Boekgegevens
Titel: Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
Auteur: Herrig, Ludwig; Helderman, D.J.
Uitgave: Deventer: A. ter Gunne, 1871
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: NO 09-353
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_200765
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse taalkunde
Trefwoord: Leesvaardigheid, Frans, Leermiddelen (vorm)
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   Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
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l'approche de l'heure du repas : car alors mon
estomac creux, et ma poche vide, m'aver-
tissaient qu'il fallait trouver quelques sous,
pour manger.
Peu à peu je m'habituai; je fis plus sou-
vent danser ma pauvre bête. Hélas! je ne
la gardai pas longtemps! Je la soignais ce-
pendant bién plus que moi! Un matin, en
me réveillant, je la vis sur mon lit, sans
mouvement, couchée sur le dos. Elle était
morte!.... Pourquoi? Je le sus bientôt, lors-
que, voulant me lever, je me sentis moi-
même engourdi par le froid. Le vent souf-
flait fort. H y avait beaucoup de neige.
Mes dents étaient serrées; mes mains roides.
J'étais bien malade.
Je perdis le sentiment de la réalité. 11
me semblait que je m'endormais d'un som-
meil étrange, où tUa m'apparaissais déjà,
dans un autre monde, comme un fantôme.
Toutes mes idées étaient confuses. Je croyais
mourir. Des chants cependant résonnaient
à mon oreille, et des paroles se faisaient
entendre. Je ne sais quelle voix disait:
»Qu'il vienne à nous, celui qin souflre! Les
orphelins sont nos enfants! ileureux ceux
qui pleurent, parce qu'ils seront consolés!"
J'ignore combien de temps je restai dans
cet état. Quand je rouvris les yeux, je vis,
auprès de mon lit, une femme qu'on appelle
une sœur, mais que j'aime mieux appeler
une mère, car elle est bonne comme toi.
Elle m'avait ranimé par de bonnes couver-
tures et des boissons chaudes. Elle m'em-
mena dans une maison où l'on me soigna
bien, jusqu'à ce que je fusse tout à fait
rétabli. Quand j'en sorjis, on me fit entrer,
comme apprenti ramoneur, chez un fumiste.
Aujourd'hui, je me porte fort bieu. Tu me
trouverais même grandi et fortifié.
" ' quand il m'a fallu,
grimper dans une
cheminée étroite et obscure, combien je me
suis trouvé embarrassé ! La cheminée fut
probablement bien mal ramonée; je faisais
cependant de mon mieux. La suie m'en-
trait dans Tes yeux, dans le nez, dans la
bouche. J'étouffais! Arrivé enfin en haut,
j'avais bien plus envie de pleurer que de
chanter, comme mes camarades, la chanson
du pays.
Mais baste! j'ai fait contre fortune bon
cœur. Maintenant je suis habitué, et je
chante comme les autres.
Veux-tu savoir ma vie? Je vais te la
dire. Maître Simon, notre patron, me loge ,
avec deux camarades, au sixième étage de
la maison qu'il liabite, A cinq heures du
Oh! ma bonue mère!
pouf la première fois,
matin, il vient nous réveiller: parfois, ma
bonne mère, il interrompt un rêve heureux,
qui me reporte au pays, auprès de toi. 11
nous donne, pour la journée, notre provision
de pain. JNous partons: et nous voilà cou-
rant les rues dans la semaine tout le jour,
et le dimanche jusqu'à midi, en criant pour
ofirir nos services.
Maître Simon nous laisse le dixième de
notre gain. Je le mets en réserve, pour te
le porter, avec la petite augmentation de
.salaire que les personnes charitables nous
donnent parfois, en sus du prix convenu
du ramonage.
Quand nous rentrons la bourse bien pleine,
le patron nous donne aussi quelques sous de
)lus. Si la journée n'a pas été bonne, son
lumeur n'est pas toujours parfaite. Mais
pourtant il est humain, il nous tient çompte
de notre bonne volonté de lui être utiles,
et nous sommes plus heureux que plusieurs
de nos amis, traités moins doucement par
leurs maîtres. J'obéis au mien, comme tu
me le recommandes, pour l'amour de toi ;
mais je ne puis le faire, je l'avoue, avec
autant de plaisir que j'en aurais à obéir à
toi-même.
Notre vie est un peu fatigante. Mais
pourtant, mes camarades et moi, nous rions
encore souvent, de bon cœur. Le travail ne
m'est plus pénible, quand je pense qu'il me
permettra bientôt de te revoir !
Et puis, nous avons nos plaisirs. Le plus
grand est de penser à toi,, de t'écrire et de
recevoir tes lettres. Le second est d'aller
revoir les bonnes sœurs, qui m'avaient re-
cueilli pendant ma maladie.
Ajoute à cela quelques petites distractions.
Les faiseurs de tours, sur la place publique,
nous donnent des spectacles gratis. Parfois,
quand nous descendons des cheminées "que
nous avons ramonées, on nous donne quel-
ques friandises, ou un verre de vin qui nous
reconforte. H y a même de bonnes familles,
où l'on aime à nous donner de l'amusement.
J'en connais une, toute voisine du logis de
maître Simon, où l'on m'a admis, dimanche
dernier, pour danser et voir la lanterne ma-
gique. J'y ai trouvé une petite demoiselle ,
nommée Claire, que j'aime de tout mon cœur;
car, toute la soirée, elle m'a parlé de toi.
Mais tout cela ne vaut pas ma Savoie !
mon pays chéri! mes montagnes! c'est là
seulement qu'il y a du bonheur. C'est là
que les soucis disparaissent! C'est là qu'il
faut retourner pour t'embrasser!
Ne crains pas, ma bonne mère, que j'ou-
blie tes bons conseils! Pour les rc ire sans