Boekgegevens
Titel: Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
Auteur: Herrig, Ludwig; Helderman, D.J.
Uitgave: Deventer: A. ter Gunne, 1871
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: NO 09-353
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_200765
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse taalkunde
Trefwoord: Leesvaardigheid, Frans, Leermiddelen (vorm)
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   Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
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tu seras vieux, je te mettrai aussi dans la
maisonnette.
50. PAROLE DE SOCRATE.
Socrate faisant un jour bâtir.
Chacun censurait son ouvrage:
L'un trouvait les dedans, pour ne lui point
mentir,
Indignes d'un tel personnage;
L'autre blâmait la face, et tous étaient d'avis
Que les appartements en étaient trop petits.
Quelle maison pour lui ! l'on y tournait à
peine.
— Plût au ciel que de vrais amis,
Telle qu'elle est, dit-il, elle pût être pleine !
Le bon Socrate avait raison
De trouver pour ceux-là trop grande sa maison.
Chacun se dit ami; mais fou qui s'y repose:
Rien n'est plus commun que le nom,
Rien n'est plus rare que la chose.
(La Fontaine).
51. HISTOIRE D'UNE PIÈCE D'OR.
Quelques années avant la révolution de
1789, par une triste et froide soirée d'hiver,
un pauvre petit garçon, qui vendait des
aiguilles, avait étalé sur les boulevards de
Paris sa boutique portative. A cette épo-
que, ce brillant quartier n'était pas éclairé,
comme il Test aujourd'hui, dès que le so-
leil se couche ; aussi quelques rares pro-
meneurs se montraient çà et là, et le bout
de chandelle fumeuse qu'avait allumé le
jeune marchand, n'attirait que bien peu de
curieux autour de lui, et encore moins de
chalands. L'enfant, impatienté de cet iso-
lement , ne trouva rien de mieux, pour fixer
l'attention des passants, que de chanter une
chanson bien gaie qu'il trouva dans sa mé-
moire; mais le petit spéculateur ne perdait
pas de vue son objet, et, dans l'intervalle
des couplets, il savait glisser l'éloge pom-
peux de sa marchandise. Cette ruse lui
avait déjà fait vendre quelques cents d'ai-
guilles; mais les {profits étaient si minces,
qu'ils payaient à peine la lumière, et c'était
vraiment le cas de dire que le jeu ne valait
pas la chandelle. Cependant il ne se dé-
courageait pas, et continuait ses chants,
qu'il entremêlait agréablement du panégyrique
de ses aiguilles. Un jeune homme, enve-
loppé dans un riche manteau, vint à passer
près de lui. 11 s'arrêta en riant, et dit à
l'enfant: »Tu chantes faux, petit drôle."
»Ce n'est pourtant pas votre maître de
musique qui m'a donné des leçonsrépon-
dit le chanteur en s'interrompant.
Cette réponse fit rire l'inconnu encore
plus ,fort.
»Comment t'appelles-tu?" reprit-il.
»Auguste."
»Auguste? et après?"
»Pas d'autre nom."
»Quoi! tu n'as donc ni père ni mère?"
»Je ne connais qu'une vieille femme, qui
)rend soin de moi, et qui me roue de coups,
orsque je n'ai pas assez vendu de ses
aiguilles."
»Et seras-tu battu ce soir?" demanda
l'étranger avec un commencement d'intérêt.
»Hem!" dit l'enfant avec une jolie gri-
mace, »cela pourrait bien m'arriver, si vous
continuez à me faire jaser, au lieu de me
laisser annoncer ma marchandise."
Et il continua son cri habituel pour at-
tirer les chalands; mais les chalands sem-
blaient mettre de l'obstination à ne pas
venir. L'inconnu observait son désappoin-
tement d'un regard malin. Auguste impa-
tienté lui dit avec un peu d'humeur:
»Monsieur, c'est vous qui me portez mal-
heur!" — »Eh bien!" dit l'inconnu, »pour-
quoi np m'offres-tu pas aussi ta marchan-
dise?"
»C'est que," reprit Auguste avec finesse,
en regardant ies magnifiques fourrures de
son interlocuteur, »vous ne m'avez pas l'air
de raccommoder vous-même votre haut-de-
chausses."
»Qu'importe? Tiens, donne-moi des ai-
guilles pour cela."
Auguste tendit la main, et, regardant à
la lueur douteuse de sa chandelle, il vit un
louis d'or.
»Prenez toute ma boutique," dit-il gaie-
ment, »et je vous en redevrai trois fois
autant."
»Garde tout, " répondit l'étranger, en ra-
menant son manteau autour de lui; »et seu-
lement tâche de ne plus chanter faux et
d'éviter les coups."
»Monsieur," lui dit-il, »vous venez de
commencer ma fortune. Voudriez-vous bien
me dire votre nom, afin que je trouve plus
tard mon bienfaiteur?'
»Cela n'est pas nécessaire," répliqua l'in-
connu en cherchant à se dégager. Mais
Auguste insista et le supplia les mains
jointes.
»Le marquis de Saint-Germain," dit le
jeune homme en seloignant avec vitesse.
L'enfant resta un moment immobile et