Boekgegevens
Titel: Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
Auteur: Herrig, Ludwig; Helderman, D.J.
Uitgave: Deventer: A. ter Gunne, 1871
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: NO 09-353
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_200765
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse taalkunde
Trefwoord: Leesvaardigheid, Frans, Leermiddelen (vorm)
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   Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
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19 —
elle voit arriver llobert le père, très-propre-
meut vêtu, qui la surprend dans sa douleur
et dans sa misère. Qu'on juge de l'étonne-
ment de sa femme et de ses enfants, de
leurs transports, de lexiv joie! Le bon llo-
bert se jette dans leurs bras, et s'épuise en
remereimeuts sur les cinquante louis qu'on,
lui a comptés en s'embarquant dans le vais-
seau, où son passage et sa nourriture étaient
acquittés d'avance, sur les habillements qu'on
lui a fournis, etc. il ne sait comment recon-
naître tant de zèle et tant d'amour.
Une nouvelle surprise tenait cette famille
immobile: ils se regardaient les uns les
autres. La mère rompt le silence; elle imagine
que c'est son fils qui a tout fait; elle raconte
à son père comment, dès l'origine de son
esclavage, il a voulu aller prendre ?a place,
et comment elle l'en avait empêché. ^>11
fallait six mille francs pour ta rançon: nous
en avions, poursuit-elle, un peu plus de la
moitié, dont la meilleure partie était le fruit
de son travail ; il aura trouvé des amis qui
l'auront aidé." Tout à coup, rêveur et
taciturne, le père, consterné, s'adressant à
son fils: »Malheureux, qu'as-tu fait? com-
ment puis-je te devoir ma délivrance sans
la regretter ï comment pouvait-elle rester
un secret pour ta mère sans être achetée au
prix de la vertu? A ton âge, fils d'un in-
fortuné, d'un esclave, on ne se procure
point naturellement les ressources qu'il te
fallait. Je frémis de penser que l'amour
paternel t'a rendu coupable. Eassure-moi,
sois vrai, et mourons tous si tu as pu cesser
d'être lionnête,"
uTranquillisez-vous, mon père, répondit-
il eu l'embrassant; votre fils n'est pas indigne
de ce titre, ni assez heureux pour avoir pu
vous prouver combien il lui est cher. Ce
n'est point à moi que vous devez votre
liberté; je connais votre bienfaiteur. Sou-
venez-vous, ma mère, de cet inconnu qui
me donna sa bourse; il m'a fait bien des
questions. Je passerai ma vie à le chercher,-
je le trouverai, et il viendra jouir du spec-
tacle de ses bienfaits." Ensuite il raconte
à son père l'anecdote de l'inconnu, et le
rassure ainsi sur ses craintes.
Kendu à sa famille, Kobert trouva des
amis et des secours. Les succès surpas-
sèrent son attente. Au bout de deux ans,
il acquit de l'aisance; ses enfants, qu'il
avait établis, partageaient son bonheur entre
lui et sa femme, et il eût été sans mélange,
si les recherches continuelles du fils avaient
])u faire découvrir ce bienfaiteur, qui se
tiérobait avec taut de soiu à leur reconnais-
sance et à leurs vœux. Il le rencontre enfin
un dimanche matin se promenant seul sur le
port. ))Ah! mon dieu tutélaire!" c'est tout
ce qu'il put prononcer en se jetant à ses
pieds, où il tomba sans connaissance. L'in-
connu s'empresse de le secourir et de lui
demander la cause de son état. »»Quoi! mon-
sieur, pouvez-vous l'ignorer?" lui répond le
jeune homme. »Avez-vous oublié llobert et
sa famille infortunée, que vous rendîtes à
la vie en lui rendant son père?" — »Vous
vous méprenez, mon ami, je ne vous connais
point, et vous ne sauriez me connaître:
étranger à Marseille, je n'y suis que depuis
peu de jours." — j^Tout cela peut être;
mais souvenez-vous qu'il y a vingt-six mois
que vous y étiez aussi: rappelez-vous cette
promenade dans ce port, rintérêt que vous
prîtes à mon malheur, les questions que
vous me fîtes sur les connaissances qui pou-
vaient vous éclairer et vous donner les lu-
mières nécessaires pour être notre bienfaiteur.
Libérateur de mon père, pouvez-vous oublier
que vous êtes le sauveur d'une famille entière,
qui ne désire plus rien que votre présence?
Ae vous refusez pas à ses vœux, et venez
voir les heureux que vous avez faits... Ve-
nez." — »Je vous l'ai déjà dit, mon ami,
vous vous méprenez." — »Non, monsieur,
je ne me trompe point ; vos traits sont trop
profondément gravés ' dans mon cœur pour
que je puisse "m'y méprendre. Venez de
grâce." £n même temps il le prenait par
le bras, et lui faisait une sorte de violence
pour l'entraîner. Une multitude de peuple
s'assemblait autour d'eux. Alors l'inconnu,
d'un ton plus grave et plus ferme: »Mon-
sieur, dit-il, cette scène commence à être
fatigante. Quelque ressemblance occasionne
votre erreur; rappelez votre raison, et alloz
dans votre famille profiter de la tranquillité
dont vous paraissez avoir besoin." »Quelle
cruauté! s'écrie le jeune homme; bienfaiteur
de cette famille, pourquoi altérer par votre
résistance le bonheur qu'elle ne doit qu'à
vous? llesterai-je en vain à vos pieds?
Serez-vous assez inflexible pour refuser le
tribut que nous réservons depuis si long-
temps à votre sensibilité? Et vous qui êtes
ici présents, vous que le trouble et le dés-
ordre où vous me voyez doivent attendrir,
joignez-vous tous à moi pour que l'autçur
de mon salut vienne contempler lui-même
sou propre ouvrage." A ces mT)ts, l'inconnu
paraît se faire quelque violence; mais, com-
me on s'y attendait le moins, réunissant
toutes ses forces, et rappelant son courage
pour résister à la séduction de la jouissance