Boekgegevens
Titel: Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
Auteur: Herrig, Ludwig; Helderman, D.J.
Uitgave: Deventer: A. ter Gunne, 1871
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: NO 09-353
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_200765
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse taalkunde
Trefwoord: Leesvaardigheid, Frans, Leermiddelen (vorm)
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   Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
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étaient le préservatif le plus assuré contre
la peste; et les femmes mêmes cherchaient
à s'étourdir sur le lugubre appareil des
funérailles, par le rire, le jeu et les plai-
santeries. Bien peu de corps étaient por-
tés à la sépulture par plus de dix ou douze
voisins; encore les porteurs n'étaient-ils
plus des citoyens considérés et de même
rang que le défunt, mais des fossoyeurs de
ia dernière classe, qui se faisaient nommer
becchini. Pour un gros salaire, ils trans-
portaient la bière précipitamment, non point
a l'église désignée par le mort, mais à la
plus prochaine, quelquefois précédés de
quatre ou de six prêtres avec un petit
nombre de cierges, quelquefois aussi sans
aucun appareil religieux, et jetaient le ca-
davre dans la première fosse qu'ils trou-
vaient ouverte.
Le sort des pauvres et même des gens
d'un état médiocre était bien plus déplo-
rable. Retenus par l'indigence dans des
maisons malsaines, et rapprochés les. uns
des autres, ils tombaient malades par mil-
liers; et comme ils n'étaient ni soignés, ni
servis, ils mouraient presque tous. Les
uns, et de jour et de nuit, terminaient dans
les rues leur miséraïïle existence, les autres,
abandonnés dans les maisons, apprenaient
leur mort aux voisins par l'odeur fétide
qu'exhalait leur cadavre. La peur de la
corruption de l'air, bien plus que la cha-
rité , portait les voisins à visiter les appar-
tements, à retirer des maisons les cadavres,
et à les placer devant les portes: chaque
matin on en pouvait voir un grand nombre
ainsi déposés dans les rues ; ensuite on
faisait venir une bière, ou, à défaut, une
Îilanche sur laquelle on emportait le cadavre.
Mus d'une bière contint en même temps
le mari et la femme, ou le père et le fils,
ou deux ou trois frères. Lorsque deux
prêtres cheminaient à des funérailles, et
disaient l'office des morts, de chaque porte
sortaient d'autres bières qui se joignaient
au cortège, et les prêtres, qui ne s'étaient
engagés que pour un seul mort, en avaient
sept ou huit à ensevelir.
La terre consacrée ne suffisant plus aux
sépultures, on creusa dans les cimetières
des fosses immenses, dans lesquelles on
rangeait les cadavres par lit, à mesure
qu'ils arrivaient, et on les recouvrait en-
suite d'un peu de terre. Cependant les
survivants, persuadés que les divertissements,
les jeux, les chants, la gaieté, pouvaient
seuls les préserver de l'épidémie, ne son-
geaient plus qu'à chercher les jouissances,
non seulement chez eux, mais dans les mai-
sons étrangères, toutes les fois qu'ils cro-
yaient y trouver quelque chose à leur gré.
Tout était à leur discrétion; car chacun,
comme ne devant plus vivre, avait aban-
donné le soin de sa personne et de ses
biens. La plupart des maisons étaient
devenues communes, et l'étranger qui y
entrait, y prenait tous les droits du pro-
priétaire. Plus de respect pour les lois
divines et humaines; leurs ministres, et
ceux qui devaient veiller à leur exécution,
étaient ou morts, ou frappés, ou tellement
dépourvus de gardes et de subalternes,
qu'ils ne pouvaient imprimer aucune crainte:
aussi chacun se regardait-il ■ comme libre
d'agir à sa fantaisie.
- Les campagnes n'étaient pas plus épar-
gnées que les villes ; les châteaux et les
villages, dans leur petitesse, étaient une
image de la capitale. Les malheureux la-
boureurs qui habitaient les maisons éparses
dans la campagne, qui n'avaient à espérer
ni conseils de médecins, ni soins de domes-
tiques, mouraient sur les chemins , dans
leurs champs, ou dans leurs habitat-ions,
non comme des hommes, mais comme des
bêtes. Aussi, devenus négligents de toutes
les choses de ce monde, comme si le jour
était venu où ils ne pouvaient plus échapper
à la mort, ils ne s'occupaient plus à deman-
der à la terre ses fruits ou le prix de leurs
fatigues, mais se hâtaient de consommer
ceux qu'ils avaient déjà recueillis. Le bé-
tail, chassé des maisons, errait dans les
champs déserts, au milieu des récoltes non
moissonnées, et, le plus souvent, ilrentrait
de lui même le soir dans ses étables, quoi-
qu'il ne restât plus de maîtres onde bergers
pour le surveiller.
Aucune peste , dans ancun temps , n'avait
encore frappé tant de victimes. Sur cinq
personnes, il en mourut trois, à Ploreuce
et dans tout sou territoire. Boccace estime
que la ville seule perdit plus de cent mille
individus. A Pise, sur dix, il en périt sept ;
mais , quoique dans cette ville ou eût re-
connu, comme ailleurs, que quiconque tou-
chait un mort ou ses effets, ou même son ar-
gent , était atteint de la contadon , et, quoi-
que personne re voulût pour un salaire
rendre aux morts les derniers devoirs , ce-
pendant nul cadavre ne resta dans les mai«
sons, privé de sépulture. A Sienne, l'his-
torien Agnolo de Tura raconte que, dans
les quatre mois de mai, juin, juillet et
août, la peste enleva quatre-vingt mille
âmes, et que lui-même ensevelit, de ses
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