Boekgegevens
Titel: Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
Auteur: Herrig, Ludwig; Helderman, D.J.
Uitgave: Deventer: A. ter Gunne, 1871
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: NO 09-353
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_200765
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse taalkunde
Trefwoord: Leesvaardigheid, Frans, Leermiddelen (vorm)
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   Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
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propres mains , ses cinq fils dans la même
fosse. La vilie de Trapani, en Sicile, resta
complètement déserte. Gènes perdit qua-
rante mille habitants, Naples soixante mille ,
'et la Sicile, sans doute avec la Fouille,
cinq cent trente mille. En général, on cal-
cula que dans l'Europe entière, qui fut
soumise d'une extrémité à l'autre à cet
épouvantable fléau, la peste enleva trois
cinquièmes de la population.
53. LE PETIT PIERRE.
Je suis le petit Pierre,
]3u faubourg Saint-Marceau,
Messager ordinaire.
Facteur et porteur d'eau.
J'ai plus d'une ressource
Pour faire mon chemin:
Je n'emplis pas ma bourse,
Mais je gagne mon pain.
Je n'ai ni bois, ni terre,
Ni chevaux, ni laquais.
Petit propriétaire.
Mon fonds est deux crochets.
Je prends comme il arrive
L'ivraie et le bon grain.
Dieu veut que chacun vive.
Et je gagne mon pain.
Contre un bel édifice
J'ai placé mon comptoir;
Là, sans parler au suisse,
On peut toujours me voir.
Pour n'oublier personne
Je me lève matin,
Et la journée est bonne.
Quand je gagne mon pain.
Comme le disait Biaise,
Feu Biaise, mon parrain.
On est toujours à l'aise
Lorsque l'on n'a pas faim.
Dans les jours de misère
Je m'adresse au voisin;
Il a pitié de Pierre,
Et je trouve mon pain.
(B. de Perthes.)
54. LE CHIFFONNIER.
Un jour que je suivais l'une des rues les
plus longues de Paris, je fus frappé de
l'activité d'un petit homme qui portait une
botte sur son dos et une grande poche en
place de tablier. Il s'arrêtait à chaque borne,
a chaque coin de rue, portait un bâton ter-
miné par un crochet de fer, et jetait avec
■adresse et dextérité dans sa hotte ou dans sa
poche différentes choses que je ne distinguai
pas d'abord. Je ne comprenais rien à son
travail, mais à force de le sxiivre, je vis qu'il
ramassait des os, du cuir, du papier, des
■chiffons, du verre cassé', des cendres, des
morceaux de porcelaine dorée, de petite fer-
raille, etc. Poussé de plus en plus par la
curiosité, je m'attachai à ses pas, je le vis
causer avec un confrère et lui faire part de
ses trouvailles, et enfin je finis par lier con-
versation avec lui. Il vit que je ne me mo-
quais pas de son métier et que j'étais loin
de le mépriser lui-même, puisque je lui pro-
posai de boire une bouteille ensemble ; il
accepta, à condition toutefois que j'irais
goûter son vin chez lui dimanche matin, ce
que je promis sans façon. Alors mon homme
posa sa hotte et sa poche, se lava les mains
a la pompe, et me suivit dans la chambre
d'un petit cabaret voisin.
<rJe vois bien, Monsieur," me dit-il, «que
vous êtes étranger et que mon petit commerce
vous étonne. Je gagerais même que vous
vous êtes déjà demandé comment je pouvais
y gagner ma vie." Je lui avouai franchement
qu'il avait dit vrai, et je n'eus point de peine
à lui faire raconter ce que je voulais appren-
dre de lui ; il me dit :
«Je suis ehiffonuier de mon état, comme
vous le voyez. Nous sommes à peu près trois
cents dans Paris, en comptant les gratte-
ruisseaux, qui ne travaillent guère que la nuit.
Notre établissement n'est pas cher ; une hotte,
un bon crochet et quelques vieux tonneaux
défoncés pour mettre la marchandise , et voilà
tout. Point d'avance, point de crédit, et par
conséquent point de banqueroutes; tout est
profit dans notre partie. Je tiens toujours le
même quartier, j'y suis connu, ma tournée
finit tous les jours à peu près à la même
heure, et le reste de la journée est employé
à préparer la marchandise ou à courir chez les
fabricants et les commissionaires : car nous
faisons des affaires avec ces messieurs-là.
Ches l'un je vends l'os et le cuir ; c'est
pour faire le sel ammoniaque et le noir animal,
qui servent aux étameurs , aux fabricants de
cirage et aux confiseurs. Chez l'autre je porte
le chiffon et le papier ;. c'est pour faire la
pâte de carton et e papier. Je place la cendre
et le verre cassé chez les verriers, la petite
ferraille chez le fabricant de vitriol, les vieux
clous redressés chez les layeliers, enfin la por-
celaine dorée chez le chimiste du faubourg
Saint-Antoine, qui sait en retirer ce chien
de métal qu'on a tant de mal à gagner. Ce