Boekgegevens
Titel: Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
Auteur: Herrig, Ludwig; Helderman, D.J.
Uitgave: Deventer: A. ter Gunne, 1871
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: NO 09-353
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_200765
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse taalkunde
Trefwoord: Leesvaardigheid, Frans, Leermiddelen (vorm)
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   Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
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n'est pas tout; car, soit dit entre nous, il
arrive quelquefois par-ci par-là que nous
trouvons du beurre." A ce mot, je levai la
tête, et mon homme, vojant que je ne le
comprenais pas, me dit en riant : «Du beurre,
c'est-à-dire, quelques pièces d'argenterie que
les domestiques négligents jettent avec les
épluchures ; et nous avons tous remarqué
que c'est surtout dans le temps des asperges
et des artichauts que nous faisons ces trou-
vailles; mais, comme dit le proverbe, ce qui
tombe dans le fossé, c'est pour le soldat."
Nous nous* quittâmes, mais le dimanche
suivant je me rendis chez mon petit indus-
triel , tant pour lui tenir parole, que pour
achever de connaître son singulier commerce.
Je ne dirai pas que je trouvai un apparte-
ment soigné et les marquer d'une grande
aisance ; mais le fait est que le brave homme
m'attendait au coin d'un bon feu, dans une
petite chambre bieu propre, avec d'excellent
vin, la tranche de jambon et du pain blanc
comme la neige. Jl me conduisit après dans
ce qu'il appelait son magasin, espèce de pe-
tite cour, daûs laquelle tout ce qu'il ramas-
sait était rangé et séparé par ordre et en
ieile quantité, que j'avais peine à concevoir
qu'un seul homme puisse ramasser autant et
en si peu de temps ; car il m'apprit que ce
que je voyais là n'était que le produit d'un
mois de travail. Je compris alors la possi-
bilité qu'un tel métier puisse faire vivre celui
qui le pratique avec intelligence ; car effecti-
vement tout est profit danscette partie, comme
le disait mon chiffonnier, et rien n'est plus
perdu pour l'industrie.
55. UNE CHASSE A L'OPRS.
Guillaume Mona était un pauvre paysan du
village de Eouly, près de Martigny,
Un ours venait toutes les nuits voler ses
poires, car à ces bêtes tout est bon. Cepen-
dant , il s'adressait de préférence à un poirier
chargé de crassanes. Qui est-ce qui se dou-
terait qu'un animal comme ça a les goûts de
l'homme, et qu'il ira choisir dans un verger
justement les poires fondantes? Or le paysan
de Eouly préférait aussi par malheur les cras-
sanes à tous les autres fruits. 11 crut d'abord
que c'étaient des enfants qui venaient faire
du dégât dans sou clos; il prit, eu consé-
quence , son fusil, le chargea avec du gros
sel de cuisine, et se mit à l'afFut. Vers les
onze heures, un rugissement retentit dans la
montagne. «Tiens, dit-il, il y a un ours
dans les environs." Dix minutas après, un
second rugissement se fît entendre, mais ai
puissant, mais si rapproché, que Guillaume
pensa qu'il n'aurait pas le temps de gagner
sa maison, et se jeta à plat ventre contre
terre, n'ayant plus qu'une espérance, que
c'était pour ses poires et non pour lui que
l'ours venait.
Effectivement, l'animal parut presque aus-
sitôt au coin du verger, s'avançant en droite
ligne vers le poirier en question, passa à
dix pas de Guillaume, monta lestement sur
l'arbre, dont les branches craquaient sous le
poids de son corps, et se mit à y faire une
consommation, telle qu'il était évident que
deux visites pareilles rendraient la troisième
inutile. Lorsqu'il fut rassasié , l'ours descen-
dit lentement, comme s'il avait du regret d'en
laisser , repassa près de notre chasseur , à qui
le fusil chargé de sel ne pouvait pas êtie dans
cette circonstance d'une grande utilité, et se
retira tranquillement dans la montagne. Tout
cela avait duré une heure à peu près pendant
laquelle le temps avait paru pluslongàl'homme
qu'à l'ours.
Cependant, l'homme était nn brave... et
il avait dit tout bas. en voyant l'ours s'en
aller: »C'est bon, va-t'en; mais ça ne se
passera pas comme ça, nous nous reverrons."
Le lendemain, uu de ses voisins qui le vint
visiter, le trouva occupé à scier en lingots
les dents d'une fourche.
). Qu'est-ce que tu fais donc là? lui dit id.—
Je m'amuse," répondit Guillaume.
Le voisin prit les morceaux de fer, les
tourna dans sa main en homme qui s'y con-
naît, et après avoir réfléchi un instant: «Tiens,
Guillaume, dit-il, si tu veux être franc, tu
avoueras que ces petits chiffons de fer sont
destinés, à percer une peau plus dure que
celle d'un chamois.
Peut-être, répondit Guillaume.
— Tu sais que je suis bon enfant, reprit
François (c'était le nom du voisin). Èli bien !
si tu veux , à nous deux l'ours , deux hommes
valent mieux qu'un.
— C'est selon, dit Guillaume, et il con-
tinua de scier son troisième lingot.
— Tiens, continua François, je te laisse-
rai la peau à toi seul, et nous ne partage-
rons que la prime et la chair.
— J'aime mieux tout, dit Guillaume.
— Mais; tu ne peux pas m'erapêcher de
chercher la tmce de l'ours dans la montagne,
et si je la trouve, de me mettrei »■ l'affût
sur son passage.
— Tu es libre." Et Guillaume, qui'avait
achevé de scier ses trois lingots, se mi^, en
sifîlant, à mesurer une charge de powdre