Boekgegevens
Titel: Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
Auteur: Herrig, Ludwig; Helderman, D.J.
Uitgave: Deventer: A. ter Gunne, 1871
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: NO 09-353
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_200765
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse taalkunde
Trefwoord: Leesvaardigheid, Frans, Leermiddelen (vorm)
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   Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
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chez Madame sa mère, sans que ni Tun ni
l'autre se donnent la moindre peine.
Madame à ce discours remercia le gra-
cieux ignorant, et lui dit : ou voit bien ,
Monsieur, que vous êtes l'homme du monde
le plus savant; mon fils vous devra toute
son éducation : je m'imagine pourtant qu'il
ne serait pas mal qu'il sût un peu d'histoire.
Hélas! Madame, à quoi cela est-il bon?
répondit-il; il n'y a certainement d'agréable
et d'utile 'que l'histoire du jour. _ Toutes
les histoires anciennes , comme le disait un
de nos beaux esprits, ne sont que des fables
convenues ; et pour les modernes , c'est un
chaos qu'on ne peut débrouiller. Qu'importe
à Monsieur votre fils que Charlemagne ait
institué les douze Pairs de Prance , et que
son successeur ait été bègue?
Rien n'est mieux dit, s'écria le gouver-
neur ; ou étouffe l'esprit des enfants pour
un amas de connaissances inutiles ; mais de
toutes les sciences la plus absurde à mon
avis , et celle qui est la plus capable d'é-
touffer toute espèce de génie , c'est la géo-
métrie. Cette science ridicule a pour objet
des surfaces, des lignes et des points, qui
n'existent pas dans la nature. La géométrie
en vérité n'est qu'une mauvaise plaisanterie.
Monsieur et Madame n'entendaient pas
trop ce que le gouverneur voulait^ dire,
mais ils furent" entièrement de son avis.
Un Seigneur comme Monsieur le Marquis ,
continua-t-il, ne doit pas se dessécher le
cerveau dans ces vaines études. Si un jour
il a besoin d'un géomètre sublime pour lever
le plan de ses terres, il les fera arpenter
pour son argent. S'il veut débrouiller l'an-
tiquité de sa noblesse qui remonte aux temps
les plus reculés, il enverra chercher un Bé-
nédictin. 11 en est de même de tous les
arts. "Un jeune Seigneur, heureusement
né , n'est ni peintre, ni musicien , ni archi-
tecte , ni sculpteur, mais il fait fleurir tous
ces arts en les encourageant par sa magni-
ficence. 11 vaut sans doute mieux les pro-
téger que de les exercer; il suffit que Mon-
sieur le Marquis ait du goût ; c'est aux ar-
tistes à travailler pour lui et c'est en quoi
on a très-grande raison de dire que les
gens de qualité (j'entends ceux qui sont très-
jriches) savent tout sans avoir rien appris,
parce qu'en effet ils savent à la longue
juger de toutes les choses qu'ils comman-
dent, et qu'ils paient.
L'aimable ignorant prit alors la parole ,
et dit: Vous avez très-bien remarqué. Ma-
dame, que la grande fin de l'homme est de
réussir dans la société. De bonne foi, est-
ce par les sciences qu'on obtient ce succès?
S'est-on jamais avisé dans la bonne com-
pagnie de parler de géométrie? demande-
t-on jamais à un honnête homme, quel astre
se lève aujourd'hui avec le soleil? Non sans
doute, s'écria la Marquise de la Jeaunotière,
et Monsieur mon fils ne doit point éteindre
son génie par l'étude de tous ces fatras;
mais ^ enfin que lui apprendra-t-ou ? car il
est bon qu'un jeune Seigneur puisse briller
dans l'occasion, comme dit Monsieur mon
mari. Je me souviens d'avoir ouï dire à un
abbé , que la plus agréable des sciences
était une chose dont j'ai oublié le nom, mais
qui commence par un B. Par un B, Ma-
dame? ne serait-ce point la botanique?
Non, ce n'était point de botanique qu'il me
parlait; elle commençait, vous dis-je, par
un B, et finissait par un on. Ah! j'entends
Madame, c'est le blason; c'est à la vérité
une science fort profonde : mais elle n'est
plus à la mode, depuis qu'on a perdu l'habi-
tude de faire peindre ses armes aux por-
tières de pon carrosse ; c'était la chose du
monde la plus utile dans un état bien po-
licé. D'ailleurs cette étude serait infinie; il
n'y a point aujourd'hui de barbier qui n'ait
ses armoiries; et vous savez que tout ce
qui devient commun, est peu fêté. Enfin
après avoir examiné le fort et le faible des
sciences, il fut décidé que Monsieur le Mar-
quis apprendrait à danser,
La nature qui fait tout, lui avait donné
un talent qui se développa bientôt avec un
succès prodigieux, c'était de chanter agré-
ablement des vaudevilles. Les grâces de la
jeunesse, jointes à ce don supérieur, le
firent regarder comme le jeune homme de
la plus grande espérance. 11 fut aimé des
femmes ; et ayant la tête toute pleine de
chansons , il en fit pour ses maîtresses. 11
pillait Bacchus et l'Amour dans un vaude-
ville, la Nuit et le Jour dans un autre, les
Charmes et les Alarmes dans un troisième.
Mais comme il y avait toujours dans ses
vers quelques pieds de plus ou de moins ,
qu'il ne fa lait, il les faisait corriger moyen-
nant vingt louis d'or par chanson , et il fut
mis dans l'Année littéraire au rang des la
Eare, des Chaulieux , des Hamiltons, et des
Voitures.
Madame la Marquise crut alors être la
mère d'un bel esprit , et donna à souper
aux beaux esprits de Paris. La tête du
ieuue homme fut bientôt renversée ; il acquit
l'art de parler sans s'entendre, et se per-
fectionna dans l'habitude de n'être propre
à rien. Quand son père le vit si éloquent