Boekgegevens
Titel: Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
Auteur: Herrig, Ludwig; Helderman, D.J.
Uitgave: Deventer: A. ter Gunne, 1871
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: NO 09-353
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_200765
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse taalkunde
Trefwoord: Leesvaardigheid, Frans, Leermiddelen (vorm)
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   Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
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double de celle que Ton met ordinairement
dans une carabine.
j)ll paraît que tu prendras ton fusil de mu-
nition, dit François.
— Un peu ! trois lingots de fer sont plus
sûrs qu'une balle de plomb.
— Cela gâte la peau.
— Cela tue plus roide.
— Et quand comptes-tu faire ta chasse?
— Je te dirai cela demain.
— Une dernière fois, tu ne veux pas ?
— Non.
— Je te préviens que je vais chercher la
trace 1 ^
— Bien du plaisir !
— Nous deux, dis?
— Chacun pour soi.
— Adieu, Guillaume !
— Bonne chance, voisin!"
Et le voisin, en s'en allant, vit Guillaume
mettre sa double charge de poudre dans son
fusil de munition , y glisser ses trois lingots
et poser l'arme dans un coin de sa boutique.
Le soir, en repassant devant la maison, il
aperçut sur le banc qui était près de la porte,
Guillaume assis et fumant tranquillement sa
pipe. Il vint à lui de nouveau.
»Xienp, lui dit-il, je n'ai pas de rancune.
J'ai trouvé la trace de notre bête ; ainsi je
n'ai plus besoin de toi. Cependant je viens
te proposer encore une fois de faire à nous
deux.
— Chacun J)Our soi dit Guillaume.
Le voisin ne put rien dire de ce que fit
Guillaume dans la soirée.
A dix heures et demie, sa femme le vit
prendre son fusil, rouler un sac de toile grise
sous son bras et sortir. Elle n'osa lui de-
mander où il allait, car Guillaume n'était pas
homme à rendre des comptes à une femme.
François, de son côté , avait véritablement
trouvé la trace de l'ours ; il l'avait suivijus-
qu'au moment où il s'enfonçait dans le verger
de Guillaume, et n'ayant pas le droit de se
mettre à rafl[ût sur les terres de son voisin,
il se plaça entre la forêt de sapins qui est à
mi-côte de la montagne et le jardin de Guil-
laume,
Comme la nuit était assez claire , il vit
sortir celui-ci par sa porte de derrière. Guil-
laume s'avança jusqu'au pied d'un rocher
grisâtre qui avait roulé de la montagne jus-
qu'au milieu de son clos, et qui se trouvait
à vingt pas tout au plus du poirier , s'y ar-
rêta, regarda autour de lui si personne ne
l'épiait, déroula son sac, entra dedans, ne
laissant sortir par l'ouverture que sa têie
et ses deux bras, et s'appuyant contre le roc,
se confondit bientôt tellement avec la pierre
par la couleur de son sac et l'immobilité de
sa personne, que le voisin qui savait qu'il
était là, ne pouvait pas même le distinguer.
Un quart d'heure se passa ainsi dans l'at-
tente de l'ours. Enfin un rugissement pro-
longé l'annonça. Cinq minutes après, Fran-
çois l'aperçut.
Mais, soit par ruse, soit qu'il eût éventé
le second chasseur , il ne suivait pas sa route
ordinaire ; il avait, au contraire, décrit un
circuit, et au lieu d'arriver à la gauche de
Guillaume, comme il avait fait la veille,
cette fois il passait à la droite , hors de la
portée de l'arme de François, mais à dix
pas tout au plus du bout du fusil de Guil-
laume.
Guillaume ne bougea pas. On aurait pu
croire qu'il ne voyait pas même la bête sau-
vage qu'il était venu guetter, et qui sem-
blait le braver en passant si près de lui.
L'ours, qui avait le vent mauvais , parut de
son côté ignorer la présence d'un ennemi,
et continua lestement son chemin vers l'ar-
bre. Mais au moment où , se dressant sur
ses pattes de derrière, il embrassa le tronc
de ses pattes de devant, présentant à dé-
couvert sa poitrine que ses épaisses épaules
ne protégeaient plus, un sillon rapide de
lumière brilla tout à coup contre le rocher ,
et la vallée entière retentit du coup de fusil
chargé à double charge, et du rugissement
que poussa l'animal mortellement blessé.
11 n'y eut peut-être pas une seule personne
dans tout le village qui n'entendit le coup de
fusil de Guillaume et le rugissement de l'ours.
L'ours s'enfuit , repassant, sans l'aperce-
voir , à dix pas de Guillaume , qui avait ren-
tré ses bras et sa tê^ dans son sac, et qui
se confondait de nouveau avec le rocher
Le voisin regardait cette scène, appuyé
sur ses genoux et sur sa main gauche, ser-
rant sa carabine do la main droite , pâle et
retenant son baleine ; il vit l'ours blessé,
après avoir fait un long circuit, chercher à
reprendre sa trace de la veille, qui le con-
duisait droit à lui. 11 fit un signe de croix,
recommanda son âme à Dieu, et s'assura
que sa carabine était armée. L'ours n'était
plus qu'à cinquante pas de lui, rugissant
de douleur, s'arrêtant pour se rouler et se
mordre le flanc à l'endroit de sa blessure ;
puis reprenant sa course.
II approchait toujours. 11 n'était plus qu'à
trente pas. Deux secondes encore, et il ve-
nait se heurter contre le canon de la cara-
bine du voisin; lorsqu'il s'arrêta tout à coup,
aspira bruyamment le veut qui venait du