Boekgegevens
Titel: Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
Auteur: Herrig, Ludwig; Helderman, D.J.
Uitgave: Deventer: A. ter Gunne, 1871
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: NO 09-353
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_200765
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse taalkunde
Trefwoord: Leesvaardigheid, Frans, Leermiddelen (vorm)
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   Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
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36. LE TEMPS PERDU ET REGAGNÉ.
Les parents de Lucien étaient engagés
dans des affaires de commerce si considé-
rables , qu'il leur fut impossible de s'occuper
eux-mêmes de son éducation. Ils avaient
entendu parler d'une école célèbre, d'où il
était sorti un grand nombre de jeunes gens
distingués par les connaissances qu'ils y
avaient acquises , et par les priucipes d'hon-
neur qu'on leur y avait inspirés. Quoiqu'elle
fût éloignée d'environ cent lieues de sa de-
meure, le père de Lucien y. envoya son fils,
en le recommandant avec les plus vives in-
stances au directeur. Celui-ci, qui regar-
dait chacun de ses élèves comme son pro-
pre enfant, n'épargna rien pour le corriger
de ses défauts, l'exciter au travail, et faire
naître en son âme des sentiments élevés.
Les personnes qu'il avait associées à ses
travaux, cherchèrent aussi, de tout leur pou-
voir, à le seconder dans ces louables dis-
positions.
Des soins si tendres n'eurent pas le suc-
cès qu'on en devait espérer. Lucien était
d'un caractère inquiet et volage, qui lui
faisait oublier dans l'instant même les sages
conseils qu'on lui donnait. Pendant les
heures destinées à l'étude, il laissait telle-
ment égarer ses pensées, qu'il ne lui restait
aucune attention pour les leçons de ses
maîtres. Tous ses devoirs étaient sacrifiés
aux plus frivoles amusements. 11 apportait
la même négligence dans le soin de sa per-
sonne et de ses livres. Ses vêtements
étaient toujours en désordre; et malgré
l'agrément de sa figure, on ne pouvait l'ap-
procher qu'avec un mouvement de dégoût.
11 est aisé de sentir combien cette légè-
reté fut nuisible à son avancement. Tous
ses camarades le laissaient loin derrière eux
dans leurs progrès. 11 n'y avait pas même
jus(ju'aux plus petits, reçus longtemps
après lui dans l'école, qui ne l'eussent
bientôt surpassé, et qui ne le regardassent
avec mépris. Lorsqu'il venait quelques
étrangers de distinction, on avait grand soin
de l'écarter de leurs yeux, de peur qu'il ne
fît tort à ses camarades par son air sauvage
et sa malpropreté. Jamais il n'avait paru
dans les exercices que l'on fait ordinaire-
ment en public à la fin de Tannée. Son
ignorance eût suffi pour décréditer la pension.
Toutes ces disgraces humiliantes ne fai-
saient aucune impression sur lui. C'était
toujours la même inconséquence, la même
dissipation et le même désordre.
Ses précepteurs ne le voyaient qu'avec
une tristesse secrète; et leur zèle pour son
avancement se refroidissait de jour en jour.
Ils se disaient souvent l'un à l'autre: Le
pauvre Lucien! combien il se rend malheu-
reux! Que vont dire ses parents, en le
voyant revenir dans la maison paternelle
avec si peu de connaissances et tant de
défauts?
Deux années entières s'étaient ainsi écou-
lées sans le moindre fruit pour son éduca-
tion, lorsqu'il reçut un paquet fermé d'un
cachet noir. Il l'ouvrit, et y lut la lettre
suivante.
»Mon cher fils.
Tu n'as plus de père. Le Ciel vient de
le ravir à notre amour. J'ai perdu dans
mon époux mon protecteur et mon ami. 11
n'est plus maintenant que toi sur la terre
qui puisse apporter quelque soulagement
à ma douleur, par des sentiments dignes
de ma tendresse. Mais si tu trompais mon
attente, s'il faiUait renoncer à la douce es-
pérance de voir revivre un jour dans ton
cœur 'es vertus de celui que j'ai perdu, je
n'aurais plus qu'à mourir de mon désespoir.
Je t'envoie le portrait de ton père, et je
te conjure de le suspendre au chevet de
ton lit. Regarde-le souvent, pour Vexciter
à devenir aussi honnête homme que lui. Je
te laisserai passer le reste de cette année
dans ta pension, afin que tu achèves de
l'instruire et de te former. Songe que tu
tiens en tes mains le destin de ma vie, et
que ta tendre mère ne peut plus avoir ua
moment de bonheur que par toi."
La dissipation de Lucien n'avait pas
étouffé en lui les sentiments de la nature.
Cette lettre les réveilla tous à la fois dans
le fond de son âme. 11 fondit en larmes,
se tordit les mains, et s'écria d'une voix^
entrecoupée de mille sanglots: Ah' mou
père, mon père, tu m'es donc ravi pour
toujours! i prit le portrait, le porta sur
son cœur et sur sa bouche, et lui adressa
ces paroles: 0 cher auteur de ma vie, tu
as fait tant de dépenses pour mon instruc-
tion , et je n'en ai pas profité! Tu étais un
si brave homme, et moi .... Non, je ne
suis pas digne de me nommer ton fils.
H passa toute la journée à pousser ces
plaintes amères. Le soir, il se mit au lit;
mais il eut beau se tourner d'un côté et
de l'autre, le sommeil ne vint point fermer
scs yeux. 11 lui semblait voir l'image de
son père, qui lui disait d'une voix terrible :
Indigne enfant, j'ai sacrifié mon repos et
ma vie pour te rendre heureux, et tu
déshonores mou nom par ta conduite.