Boekgegevens
Titel: Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
Auteur: Herrig, Ludwig; Helderman, D.J.
Uitgave: Deventer: A. ter Gunne, 1871
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: NO 09-353
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_200765
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse taalkunde
Trefwoord: Leesvaardigheid, Frans, Leermiddelen (vorm)
Bekijk als:      
Scan: Afbeeldinggrootte:
   Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
Vorige scan Volgende scanScanned page
_ 20 -
délicieuse qui lui est offerte, il s'échappe
comme uu trait au milieu de la foule, et
disparaît en un instant.
Cet inconnu le serait encore aujourd'hui,
si ses gens d'affaires, ayant trouvé dans ses
papiers, à la mort de leur maître, une note
de 5500 livres envoyées à Mr. Main de Ca-
dix, n'en eussent pas demandé compte à ce
dernier, mais seulement par curiosité, puis-
que la note était bâtonnée et le papier chif-
fonné comme ceux que Ton destine au feu.
Ce fameux banquier répondit qu'il en avait
fait usage pour délivrer un Marseillais nom-
mé Robert, esclave à Tétuan, conformément
aux ordres de Cliarles de Secondât, baron
de Montesquieu, président à mortier au par-
lement de Bordeaux. On sait que l'illustre
Montesquieu aimait à voyager, et qu'il visi-
tait souvent sa sœur, madame d'Héricourt,
mariée à Marseille.
41.
LE RAT DE V LLLE ET LE RAT
DES CHAMPS.
Autrefois le rat de ville
Invita le rat des champs.
D'une façon fort civile,
A des reliefs d'ortolans.
Sur un tapis de Turquie
Le couvert se trouva mis.
Je laisse à penser la vie
'Que firent ces deux amis.
Le régal fut fort honnête;
Rien ne manquait au festin:
Mais quelqu'un troubla la fête
Pendant qu'ils étaient en train.
A la porte de la salle
Ils entendirent du bruit:
Le rat de ville détale,
Son camarade le suit.
Le bruit cesse, on se retire:
Rats en campagne aussitôt;
Et le citadin de dire:
Achevons tout notre rôt.
C'est assez, dit le rustique:
Demain vous viendrez chez moi.
Ce n'est pas que je me pique
De tous vos festins de roi:
Mais rien ne vient m'interrompre;
Je mange tout à loisir.
Adieu donc. Ei du plaisir
Que la crainte peut corrompre!
(La Fontaine,)
42. VALENTIN JAMERAY Dl/VAL.
Valentin Jameray Duval naquit, en 1695,
d'un pauvre laboureur, et à dix ans il était
orphe in. Il fut obligé de servir chez des
fermiers pour garder les brebis. A quatorze
ans le travail lui manqua, et il quitta son
village pour aller servir ailleurs. Marchant
au hasard dans l'affreux hiver de 1709, en
pleine campagne, couvert de haillons, demi-
mort de froid, sans pain, sans asile, sans
espoir, il fut surpris par la petite vérole.
La violence de ses douleurs et celle de la
saison l'obligèrent de s'arrêter dans une
petite ferme, où il n'eut pour retraite qu'une
étable et un tas de fumier, sous lequel on
l'ensevelit. La chaleur qu'il y trouva le
dégourdit peu à peu et facilita l'éruption :
il ne tarde pas à être couvert de boutons;
mais il manquait de secours. Tout était
saisi dans la ferme: le maître n'avait pas
lui-même de quoi vivre, et ce fut un excès
de compassion qui l'engagea à donner au
moribond, pour toute boisson de l'eau glacée,
30ur toute nourriture un peu de .bouillie à
'eau, à peine salée, et un mauvais pain
sec. Quelque pauvres que fussent les se-
cours qu'il recevait dans cette ferme, il
fut impossible au maître de les lui con-
tinuer. Il fallut le transporter encore faible,
couvert de méchants haillons et de foin,
chez un curé du voisinage, où il fut près
d'expirer du froid qu'il avait essuyé en route.
Il guérit pourtant; mais la famine qui dé-
solait cette contrée lui fit perdre encore
cet asile, des que ses forces lui permirent
de la quitter. Ne sachant où donner de la
tête, il s'informe s'il n'est point quelque
pays que le fléau ait respecté. On lui parle
du Midi, de l'Orient: c'était lui donner des
idées nouvelles. Ces mots furent pour lui
la source, de ses premières réflexions, sa
première leçon de géographie.
Il marche donc vers le point où le soleil
)araît se lever; il traverse la Champagne.
[)es huttes à peine couvertes de chaume et
d'argile, des individus pâles et languissants,
des enfants en petit nombre et desséchés
par le besoin, lui présentent tout ce que
la misère a de plus effrayant. Il arrive
enfin en Lorraiiïe, et soudain il est frappé
d'une scène nouvelle : des maisons spacieuses,
bien couvertes et dignes des hommes forts
et vigoureux qui les habitent, des femmes
lestes et bien vêtues; des enfants nombreux
et gais, le spectacle de l'aisance et de bon-
heur l'avertissent qu'il a changé de ^domi-
nation. Le hasard fait qu'il s'arrête à l'er-