Boekgegevens
Titel: Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
Auteur: Herrig, Ludwig; Helderman, D.J.
Uitgave: Deventer: A. ter Gunne, 1871
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: NO 09-353
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_200765
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse taalkunde
Trefwoord: Leesvaardigheid, Frans, Leermiddelen (vorm)
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   Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
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Jamais, pour faire diversion, je n'entendais
la moindre observation qui put m'encourager,
l'expression d'un vœu, ou la manifestation
de quelque espoir. Le silenee même n'était
qu'une froide politesse, cachant tous les dou-
tes et couvrant tous les reproches.
Enfin le jour de l'épreuve arriva. J'invitai
un grand nombre d'amis à venir à bord pour
être témoins de mon succès. Quelques-uns
se rendirent à mon invitation par égard pour
moi; mais il était facile de voir qu'ils ne le
faisaient qu'avec répugnance, dans la crainte
de partager mes mortifications plutôt que mon
triomphe. De mon côté, je m'avouai bien
à moi-même que, dans le cas présent, il y
avait plusieurs raisons de douter du succès.
La machine était neuve 'et mal faite, les
mécaniciens étaient peu faits encore à ce
genre de travail, et l'on pouvait raisonna-
blement présumer que d'autres causes feraient
naître des difficultés imprévues. Le moment
approchait de mettre le bateau en mouvement.
Mes amis s'étaient formés en groupes sur le
pont; l'anxiété et la peur régnaient au milieu
d'eux. Us étaient taciturnes, tristes, abattus.
Dans leurs regards je ne lisais que désastres,
et je commanpais presque à me repentir de
mes efforts.
Le signal est donné ! le bateau marche un
peu de temps, ensuite il s'arrête; il est im-
possible de le faire avancer. Alors au silence
du moment précédent succèdent les murmures
de mécontentement, l'agitation, les chucho-
tements, les haussements d'épaules, il m'é-
tait facile d'entendre répéter de tous côtés:
»Je vous disais bien qu'il en serait ainsi!
C'est l'entreprise d'un fou! Je voudrais bien
que nous fussions hors d'ici."
Je montai sur une plate-forme et je m'a-
dressai à l'assemblée. Je priai les specta-
teurs de demeurer tranquilles et de me donner
une demi-heure, après quoi, ou je les ferais
avancer, ou je kisserais là le voyage pour
cette fois. On m'accorda sans objection le
peu dfe délai que je demandais. Je descendis
dans l'intérieur du bâtiment, je visitai la
machine, et je découvris que ce qui empê-
chait de marcher, provenait du faible obstacle
d'une pièce mal adaptée, Il ne fallut qu'un
instant pour le faire disparaître; le bateau fut
remis en mouvement et continua sa route.
Cependant tout le monde restait encore dans
l'incrédulité ; on craignait de se rendre à
l'évidence. Nous quittâmes la belle cité de
New-York, nous montâmes le large Hudson,
nous traversâmes les sites piltoiesques des
hautes terres; nous découvrîmes les maisons
d'Albany, nous touchâmes ses rivages. Eh
bien! dans ce' moment même, quand tout
semblait achevé, il était dit que je serais
encore victime du désappointement. L'ima-
gination ne se rendait pas à révidence du
fait;^on doutait si la même expérience pour-
rait être faite une seconde fois; ou, si elle
venait à réussir, on doutait qu'on dût en
retirer une grande utilité."
49. LA MAISONNETTE.
Un riche citadin, autrefois paysan, avait
persuadé à son vieux père de rester dans le
village où il était né. Là, lui avait-il dit,
vous vivrez plus paisible, dans un air plus
sain, entouré de vos vieux serviteurs, au
milieu des habitudes qui vous sont chères,
à l'ombre des arbres que vous avez plantés.
A quelque temps de là, on lui écrivit que
le vieillard était tombé malade, et que son
état réclamait les soins d'un médecin de la
ville. L'idée ne lui vint pas de repousser
une telle demande, car au fond il n'était
pas inhumain, et il aimait son père ; cepen-
dant il ne pouvait le loger à l'hôtel : les
façons rustiques du paysan, son manque
d'éducation, forceraient son fils à rougir
vingt fois le jour aux yeux des gens quMl
recevait; d'ailleurs, la vue seule du bon-
homme donnerait un démenti terrible aux
fables que le parvenu avait su accréditer
sur sa noble origine, et cet édifice de men-
songes, construit avec tant d'art, s'écrou-
lerait en un moment. Notre enrichi chercha
donc à concilier avec ses devoirs et ses sen-
timents les exigences de sa vanité. A l'ex-
trémité de ses immenses jardins, se trouvait
un pavillon que masquait un rideau d'arbres
exotiques achetés à grands frais. C'est là
qu'il se proposa de re éguer son vieux père,
et, en l'att.endant, il faisait tout préparer
pour le t-ecevoir. Un jour qu'il présidait à
ces travaux, accompagné de son propre fils,
enfant de six ans; Mon père, lui demanda
celui-ci, à qui donc destînes-tu cette maison-
nette? — A ton grand-père, mon enfant.-^
Mais il est à la campagne, loin d'ici, m'as
tu toujours dit, — Oui, mais il va revenir. —
Et pourquoi ne pas lui donner un des ap-
partements de l'hôtel? — Parce que les
vieillards aiment le repos et la solitude; il
sera ici comme à la campagne, loin du bruit
et du mouvement. — Mais il s'ennuiera. —
A son -âge on est triste, on n'aime pas le
monde; il y serait déplacé, gêné lui-même
et gênant pour les autres. — Tu as raison,
reprit l'enfant enfin convaincu, et, quand