Boekgegevens
Titel: Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
Auteur: Herrig, Ludwig; Helderman, D.J.
Uitgave: Deventer: A. ter Gunne, 1871
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: NO 09-353
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_200765
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse taalkunde
Trefwoord: Leesvaardigheid, Frans, Leermiddelen (vorm)
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   Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
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Mon cher François,
Je m'attendais bien à tes plaintes et, tel
que je te connais, je n'en suis pas surpris.
Comment pourrais-je te donner du courage?
On m'a toujours dit que le courage vient
tout naturellement. Je prévois que nous ne
nous entendrons guère sur ies charmes de
notre métier; pour ma part, je le croyais
moins beau que je ne le vois aujourd'hui,
et pourtant tu sais que je n'ai pas attendu
l'épi euve du sort pour me ranger sous les
drapeaux. Je suis fier de porter l'uniforme;
je me redresse à merveille sous mes armes,
et ne connais guère de plus grand plaisir
que l'exercice et la manœuvre. Tous les jours
nous attendons un ordre de départ pour
l'Afrique, et, pour mon compte, je trouve
qu'il tarde bien à venir. Je regrette comme
toi que nous n'ayons pu servir ensemble;
l'odeur de la poudre, que je vais respirer,
t'aurait peut-être donné du cœur.
Adieu, mon pauvre François, prends ton
mal en patience, et écris souvent à ton ami
NICOLAS,
Fusilier au 84«.
Mon cher Nicolas,
11 m'a fallu vingt-cinq mortelles étapes
pour me rendre de notre village à Grenoble,
où je suis arrivé excédé de fatigue et mau-
dissant plus que jamais le sort. Voilà donc
l'avant-goût de ce métier, que tu trouves
si - beau et dont tu es si fier! Je fais tous
mes efforts pour suivre ton bon exemple;
mais tu n'as pas idée de tout ce que j'en-
dure. On me trouve gauche sous mon uni-
forme; tous mes camarades se rient de moi;
l'exercice, que tu as si facilement appris,
est pour moi un véritable tourment ; ce long
fusil m'embarrasse, me pèse, et ma mala-
dresse m'attire à chaque moment de vifs
reproches. Le pain qu'on nous donng me
semble plus noir et plus dur encore que celui
du village, et je regrette bien souvent la
marmite paternelle. Tu vas partir pour
l'Afrique, et tu te réjouis! L'idée seule
que je pourrais aller un jour t'y rejoindre
me fait mourir de peur.
Adieu et bon voyage. J'envie ta gaieté.
Ton ami,
prançois,
Mon cher François,
Nous sommes débarqués depuis trois jours,
et dans quelques semaines nous entrons en
campagne. Les honneurs sont venus me
chercher; avant de partir, notre colonel m'a
annoncé que, pour récompenser ma bonne
tenue, il m'élevait au grade de caporal.
J'entrevois maintenant dans un avenir pro-
chain quelque beau galon d'or, celui de ser--
gent, par exemple, si la campagne est bonne,
et l'on prétend que nous aurons à supporter
de rudes fatigues. Que te dirai-je.de ce
pays-ci? Je n'eu ai rien vu encore; tu sauras
seulement que le soleil s'y Fait terriblement
sentir. On dit que les fièvres tuent beaucoup
de monde; j'espère bien que, si je ne dois
pas revenir d'ici, j'aurai affaire à un ennemi
un peu plus honorable. Si tu ne reçois pas
de mes nouvelles d'ici à six mois, charge-
toi de mes adieux là-bas, au village, et sois
sûr que j'aurai été, jusqu'au dernier moment,
ton ami de^cœur,
KICOLAS.
Mon cher Nicolas,
Je suis dans une mortelle inquiétude. Voici
déjà cinq mois écoulés depuis ta dernière
lettre; le sixième se passera-t-il aussi sans
m'apporter de tes nouvelles? Depuis long-
temps je t'aurais écrit, si je n'avais été à
l'hôpita entre la vie et la mort. Tant de
chagrins que j'ai éprouvés, le souvenir de
notre belle Normandie, le regret du village,
tout cela m'a causé une maladie dont je ne
serais pas revenu peut-être, si Tonne m'avait
promis de me renvoyer au pays. Tiendra-
t-on cette promeise? Je l'ignore, mais c'est
bien à elle que je dois ma guérison. Songe,
mon cher Nicolas, que dans un mois je serai
au désicspoir si je n'ai pas de lettre de toi,
et, si tu le peux, rassure bien vite ton ami,
ruANçois.
Mon cher François,
Rassure-toi; si je ne survis pas tout entier,
du moins ne suis-je pas mort. J'avais gagné
mon beau galon de sergent à notre première
affaire; la seconde me rapportera mieux encore,
puisqu'on parle de me donner la croix ; mais
j'ai laissé l'un de mes bras sur le champ de
bataille. Mon nom a été mis à l'ordre du
jour, et je n'ai reçu de tous mes chefs que
des témoignages d'estime et d'amitié. Me