Boekgegevens
Titel: Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
Auteur: Herrig, Ludwig; Helderman, D.J.
Uitgave: Deventer: A. ter Gunne, 1871
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: NO 09-353
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_200765
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse taalkunde
Trefwoord: Leesvaardigheid, Frans, Leermiddelen (vorm)
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   Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
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— 18
Sais-tu combien de bouches
Soupirent un saint-nom ?
Dieu le sait ! ... sa paupière
Ne se ferme jamais:
Il voit l'aigle en son aire,
Le ver qu'on foule aux pieds;
Et tu perdrais courage?
N'as-tu jamais ouï
L'hymne dans le bocage?...
Ecoute et chante aussi!
40. LE JEUNE MARSEILLAIS.
Un jeune homme, nommé Robert, atten-
dait sur le rivage, à Marseille, que quel-
qu'un entrât dans un canot. Un inconnu
s'y plaça; mais, un instant après, il se pré-
parait à en sortir, malgré la présence de
Robert, qu'il ne soupçonnait pas d'en être
le patron. 11 lui dit que, puisque le con-
ducteur de cette barque ne se montre point,
il va passer dans une autre. »Monsieur,
lui dit le jeune homme, celle-ci est la
mienne, voulez-vous sortir du port?" —
j>Non, monsieur, il n'y a plus qu'une heure
de jour. Je voulais seulement faire quel-
ques tours dans le bassin pour profiler de
la fraîcheur et; de la beauté de la soirée...
-Mais vous n'avez pas l'air d'un marinier,
ni le tou d'un homme de cet état." — »Je
ne le suis pas en effet ; ce n'est que pour
gagner de l'argent que je fais ce métier
les fêtes et les dimanches." — »Quoi? avare
à votre âge! cela dépare votre jeunesse, et
diminue l'intérêt qu'inspire d'abord votre
heureuse physionomie," — »Ah! monsieur,
si vous saviez pourquoi je désire si fort de
gagner de l'argent, vous n'ajouteriez pas à
ma peine celle de me croire un caractère
si bas." — »J'ai pu vous faire du tort;
mais vous ne vous êtes point expliqué.
Eaisons notre promenade, et vous me con-
terez votre histoire." — L'inconnu "s'assied.
»Eh bien, poursuit-il, dites-moi, quels sont
vos chagrins, vous m'avez disposé à y
prendre part," — »Je n'en ai qu'un, dit le
jeune homme, celui d'avoir un père dans
les fers, sans pouvoir l'en tirer. 11 était
courtier dans cette ville ; il s'était procuré
de ses épargnes et de celles de ma mère
dans le commerce des modes, un intérêt
sur un vaisseau en charge pour Smyrne; il
a voulu veiller lui-même à l'échange de sa
pacotille et en faire le choix. Le vaisseau
a été pris par un corsaire et conduit à
Tétuan, où mon malheureux père est es-
clave avec le reste de l'équipage. Il faut
deux mille écus pour sa rançon ; mais, comme
il s'était épuisé afin de rendre son en-
treprise plus importante, nous sommes bien
éloignés d'avoir cette somme. Cependant
ma mère et mes soeurs travaillent jour et
nuit, et j'en fais de même chez mon maître
dans l'état de joaillier que j'ai embrassé,
et je cherche à mettre à profit, comme
vous voyez, les dimanches et les fêtes.
Nous nous sommes retranchés jusque sur
les besoins de première nécessité ; une
seule petite chambre forme tout notre lo-
gement. Je croyais d'abord aller prendre
la place de mon père, et le délivrer en me
chargeant de ses fers; j'étais prêt à exé-
cuter ce projet, lorsque ma mère, qui en
fut informée, je ne sais comment, m'assura
qu'il était aussi impraticable que chimérique,
et fit défense à tous les capitaines du Le-
vant de me prendre sur leur bord." — »Et
recevez-vous quelquefois des nouvelles de
votre père? Savez-vous quel est son patron
à Tetuan, quels traitements il y éprouve?" —
;;Son patron est intendant des jardins du
roi; on le traite avec humanité, et les tra-
vaux auxquels on l'emploie ne sont pas au-
dessus de ses forces: mais nous ne sommes
)as avec lui pour le consoler, pour le sou-
ager; il est éloigné de nous, d\me épouse
chérie, et de trois enfants qu'il aime toujours
avec tendresse." — »Quel nom porte-t-il à
Tétuan?" — »11 n'en a point changé; il
s'appelle Robert, comme a Marseille." —
Robert... chez l'intendant des jardins?" —
»Oui, monsieur." — »Votre malheur me
touche; mais d'après vos sentiments,' qui le
méritent, j'ose vous présager un meilleur
sort, et je vows le souhaite bien sincèrement...
En jouissant du frais, je voulais me livrer
à la solitude, ne trouvez donc pas mauvais,
mon ami, que je sois tranquille un moment."
Lorsqu'il fut nuit, Robert eut ordre d'a-
border. Alors l'inconnu sort du bateau, lui
remet une bourse entre les mains, et, sans
lui laisser le temps de le remercier, s'éloigne
avec précipitation. 11 y avait dans cette
bourse huit doubles louis en or, et dix écus
en argent. Une telle générosité donna au
jeune homme la plus haute opinion^de cehii
qui en était capable; ce fut en vain qu'il fit
des voeux pour le rejoindre et lui en rendre
grâces. — Six semaines après cette époque,
cette famille honnête, qui continuait sans
relâche à travailler pour compléter la somme,
dont elle avait besoin, prenait un dîner fru-
gal, composé de paiu et d'amandes sèches: