Boekgegevens
Titel: Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
Auteur: Herrig, Ludwig; Helderman, D.J.
Uitgave: Deventer: A. ter Gunne, 1871
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: NO 09-353
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_200765
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse taalkunde
Trefwoord: Leesvaardigheid, Frans, Leermiddelen (vorm)
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   Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
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commerce, peu achalandée, il faut le dire;
mais j'étais jeune encore, j'étais actif, je
savais travailler et m'imposer des privations.
A rheure qu'il est, je possède deux mai-
isons à Paris, et j'ai cédé ma fabrique de
mpier à mon fils, à qui j'ai enseigné de
)onne heure le goût du travail et de la per-
sévérance. Faites comme moi, l'ami, et vous
deviendrez riche comme moi."
Là-dessus, le vieux monsieur s'en alla,
laissant Antoine tellement préoccupé, que
deux dames passèrent sans entendre l'appel
criard du mendiant: La charité, s'il vous
plaît.
£n 1815, pendant mon exil à Bruxelles,
j'entrai un jour chez un libraire pour y
faire emplette de quelques livres. Un gros
et grand monsieur se promenait dans le
magasin, et donnait des ordres à cinq ou
six commis.
Nous nous regardâmes l'un l'autre comme
des gens qui, sans pouvoir se reconnaître,
se rappelaient cependant qu'ils s'étaient
vus autrefois quelque part. »Monsieur,"
me dit à la fin le libraire, »il y a vingt-
cinq ans, n'alliez-vous pas souvent à Ver-
sailes, le dimanche?" — »Quoi! Antoine,
c'est vous!" m'^criai-je. — »Monsieur,"
répliqua-t-il, »vous le voyez, le vieux mon-
sieur poudré avait raison; il m'a donné dix
mille livres de rente." (Arnaalt.)
53. LE JOUR DE L'AN.
Tu me demandes, ma bien chère Marie,
comment s'est passé pour moi, à Paris, le
premier jour de cette année? Je me fais
un plaisir de te répondre. J'oublierai, en
causant un instant avec toi, le chagrin de
notre séparation.
La fête a commencé, pour moi, dès la
veille. Suivant l'ancien usage de notre
famille, maman avait réuni, le 31 décembre,
nos bonnes petites amies, toutes bien fâ-
chées, comme moi, de ne point te voir des
nôtres.
Nous avons passé la soirée en danses et
en divers jeux. Quand a sonné l'heure de
minuit, annonçant que l'année finissait et
qu'une autre commençait, nous avons ami-
calement fêté l'arrivée de celle-ci, en nous
embrassant de bon cœur.
Je me suis couchée assez agitée, croyant
encore être au milieu des quadrilles et des
rondes. J'ai eu de la peine à m'endormir.
Lorsque enfin j'ai cédé à un sommeil léger,
j'ai vu passer devant mes yeux les plus
jolies choses du monde, que chacun m'ap-
portait pour étrennes.
La réalité avait déjà précédé le rêve. Le
plus charmant cadeau, ma chère Marie, m'a-
vait été, dans la soirée, envoyé par ta mère.
Remercie-la mille fois, je te prie, de toute
sa bonté.
La réalité du lendemain ne fut pas moins
satisfaisante. Nouveaux plaisirs: nouvelles
étrennes. Une pluie de bonbons! De.jolis
volumes élégamment reliés : des jouets de
toute sorte! Puis mes frères ont eu congé.
Ils sont, ce jour-là, sortis du collège; et à
l'occasion de la fête de famille, on leur a
pardonné quelques fautes de paresse et d'é-
tourderie.
Qu'il est fâcheux que ce premier jour ne
dure ptts toute l'année!... Mais non! j'ai
tort. Je fais là un vœu d'égoïste. Ce grand
ouf, qui nous apporte tant de joie, à nous,
eunes enfants, ne se présente pas pour tout
e monde avec les mêmes caractères.
Je ne parle pas des avares, qui regrettent
le peu qu'ils donnent. Je ne les plains pas-
de leur chagrin, qui vient d'un mauvais
cœur. Mais les personnes les plus généreu-
ses trouvent, dans le premier jour de l'année,
une occasion de mille embarras, de mille
dérangements, que rien ne compense suffi-
samment pour elles.
Dès- le matin, voici le portier qui com-
mence sa tournée. 11 monte à tous les
étages, pour souhaiter à chaque locataire
l'année bonne et heureuse. Ne manquons
pas de répondre à sa politesse par quelque
pièce d'argent; sinon, jious risquons d'en-
courir son mécontentement.
Malheur à nous alors! nous verrons fondre
sur nous, pendant tout le reste de l'année,
une série infinie de vexations! tantôt, dans
sa mauvaise humeur, il ne se pressera jias
de tirer le cordon, pendant que nous atten-
drons à la porte, au milieu d'une pluie
battante; tantôt il égarera les cartes de
visite qui nous seront adressées; ou bien,
il nous remettra, huit jours après qu'on
l'aura déposée dans la loge, une lettre qui
demande un rendez-vous d'urgence, ou con-
tient une invitation très-pressée à dîner.
Les domestiques, le facteur de la poste,
le porteur du journal, les enfants de chœur
apportant le pain bénit... _quesais-je? mille
autres personnes encore viennent, après le
portier, réclamer la gratification d'usage.
C'est une procession de solliciteur. Toute
bourse est insuffisante aux largesses de-
mandées.
Sortons pour éviter ces obsessions, s'il se