Boekgegevens
Titel: Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
Auteur: Herrig, Ludwig; Helderman, D.J.
Uitgave: Deventer: A. ter Gunne, 1871
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: NO 09-353
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_200765
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse taalkunde
Trefwoord: Leesvaardigheid, Frans, Leermiddelen (vorm)
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   Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
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silencieux, comme s'il eût fait des efforts
pour graver ce nom dans sa mémoire. Puis
il reprit son éventaire, et s'éloigna du bou-
levard eu murmurant tout pensif: »Je m'en
souviendrai."
Vingt ans après, le marquis de Saint-
Germain, que nous avons vu si généreux
et si rieur, revenait de l'émigration. Ces
vingt années, qui pour lui avaient été dures,
l'avaient bien changé, bien vieilli. En ren-
trant en Erance, lui qui possédait autrefois
de magnifiques domaines, il se voyait dé-
Douillé de tous ses biens, vendus pendant
a révolution. 11 lui restait pourtant encore
quelques propriétés qu'il pouvait reven-
diquer en justice; mais il fallait soutenir
uu procès coûteux, et le marquis avait si
■)eu de ressources, qu'il manquait quelque-
bis du nécessaire. Ce fut vainement qu'il
s'adressa à ses amis, à ceux qu'il avait lui-
même secourus autrefois; on lui promettait
beaucoup, mais on ne lui accorda rien.
Uu jour il était bien trisl.e dans le mi-
sérable appartement qu'il occupait, iorsqu'
uue élégante voiture s'arrêta à la porte, et
qu'un homme, jeune encore, et dont tout
l'extérieur annonçait l'opulence, vint frapper
chez lui. Il alla ouvrir lui-même, car de-
puis longtemps il avait congédié son der-
nier domestique. L'inconnu entra, après
s'être informé si c'était bien à M. de Saint-
Germain qu'il parlait. Sur une réponse
affirmative, il regarda le marquis avec at-
tention.
»Monsieur," lui dit-il, après quelques
instants de conversation, »je sais que vous
avez besoin de fonds assez considérables
pour poursuivre un procès dout dépend votre
bien-être à venir. Je suis un des plus riches
négociants de Paris; je viens mettre toute
ma fortune à votre disposition."
»Monsieur," répondit le marquis au comble
de letounement, »je ne sais ce qui me vaut
l'intérêt chaleureux..
»Je m'appelle Augustedit le visiteur;
»vous souvenez-vous de moi?"
Saint-Germain chercha dans sa mémoire.
Le souvenir de l'anecdote du boulevard était
complètement effacé. Alors le négociant lui
rappela le louis d'or qu'il avait donné en
aumône au prauvre petit marchand ambulant.
»Cette aumône a été bien placée, mou-
sieur,' contiuua-t-il »Avec ce que je de-
vais à votre générosité, je commençai uu
nouveau commerce plus lucratif que le pre-
mier. Puis, avec le profit que j'en retirais,
j'augmentai de plus en plus le cercle de mes
ppéculations, A force de travail et de per-
sévérance, j'en suis venu à la plus brillante
fortune. Acceptez mes services, monsieur;
car je dois tout à l'homme généreux qui m'a
donné les moyens de sortir de la misère."
Le marquis accepta, et bientôt rentra,
dans ceux de ses biens qui n'avaient pas
été vendus. Aujourd'hui sa famille est aussi
riche et aussi brillante qu'elle le fut jamais.
(Mm. Guizot.)
52. DIX MILLE LlVflES DE RENTK.
Quand j'avais dix-huit ans — je vous
parle d'une époque bien éloignée — j'allais,
durant la belle saison, jfesser la journée du
dimanche à Versailles, ville qu'habitait ma
mère. Pour m'y transporter, j'allais pres-
que toujours à pied, rejoindre sur cette
route une des petites voitures qui en fai-
saient alors le service.
En sortant des barrières, j'étais toujours
sûr de trouver uu grand pauvre qui criait
dune voix glapissante: La charité, s'il vous
plaît, mon bon Monsieur! De son côté, il
était bien sûr d'entendre résonner dans son
chapeau une grosse pièce de deux sous.
Un jour que je payais mon tribut à An-
toine — c'était le nom de mon pensionnaire
— il vint à passer un petit, monsieur pou-
dré, sec, vif, et à qui Antoine adressa son
mémento criard: La charité, s'il vous plaît,
mou bon Monsieur! Le passant s'arrêta, et,
après avoir considéré quelques moments le
pauvre: »Vous me paraissez," lui dit-il,
»intelligent et en état de travailler: pour-
quoi faire un si vil métier? Je veux vous
tirer de cette triste situtation et vous donner
dix mille livres de rente." Antoine se mit
à rire, - et moi aussi. »Riez tant que vous
le voudrez," reprit le monsieur poudré,
»mais suivez mes conseils, et vous acquer-
rez ce que je vous promets. Je puis d'ail-
leurs vous prêcher d'exemple: j'ai été aussi
pauvre que vous; mais, au lieu de mendier,
je me suis fait unè hotte avec un mauvais
panier, et je suis allé dans les villages et
dans les villes de province, demander, non
pas des aumônes, mais de vieux chiffons,
qu'on me donnait gratis et que je revendais
ensuite, un bon prix, aux fabricants de pa-
pier. Au bout d'un an, je ne demandais
plus pour rien les chiffons, mais je les ache-
tais, et j'avais en outre une charrette et
un âne pour faire mou petit commerce.
»Cinq ans après, je possédais trente mille
francs, et j'épousais la fille^d'un fabricant
de papiers, qui m'associait à sa maison de