Boekgegevens
Titel: Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
Auteur: Herrig, Ludwig; Helderman, D.J.
Uitgave: Deventer: A. ter Gunne, 1871
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: NO 09-353
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_200765
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse taalkunde
Trefwoord: Leesvaardigheid, Frans, Leermiddelen (vorm)
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   Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
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Tendroit oîi son maître s'est assis. Puis
il tire celui-ci par le pan de son habit,
comme pour l'inviter à revenir à cet endroit.
Repoussé plusieurs fois, il ne perd pas
courage, il se place devant le cheval, et
se dresse sur les pattes de derrière, pour
l'arrêter ou le faire reculer. Le voyageur,
impatienté, presse de l'éperon le cheval.
Mais plus il fait d'efforts pour se mettre
en marche, plus le chien cherche à le re-
tenir, par des mouvements plus inquiets,
par des aboiements plus réitérés et plus forts.
Le maître ne comprend rien à ce manège.
Qu'a donc cet animal, si doux d'ordinaire?
De la voix, du geste, il essaie de la cal-
mer .... Vains efforts ! Le chien échappe
à ses caresses: il continue à montrer une
agitation effrayante. Serait-il devenu en-
ragé? Le voyageur commence à le crain-
dre. . . . Bientôt il en est persuadé tout à
fait. Que faire? Il faut se décider à un
douloureux sacrifice: il lui tire un coup de
pistolet.
Fidèle, blessé mortellement, fait quel-
ques efforts pour se relever. Ne pouvant
parvenir, il se traîne péniblement jusqu'à
'arbre au pied duquel son maître s'était
reposé.
Celui-ci s'éloigne attristé, abandonnant à
regret ce compagnon de voyage, qu'il ne
reverra plus.
Tout a coup, il se souvient du sac oublié
dans sa précipitatioi], et soupçonne alors
le sens de l'inquiétude de son bon serviteur,
plus attentif que lui.
, il retourne sur ses pas, — Pourra-t-il
reconnaître le tertre où il s'est assis? Le
sac qu'il y a déposé y sera-t-il encore? ...
Il retrouve l'endroit qu'il cherche, guidé
par des traces de sang.
Pauvre Fidèle! pour donner une dernière
preuve de son attachement, il s'est couché
sur le sac, et semble, sinon le défendre, au
moins le cacher à la rapacité des voleurs.
A la vue de soh maître, son œil languissant
s'ouvre encore une fois; puis il meurt.
Six mois plus tard, en passant, sur cette
route, je vis une petite colonne de marbre
élevée par les regrets du voyageur; on y
lisait cette inscription:
Au bon serviteur méconnu!
6L LE CHAT ET LE CUISINIER.
Dans un garde-mangerque dévastaient les rats,
Uu cuisinier, moins prudent que fidèle,
Avait placé pour sentinelle
Son favpri Mignon, qui du peuple des chats
Etait le plus parfait modèle.
C'était pour le gardien un poste périlleux.
Le fumet d'un pâté troublait sa conscience ;
Et l'appétit du drôle était fort chatouilleux.
Mignon pourtant fait bonne contenance.
Il se lèche la patte, il 'se frotte les yeux,
il approche, il recule, il se roule, il s'allonge;
Et par mille contorsions
Cherche à se délivrer de ses tentations.
Mais de son maître, hélas! l'absence se prolonge.
Tout s'use avec le temps, même la loyauté;
Et la faim de Mignon a longtemps résisté.
Il gratte la terrine, et puis fait une pause;
Sa patte sur le bord nonchalamment se pose;
Il jette sur la croûte un regard de côte.
Il flaire le couvercle, il se lève, il s'arrête;
il tourne et retourne la tête;
Mais son palais en est fort humecté ;
Et par ce jeu fatal sa langue affriandée,
Sa dent même s'est hasardée.
Bref, la faim l'emporta sur la fldélité;
Et quand le cuisinier revint à son service.
Il ne trouva plus dans l'office
Que les débris de sou pâté.
Je crois à la vertu, mais elle est bien fragile;
Elle a, dans l'intérêt et surtout dans la faim,
Deux puissants ennemis que je cite entre raille.
Leur résister jusqu'à la fin
Est chose rare et difficile,
il faudrait l'enfermer dans un étui d'airain.
Et nous ne sommes que d'argile.
(Viennet.)
62. JEANNOT ET COLIN.
Plusieurs personnes dignes de foi ont vu
Jeannot et Colin à l'école dans la ville
d'issoire en Auvergne, ville fameuse dans
tout l'xinivers par son collège, et par ses
chaudrons. Jeannot était fils d'un marchand
de mulets très renommé, et Colin devait
le jour à un brave laboureur des environs,
qui cultivait la terre avec quatre mulets,
et qui après avoir payé la taille, le taillon,
les aides et gabelles, le sou pour livre, la
capitation et les vingtièmes, ne se trouvait
pas puissamment riche au bout de l'année.
Jeannot et Colin étaient fort jolis pour
des Auvergnats; ils s'aimaient beaucoup;
et ils avaient ensemble de petites privautés,
de petites familiarités, dont on se ressou-
vient toujours avec agrément quand on se
rencontre ensuite dans le monde.
Le temps de leurs études était sur le