Boekgegevens
Titel: Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
Auteur: Herrig, Ludwig; Helderman, D.J.
Uitgave: Deventer: A. ter Gunne, 1871
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: NO 09-353
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_200765
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse taalkunde
Trefwoord: Leesvaardigheid, Frans, Leermiddelen (vorm)
Bekijk als:      
Scan: Afbeeldinggrootte:
   Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
Vorige scan Volgende scanScanned page
u
point de finir, quand un tailleur apporta à
Jeannot un habit de velours à trois cou-
leurs, avec une vesfe de Lyon de fort bon
goût: le tout était accompagné d'une lettre
à Monsieur de la Jeannotière. Colin admira
rhabit, et ne fut point jaloux; mais Jeannot
prit un air de supériorité qui affligea Colin.
Dès ce moment Jeannot n'étudia plus, se
regarda au miroir, et méprisa tout le monde.
Quelque temps après un valet de chambre
arrive en poste, et apporte une seconde
lettre à Monsieur le Marquis de la Jean-
notière; c'était un ordre de Monsieur son
père, de faire venir Monsieur son fils à
Paris. Jeannot monta en chaise en tendant
la main à Colin avec un sourire de pro-
tection assez noble. Colin sentit son néant,
et pleura. Jeannot partit dans toute la
pompe de sa gloire. -
Les lecteurs qui aiment à s'instruire,
doivent savoir que Monsieur Jeannot le père
avait acquis assez rapidement des biens
immenses dans les afikires. Vous demandez
comment on fait ces grandes fortunes ? C'est
parce qu'on est heureux. Monsieur Jeannot
était bien fait, sa femme aussi. Ils allèrent
à Paris pour un procès qui les ruinait ,
lorsque ia fortune qui élève et qui abaisse
les hommes à son- gré, les présenta à la
femme d'un entrepreneur des hôpitaux des
armées, homme d'un grand talent, et qui
pouvait se vanter d'avoir tué plus de soldats
en un an , que le canon n'en fait périr en
dix. Jeannot fut bientôt de part dans
l'entreprise; il entra dans d'autres affaires.
Dès qu'on est dans le fil de l'eau, il n'y a
qu'à se laisser aller; on fait sans peine une
fortune immense. Les gredins, qui du ri-
vage vous regardent voguer à pleines voiles,
ouvrent des yeux étonnés; ils ne savent com-
ment vous avez pu parvenir, ils vous envient
au hazard, et font contre vous des brochures
que vous ne lisez point. C'est ce qui ar-
riva à Jeannot le père, qui fut bientôt Mon-
sieur de la Jeannotière, et qui ayant
acheté un Marquisat au bout de six mois,
retira de l'école Monsieur le Marquis son
fils, pour le mettre à Paris dans le beau
monde.
Colin toujours tendre, écrivit une lettre
de compliments à son ancien camarade, et
lui fit ces lignes pour le congratuler. Le
petit Marquis ne lui fit point de réponse.
Colin en fut malade de douleur.
Le père et la mère donnèrent d'abord un
gouverneur au jeune Marquis. Ce gouver--
neur 5 qui était un homme de bel air, et qui
ue savait rien , ne put rien enseigner à son
mpille. Monsieur voulait que son fils apprît
e latin. Madame ne le voulait pas. Ils
prirent pour arbitre un auteur qui était
célèbre alors par des ouvrages agréables. 11
fut prié à dîner. Le maître de la maison
,commença par lui dire d'abord : Monsieur,
comme vous savez le latin, et que vous êtes
un homme de la cour — Moi, Monsieur,
du latin! je n'en, sais pas un mot, répondit
le bel esprit, et bien m'en a pris : il est
clair, qu'on parle beaucoup mieux sa langue
quand on ne partage pas son application
entre elle et des langues étrangères. Voyez
toutes nos dames, elles ont l'esprit plus
agréable que les hommes ; leurs lettres sont
écrites avec cent fois plus de grâce ; elles
n'ont sur nous cette supériorité que parce
qu'elles ne savent pas le latin^
Eh bien, n'avais-je pas raison? dit Ma-
dame. Je veux que mon fils soit un homme
d'esprit, qu'il réussisse dans le monde; et
vous voyez bien que s'il savait le latin , il
serait perdu. Joue-t-on, s'il vous plait, la
comédie et l'opéra en latin? Plaide-t-on en
latin , quand on a un procès ? Monsieur ,
ébloui de ces raisons, passa condamnation,
et il fut conclu, que le jeune Marquis ne
perdrait point son temps à connaître Cicé-
ron, Horace , et Virgile.
Mais qu'apprendra-t-il donc? car encore
faut-il qu'il sache quelque chose; ne pour-
rait-on pas lui montrer un peu de géo-
graphie? — A quoi cela lui servira-t-il?
répondit le gouverneur. Quand Monsieur
le Marquis ira dans ses terres, les postillons
ne sauront-ils pas les chemins? ils nel'éga-
reront certainement pas. On n'a pas be-
soin d'un quart de cercle pour voyager, et
on va très commodément de Paris en Au-
vergne, sans qu'il soit besoin de savoir sous
quelle latitude on se trouve.
Vous avez raison, répliqua le père; mais
j'ai entendu parler d'une belle science qu'on
appelle , je crois, l'astronomie. — Quelle
pitié! repartit le gouverneur; se conduit-on
par les astres dans ce monde? et faudra-
t-il que Monsieur le Marquis se tue à cal-
culer une éclipse, quand il la trouve à point
nommé dans l'almanae, qui lui enseigne de
plus les fêtes mobiles , Tâge de la lune , et
celui de toutes les princesses de l'Europe ?
Madame fut entièrement de l'avis du gou-
verneur. Le petit. Marquis était au comble
de la joie; Je père était très indécis. Que
faudra-t-il donc apprendre à mon fils ? disait-
il. A être aimable, répondit l'ami que l'on
consultait; et s'il sait les moyens de plaire,
il saura tottt : c'est un art qu*il apprendra