Boekgegevens
Titel: Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
Auteur: Herrig, Ludwig; Helderman, D.J.
Uitgave: Deventer: A. ter Gunne, 1871
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: NO 09-353
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_200765
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse taalkunde
Trefwoord: Leesvaardigheid, Frans, Leermiddelen (vorm)
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   Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
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Tombent lassés sur Tor des rochers qu'ils
déchirent ;
Cadavres animés, poussant des cris confus
Vers ce divin soleil qu'ils ne reverront plus,
S'agitant, se heurtant dans ces vapeurs
impures.
Pour fuir par le travail le fouet qui les
poursuit.
Et qu'une longue mort traîne dans les tortures
De cette nuit d'horreur à l'éternelle nuit.
De l'or! tout pour de l'or, les peuples
débordés,
Dont ce monde éveilla l'avarice endormie,
Répandent dans ses champs, de leur foule
inondés.
L'écume des humains que l'Europe a vomie.
Toi seul l'as dévasté ce continent désert
Que tu semblais créer quand tu l'as découvert;
Et des monceaux de cen^lre entassés sur la rive.
Des gouffres souterrains où l'on meurt len-
tement,
Des ossements blanchis, sort une voix plaintive
Qui pousse vers toi seul un long gémissement.
Par son rêve oppressé, Colomb, les bras
1 endus,
De sa couche brûlante écartait cette image.
Elle décroît, s'efface, et ses traits confondus
Se dissipent dans l'air comme un léger nuage.
Tout change: il' voit au Nord un empire
naissant
Sortir de ces débris- fécondés par le sang;
Ses enfants opprimés s'arment, au cri de
guerre,
Du soc dont le tranchant sillonna leurs guérets,
Et du fer créateur qui dans leurs mains
naguère
Transformait en cités de sauvages forêts.
31s ont crié victoire; ils montrent Washington,
Et Colomb reconnaît le héros véritable.
O vieux Cincinnatus, inflexible Caton,
Votre antique vertu n'est donc pas une fable!
11 a fait concevoir à nos cœurs corrompus
Cette étrange grandeur qu'ils ne compre-
* naient plus.
Un sage auprès de lui dans le conseil prend
place,
Et, non moins révéré sous des traits differents.
Il gouverne, il découvre, et par sa double*
audace
Eavit la foudre aux cieux et le sceptre aux ^
tyrans.
Oh ! combien cet empire a pris un noble essor,
Depuis les jeux sanglants de sa virile enfance !
Quel avenir l'attend et se révèle encor
Dans la maturité de son adolescence !
Ne cherchant de lauriers que ceux qu'il doit '
cueillir,
Incorruptible et juste, il grandit sans vieillir.
Se joue avec les mers qu'il couvre de ses voiles,
Et montre, en souriant, aux léopards bannis,,
Son pavillon d'azur, où deux fois douze étoiles ^
Sont l'emblème flottant'de ses peuples unis.
»0 Liberté, dit-il, sors de ce doux sommeil,
»Qu'à l'ombre de mes lois tu goûtes sur ces
rives,
»Et que pour s'affranchir l'Europe à ton
réveil
»Secoue, en m'appelant, ses mains long-
temps captives! :
»D'un regard de tes yeux réchauffe ces cœur»
froids,
»Engourdis sous un joug dont ils aiment le
poids.
»De tout pouvoir injuste éternelle ennemie,,
»Va donc, fille du ciel, va par-delà les mers,
» Va, toi qu'ils croyaient morte, et qui n'es
qu'endormie,
»Briser les fers rouillés de leur vieil univers !" '
Colomb se ranimait à cette noble voix.
Terre! s'écria-t-on, terre! terre!..... il
s'éveille ;
Il court : oui, la voilà, c'est elle, tu ia vois.
La terre ! . .. , ô doux spectacle ! ô transports !
ô merveille !
0 généreux sanglots qu'il ne peut retenir!
Que dira Eerdinand, l'Europe, l'avenir?
Il la donne à sou roi cette terre féconde;
Sou roi va le payer des maux qu'il a soufferts;
Des trésors, des honneurs en échange d'un
monde.
Un trône, ah! c'était peu!.... que reput-il?
des fers!
(C. Delavigne).