
mère; c'était un Théatin très accrédité , qui
ne dirigeait que les femmes de la première
considération ; dès qu'il le vit, il se pré-
cipita vers lui. Eh mon Dieu, Monsieur le
Marquis, où est votre carrosse? comment
se porte la respectable Madame la Mar-
quise votre mère ? Le pauvre malheureux
lui conta le désastre de sa famille. A me-
sure qu'il s'expliquait, le Théatin prenait
une mine plus grave , plus indifférente , plus
imposante. — Mon fils, voilà où Dieu vous
voulait, les richesses ne servent qu'à cor-
rompre le cœur. Dieu a donc fait la grâce
à votre mère de la réduire à la mendicité ? —
Oui, Monsieur. — Tant mieux , elle est sûre
de son salut. — Mais, mon père, en attendant,
n'y aurait-il pas moyen d'obtenir quelque
secours dans ce monde ? — Adieu , mon fils ;
il y a une dame de la cour qui m'attend.
Le Marquis fut prêt à s'évanouir ; il fut
traité à peu près de même par tous ses
amis, et apprit mieux à connaître le monde
dans une demi-journée que dans tout le
restée de sa vie.
Comme il était plongé dans Taccablemcnt
du désespoir, il vit avancer une chaise
roulante a l'antique, espèce de tombereau
couvert, accompagné de rideaux de cuir,
suivis de quatre charrettes énormes toutes
chargées. Il y avait dans la chaise uu jeune
homme grossièrement vôlu; c'était un vi-
sage rond et frais qui respirait la douceur
et la gaieté. Sa petite femme, brune et
assez grossièrement agréable, était cahotée