Boekgegevens
Titel: Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
Auteur: Herrig, Ludwig; Helderman, D.J.
Uitgave: Deventer: A. ter Gunne, 1871
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: NO 09-353
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_200765
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse taalkunde
Trefwoord: Leesvaardigheid, Frans, Leermiddelen (vorm)
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   Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
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— 10 —
— Mère Raymonde, dit Eugène eu bâil-
lant et en s'étirant en tous sens sur sa
chaise; mère Raymonde, je m'ennuie! 11
fait si cliaud ! Je me sens si fatigué! Je
ne sais que faire!...
— Vraiment, mon cher ami, répondit la
bonne dame, c'est bien malheureux de s'en-
nuyer, surtout à votre âge. Voyons, que
pourriez vous faire pour vous distraire un
peu? Voudriez-vous lire quelques mots de
ia sainte Bible à la pauvre vieille mère
Raymonde, qui n'y voit plus assez pour
lire sans lunettes? Ouvrez au premier en-
droit venu, mon enfant; tout est bon dans
la Parole de Bieu..,. Là, lisez au sixième
chapitre du livre des Proverbes; commen-
cez au sixième verset, s'il vont plaît.
Eugène prit la Bible d'un air indolent
et lut, à haute voix, ce qui suit:
»Va, paresseux, vers la fourmi ; regarde
ses voies, et deviens sage! Eile n'a ni chef,
ni directeur, ni gouverneur; et cependant,
elle prépare en été sa nourriture, et amasse
diirant la moisson de quoi manger. Pares-
seux! jusqu'à quand te tiendras-tu couché?"
Eugène ne put continuer. Ses joues étaient
plus rouges qu'une cerise. Il se redressa
sur sa chaise, baissa la tête et laissa tom-
ber le livre sur ses genoux.
La mèie Raymonde le regarda en souriant.
— Pourriez-vous me dire, mon cher ami,
lui dit-elle en l'attirant par la main; pour-
riez-vous me dire qui adresse aux paresseux
les reproches que vous venez de lire?
— C'est Dieu, répondit Eugène d'une
voix faible.
— C'est vrai, mon enfant, et ces paroles
nous montrent, d'une manière bien frappante,
n'est-il pas vrai? que, quoique trop souvent
nous ne regardions la paresse quff comme
un petit défaut, léger et de peu d'impor-
tance, cette disposition de nos mauvais
cœurs n'en est pas moins positivement con-,
damnée par Celui auquel nous devons ren-
dre compte. Eu nous créant, le Seigneur
nous a donné à tous, sans exception, une
œuvre quelconque à accomplir; si nous ne
l'accomplissons pas, HTjus sommes coupables
à ses yeux.
Voyez la fourmi, que le Seigneur nous
offre en exemple dans les paroles que vous
venez de lire. Elle prépare en été sa nour-
riture, et amasse durant la moisson de quoi
manger.... Mon cher monsieur Eugène, ne
veut-il pas l'imiter, cette sage, cette pru-
dente fourmi? Ne veut-il pas profiter, lui
aussi, des beaux jours de l'été, c'est-à-dire
des jours de sa jeunesse, pour amasser une
ample provision de connaissances, d'instruc-
tion et de sagesse, qui lui permettra, avec
ta bénédiction du Seigneur, de devenir, en
grandissant, un homme non-seulement ho-
norable et éclairé, mais encore agréable à
son Dieu et utile à son prochain...
— Allez, allez, mère Raymonde! s'écria
Eugène en se levant avec vivacité. Je sais
ce que vous voulez dire. Vous avez deviné
que je suis un paresseux, et que je n'ai
pas voulu remplir ma tâche ce matin. C'est
vrai, j'ai été bien méchant... Mais je
cours à l'école, mère Raymonde; j'y cours
sans m'arrêter, je vous le promets!
Eugène était fort ému, et, disant adieu
à Mnie Raymonde, il prit au plus vite le
chemin de l'école, où, comme on peut le
penser, il arriva bien tard; mais, au lieu
de chercher L se justifier par de mauvaises
excuses ou par des mensonges, ainsi que
n'auraient pas craint de le faire beaucoup
d'enfants de ma connaissance, il avoua fran-
chement toute sa faute à son maître, ajou-
tant qu'il espérait être plus sage à l'avenir.
Touché de la sincérité du petit garçon, le
maître voulut bien lui pardonner, et il
n'eut pas lieu de se repentir de son in-
dulgence.
2G. LES ERUITS DE L'ETUDE.
Un homme riche et fort humain
Eaisait instruire avec son fils unique
Un jeune orphelin indigent.
Comme il n'épargnait point l'argent.
Latin et grec, et peinture, et musique
Leur étaient enseignés. Un seul en profitait:
C'était notre orphelin, qu'on appelait Emile;
L'autre, nommé Eernand, chaque jour se
butait
Contre un travail agréable et facile.
Il avait ouï dire et souvent répétait
Que la science au riche était chose inutile.
Ainsi pensait Eernand: il était dans l'erreur.
Au pauvre seul l'ignorance est permise,
Car chez lui l'ignorance est fille du malheur;
Mais dans le riche on la méprise:
De la fainéantise en elle on voit la sœur.
Pendant que l'orphelin étudiait sans cesse,
Eernand s'accroupissait dans sa lâche paresse ;
Il eut lieu de s'en repentir.
Le sort cruellement prit soin de le punir;
Son père, dans l'esp-^ir d'augmenter sa richesse.
Avait compromis tout son bien
Dans une entreprise chanceuse:
L'issue en fut si malheureuse,
Qu'il ne put sauver presque rien.