Boekgegevens
Titel: Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
Auteur: Herrig, Ludwig; Helderman, D.J.
Uitgave: Deventer: A. ter Gunne, 1871
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: NO 09-353
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_200765
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse taalkunde
Trefwoord: Leesvaardigheid, Frans, Leermiddelen (vorm)
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   Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
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— 39 —
côté du village, poussa un rugissement ter-
rible et rentra dans le verger.
»Prends garde à toi, Guillaume! prends
garde î" s'écria François en s'élançant à la
poursuite de Tours, et oubliant tout pour
ne penser qu'à son ami, car il vit bien que
si Guillaume n'avait pas eu le temps de re-
charger son fusil, il était perdu : Tours Ta-
vait éventé. 11 n'avait pas fait dix pas qu'il
entendit un cri. Celui-là, c'était un cri hu-
main , un cri de terreur et d'agonie tout à
la foi3 ; un cri dans lequel celui qui le pous-
sait avait rassemblé toutes les forces de sa
poitrine, toutes ses demandes de secours
aux hommes : à moi î . ..
Puis rien, pas même une plainte ne suc-
céda au cri de Guillaume.
François ne courait pas, il volait ; la pente
du terrain précipitait sa course. Au fur et
à mesure qu'il approchait, il distinguait plus
clairement la monstrueuse bête qui se mou-
vait dans Tombre foulant aux pieds le
corps de Guillaume, et le déchirant par
lambeaux.
François était à quatre pas d'eux, et Tours
était si acharné à sa proie, qu'il n'avait pas
paru Tapercevoir. 11 n'osait tirer, de peur
de tuer Guillaume, s'il n'était pas mort, car
il tremblait tellement qu'il n'était plus sûr
de son coup. 11 ramassa une pierre et la
jeta à Tours.
L'animal se retourna furieux contre son
nouvel ennemi; ils étaient si prés Tun de
Tautre, que Tours se dressa sur ses pattes
de derrière pour Tétouffer; François le sen-
tit bourrer avec son poitrail le canon de sa
carabine. Machinalement il appuya le doigt
sur la gâchette ; le coup partit.
L'ours tomba à la renverse; la balle lui
avait traversé la poitrine et brisé la colonne
vertébrale.
François le laissa se traîner, en hurlant,
sur ses pattes de devant et courut à Guil-
laume. Ce n'était plus un homme, ce n'é-
tait plus même un cadavre ; c'étaient des
os et de la chair meurtrie, la tête était dé-
vorée presque entièrement.
(A. Dumas.)
56. LE CEIEJS DU SOLDAT.
C'était le jour d'une grande bataille.
Le vétéran affronta la mitraille:
Son chien suivit.
Puis, un éclat d'obus vint les atteindre.
Quel est celui des deux (ju'ilnous fautplaindre?
Le chien survit.
Vers son ami le voilà qui se penche;
Sur sa poitrine il met sa tête blanche
En gémissant,
Lèche les mains de son grand frère d'armes.
Et sur sa plaie, hélas ! répand ses larmes
Avec son sang.
Tout au rebord de la fosse il se traine.
Quand le cercueil s'avance dans la plaine;
Et Tofficiant,
A chaque mot de sa courte prière.
Entend le chien répondre à sa manière.
En aboyant.
Puis chacun part, et bientôt la nuit tombe.
Lui seul s'obstine à rester sur la tombe,
Et Tœil mi-clos,
Plein d'un espoir invincible, il appelle
Son vieil ami qui dort, et l'interpelle
Dans ses sanglots.
Bientôt la faim le torture; qu'importe!
C'est la douleur qui sera la plus forte
Et la pitié.
11 se cramponne à ce monceau de terre,
Et meurt, enfin, victime volontaire
De Tamitié!
(L. Goudall.)
67. LETTRES.
moncher ami.
Je t'ai écrit il y a quelque temps, mon
cher Nicolas, que le sort m'avait été défa-
vorable et que j'avais tiré un mauvais numéro
à la conscription. Je croyais pouvoir rester
quelque temps encore dans,mon village; mais
Tordre de partir n'a pas tardé; dans quinze
jours, je serai en route pour aller rejoindre
mon régiment, le 17«, qui est en garnison
à Grenoble, .c'est-à-dire au bout du monde,
si j'en crois ce qu'on me dit ici. J'espérais
tant obtenir d'aller faire mes sept années de
service pr.ès de toi! Puisque mes vœux ne
se sont pas accomplis, du moins écris-moi,
je t'en prie, pour me communiquer une partie
de ton courage et m'aider à quitter ma pau-
vre Normandie. Tu sais combien je redoutais
ce qui m'arrive aujourd'hui: le métier de
soldat n'est pas mon fait, et je tremble en
songeant à tout ce que j'aurai à souffrir.
Adieu, mon cher Nicolas, et plains bien
ton pauvre
fkakçois,