Boekgegevens
Titel: Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
Auteur: Herrig, Ludwig; Helderman, D.J.
Uitgave: Deventer: A. ter Gunne, 1871
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: NO 09-353
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_200765
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse taalkunde
Trefwoord: Leesvaardigheid, Frans, Leermiddelen (vorm)
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   Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
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récréations; mais penseriez-vous que ce soit
là tout ce qu'on peut faire d'un hanneton?
Erreur grande: entre ces jeux enfantins et
les études sérieuses de naturaliste, il y a
une multitude de degrés à parcourir.
J'en tenais un sous un verre renversé.
L'animal grimpait péniblement les parois pour
retomber bientôt, et recommencer sans cesse
et sans fin. Quelquefois il retombait sur le
dos; c'est, vous le savez, pour un hanneton,
un très-grand malheur. Avant de lui porter
secours, je contemplais î*a longanimité a pro-
mener lentement ses six bras par l'espace,
dans l'espoir toujours déçu de s'accrocher à
un corps qui n'y est pas. C'est vrai que
les hannetons sont bêtes! me disais-je.
Le plus souvent, je le tirais d'affaire en
lui présentant le bout de ma plume, et
c'est -ce qui me conduisit à la plus grande,
à la plus heureuse découverte; en telle sorte
qu'on pourrait dire avec bekquin , qu'une
bonue action ne reste jamais sans récom-
pense. Mon hanneton s'était accroché aux
barbes de la plume, et je l'y laissais repren-
dre ses sens pendant que j'écrivais une ligne,
plus attentif à ses faits et gestes qu'à ceux
de JULES-CÉSAR, qu'en ce moment je tra-
duisais. S'envolerait-il, ou descendrait-il le
long de la plume? A quoi tiennent pour-
tant les choses! S'il avait pris le premier
aarti, c'était fait de ma découverte, je ne
'entrevoyais même pas. Bien heureusement
il se mit à descendre. Quand je le vis qui
approchait de l'eucre, j'eus des avant-cou-
reurs, j'eus des pressentiments qu'il allait
se passer de grandes choses. Ainsi Colomb,
sans voir la côte, pressentait sou Amérique.
Voici, en effet le hanneton, qui, parvenu
à l'extrémité du bec, trempe sa taricre dans
l'encre. Vite uu feuillet blanc.... c'est
l'instant de la plus grande attente!
La tarière arrive sur le papier, dépose
l'encre sur sa trace, et voici d'admirables
dessins. Quelquefois le hanneton, soit génie,
soit que le vitriol inquiète ses organes,
relève sa tarière, et l'abaisse tout en che-
minant; il en résulte une série de points,
un travail d'une délicatesse merveilleuse.
D'autres fois changeant d'idée, il se détour-
ne; puis, changeant d'idée encore, il revient ;
c'est une S!. . . . A cette vue, un trait de
lumière m'éblouit.
Je dépose l'étonnant animal sur la pre-
mière page de mon cahier, la tarière bien
pourvue d'encre; puis, armé d'un brin de
)aille pour diriger les travaux et barrer
es passages, je le force à se promener
de telle façon qu'il écrive lui-même mon
nom! il fallut deux heures, mais quel chef-
d'œuvre !
La plus noble conquête, dit BurroN, que
l'homme ait jamais faite, c'est.... c'est
bien certainement le hanneton!
(Nouvelles génevoises.)
60. LE BON SERVITEUR MÉCONNU.
C'était par une belle matinée du prin-
temps. Les pommiers, chargés de fleurs
qu'on eût dit être des flocons de neige, se
détachaient sur la verdure des prés. Le
thym et la marguerite se cachaient mo-
destement dans l'herbe; tandis que les plan-
tes grimpantes se disputaient le chêne al-
tier, en montant, à l'envi, autour de ses
branches.
Mais la grâce de ce tableau paraissait
assez indifférente à un voyageur, qui pres-
sait le pas de son cheval, sur la route de
Valenciennes à Bruxelles. Triste et préoc-
cupé, il était livré tout entier à ses pensées
intérieures: ses yeux regardaient sans voir.
Obligé de fuir, après un duel malheureux,
où il avait eu le funeste avantage de bles-
ser son adversaire, il se retirait, pour quel-
que temps, en pays étranger. Un sac plein
d'or était placé eu croupe derrière lui.
Son chien Fidèle le suivait: le bon ser-
viteur semblait comprendre l'agitation et
l'anxiété de son maître.
Vers midi, la chaleur commença à devenir
intolérable. Le cheval, fatigué, n'était plus
soutenu que par son courage; la sueur, qui
ruisselait de ses flancs. montrait assez la
longueur et la rapidité de la course qu'il
venait de fournir. Le voyageur s'aperçoit
enfin que le pauvre animal a besoin de
repos. 11 met pied à terre, attache le che-
val à un arbre, et s'assied lui-'même sur
l'herbe, non sans avoir, pour plus de sû-
reté, placé à côté de lui le sac d'argent.
Quelles que soient les douleurs qui pres-
sent la pensée, les forces humaines ont un
terme. Le voyageur, épuisé par plusieurs
nuits d'insomnie, se- laisse aller à un som-
meil de quelques instants, que les visions
pénibles de sou esprit ne tardent pas à
dissiper.
A son réveil, contrarié d'avoir perdu un
temps précieux, il veut se hâter de se re-
mettre en route. Alors, (l'instinct vaut
mieux quelquefois que l'intelligence!) son
chien semble, par des mouvements étranges,
s'efforcer de l'en empêcher. D'abord il se
met à aboyer, en faisant quelques pas vers