Boekgegevens
Titel: Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
Auteur: Herrig, Ludwig; Helderman, D.J.
Uitgave: Deventer: A. ter Gunne, 1871
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: NO 09-353
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_200765
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse taalkunde
Trefwoord: Leesvaardigheid, Frans, Leermiddelen (vorm)
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   Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
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11 pensait ensuite à sa mère, et à la tris-
tesse qu'il allait lui causer, au lieu de la
consolation qu'elle s'attendait à^ recevoir de
son retour. Lorsque je paraîtrai devant
ses yeux, et que je n'aurai que de tristes
témoignages à hii présenter de mes institu-
teurs! Lorsqu'elle voudra se faire honneur
dans le monde de l'éducation qu'elle m'a
donnée, et que je la forcerai de rougir!
Lorsqu'elle voudra m'aimer, et que je ne
mériterai que sa haine ! O Ciel ! ma pauvre
mère! Je serai peut-être la cause do sa mort!
Ah' si j'avais mieux profilé des instructions
qu'on m'a prodiguées 1 si je pouvais repren-
dre le temps précieux qui m'est échappé!
C'est ainsi qu'il se tourmentait : c'est ainsi
que toute la nuit il baigna son lit de ses larmes^.
Aussitôt que le jour eut commencé à
paraître, il se leva précipitamment, courut
a la chambre du directeur, se jeta à ses
pieds, et lui dit: Oh, Monsieur, vous voyez
le plus malheureux enfant f^ui soit au monde.
Je ne vous ai pas écoute. Je n'ai rien
apjjris de ce que je devrais savoir. Prènez
pitié de moi Je ne veux pas faire mourir
ma mère de douleur.
Le directeur fut vivement attendri par
ces paroles touchantes. 11 releva Lucien,
et l'embrassa. Mon cher ami, lui dit-il,
puisque vous sentez votre faute, vous pou-
vez encore la réparer. Vous éprouvez com-
bien il est cruel d'avoir des reproches à
se faire. Avant d'en être si bien persu idé ,
vous n'étiez que blâmable; .vous seriez dé-
sormais criminel. Deux années entières ont
été perdues pour vous ; et il ne vous reste
que six mois pour les regagner Jugez com-
bien d'efforts vous aurez à faire. Il ne faut
pas cependant vous décourager. Il n'est
rien dont on ne puisse venir à bout avec
de la constance. Commencez dès ce moment.
Venez me trouver chaque jour. 11 ne tiendra
pas à mon zèle que vous ne soyez bientôt
aussi content de vous-même, que vous avez
sujet d'en être mécontent aujourd'hui. Lu-
cien ne put le remercier qu'en lui baisant '
les mains, et en sautant à son cou.
Il courut de ce pas s'enfermer dans sa
chambre, pour répéter sa leçon. Il en fit
de même les jours suivants. Ses maîtres
étonnés d'une application si souteuue, se
mirent, dès ce moment, à cultiver avec
plus de soin ses dispositions naturelles. Ses
camarades, auxquels il avait inspiré tant
de mépris, furent bientôt obligés de con-
cevoir pour lui de l'estime. Encouragé par
tous ces succès, Lucien redoublait chaque
jour de vigilance et d'ardeur. Ce n'était
plus cet enfant qui abandonnait ses devoirâ
pour se livrer à de folles dissipations. Il
fallait maintenant l'arracher à l'étude, pour
lui faire goûter quelque délassement. L'ordre
et la propreté succédèrent à la négligence.
Il lui survenait bien quelquefois des retours
^ers ses premiers défauts; mais il n'avait
besoin que de jeter un coup d'oeil sur le
portrait de son père, pour reprendre toute
la fermeté de ses résolutions.
Les six mois que sa mère lui avait ac-
cordés pour perfectionner ses études, s'avan-
çaient vers leur terme; et il les voyait
s'écouler avec une extrême rapidité, parce
qu'il savait en remplir tous les instants.
Enfin, le moment de partir arriva. Le
changement qui s'était opéré dans son ca-
ractère,' lui avait attaché si tendrement ses
amis, que l'idée d'une cruelle séparation fit
naître dans tous les coeurs les regrets les
plus sensibles. Ses maîtres avaient de la
peine à voir s'éloigner un garçou qui com-
mençait à faire tant d'honneur à leurs soins;
et il n'en avait pas moins à s'éloigner de
ses maîtres, dont les sages conseils avaient
si bien soutenu ses dispositions. Le direc-
teur, en particulier, qui se félicitait de ses
progrès comme de son propre ouvrage ne
pouvait se consoler de sou départ; et ce
sentiment se répandit avec abondance dans
la lettre qu'il écrivit à la mère de Lucien,
pour lui rendre le compte le plus avanta-
geux de la conduite de son fils.
Pendant tout le voyage, Lucien ressentit
les émotions les plus vives. Son cœur agite
s'élançait vers la maison paternelle. 11 ne
craignait plus tant de se presenter aux yeux
de sa mère, parce qu'il pouvait se rendre
témoignage que depuis six mois il n'avait
rien négligé pour son instruction. Cepen-
dant il se disait toujours: Insensé que je
suis! Ne pouvais-je pas faire la même chose
il y a deux ans? Je serais aujourd'hui bien
plus avancé. Combien de choses, que j'ignore,
n'aurais-je pas apprises dans cet intervalle!.
Ah! je me serais épargné bien des chagrins
et des regrets.
Sa mère était allée à sa rencontre. Quelle
joie pour elle de le revoir! Les lettres du
directeur l'avaient instruite de son heureuse
réforme. Celle qu'il lui Apportait, était en-
core plus flatteuse. Une mère ne demande
qu'à se composer de nouvelles raisons d'aimer
davantage son fils. Elle les trouvait dans
l'idée, qu'il n'avait entrepris de se corriger
que par un sentiment de tendresse pour elle ;
et le plus doux avenir se dévoilait à ses
regards maternels.