Boekgegevens
Titel: Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
Auteur: Herrig, Ludwig; Helderman, D.J.
Uitgave: Deventer: A. ter Gunne, 1871
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: NO 09-353
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_200765
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse taalkunde
Trefwoord: Leesvaardigheid, Frans, Leermiddelen (vorm)
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   Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
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en prenant un Jorhud, c'est-à-dire en envoyant
douze heures d'avance un messager à cheval
sur toute la ligne que l'on doit suivre. Mais
souvent le J'ôrbud s'arrête en route: on paie
double et ou attend. Il faudrait, pour com-
pléter cette précaution, qui en été est de
toute rigueur, avoir un passe-povt de cour-
rier et un cornet de postillon. Le passe-port
de courrier, avec son caractère officiel, aune
grande influence sur l'esprit crédule Ju maître
de poste, et le cornet de postjllon ébranle
le hoUkarl. Du reste il n'en coûte que soi-
xante-quinze centimes par cheval pour faire
trois lieues, et le gouvernement a pris toutes
les précautions pour que le voyageur ne fût
pas trompé Dans chaque stiition on trouve
un registre indiquant la distance d'un lieu
à un autre, et une colonne de ce registre est
réservée à ceux qui auraient quelque plainte
à formuler contre le maître de poste.
Ce qui ajoute aux ennuis d'un voyage dont
il est toujours assez difficile de prévoir la
fin, c'est la nsalpropreté et le dénûment des
auberges. Hors des villes et des villages de
quelque im lortance, on ne peut guère atten-
dre autre c lose que la bouteille d'eau-de-vie
de pomme de terre, qui est en station per-
manente sur la table, et le hiockebrad ^ es-
pèce de galette dure et sèche mêlée d'orge
ou d'avoiue, selon la fécolte de l'année ou
la fortune du paysan. Si à ces deux élé-
ments primitifs des dîners suédois l'hôtesse
ajoute une tranche de viande fumée ou un
poisson, il faut rendre grâce à sa prévoyance.
J'arrivai uu soir dans une auberge de la
Wermeland avec l'appétit d'un homme qui a
fait quarante lieues dans sa journée. Mon
hôtesse . n'avait dans son armoire qu'une
tasse de lait et deux œufs. J'avoue que mon
égoïsme allait jusqu'à faire préparer les deux
œufs pour moi seul, au risque d'afi'umer le
lendemain la maison; mais la prudente femme
ne m'en donna qu'un. »11 peut venir encore
un voyageur," me dil-ellc, net il faut bien
que je lui garde quelque chose." L'œuf qu'elle
m'apporta bouilli dans l'eau, était gâté. Elle
me regarda casser la coquille, et quaud elle
vit tomber le petit poulet dans l'assiette,
elle me dit d'un grand sangfroid: »Je m'en
doutais;" puis elle s'en alla. Je pris avec
résignation ma tasse de lait, et je me couchai
en, pensant à la joie du voyageur qui vien-
drait dans quelques jours demander le se-
cond œuf.
(Marmier.)
160. CARACTERE ELEGMATIQUE
DES PAYSANS NORWÉGIENS.
Nous étions arrivés au cœur de la Norwège,
nous allions franchir le Dovre-Eield, le Saint-
Gothard des Alpes scandinaves. Là nous pou-
vions observer, dans sa pureté le caractère
des payans norvvégiens, de ces hommes lents
et énergiques, simples et fiers, rudes et hos-
piialiers. Cette lenteur de leurs mouvements
et de leur esprit semble tenir à leur organi-
sation et à leur climat. Leurs fibres, naturel-
lement plus dures que celles des méridionaux,
raidies encore par le froid, n'ont ni mobilité,
ni souplesse, mais de la ténacité et de la force.
Si on leur adresse la parole, il s'écoule tou-
jours quelques minutes avant qu'ils s'en
aperçoivent: rarement ils répondent à une
première question.
- C'est que leur cerveau n'a pas eu le temps
de faire l'opération nécessaire pour compren-
dre. Mais une fois qu'ils comprennent, ils
comprennent bien, et répondent avec une
droiture et fermeté de sens qui étonne. Pour
le plus simple calcul, pour des comptes
qu'ils sont obligés de faire tous les jours,
il leur faut un temps surprenant, mais aussi
ils ne peuvent pas plus se tromper qu'une
machine arithmétique. Le voyageur qui arrive
à la porte d'une auberge, fort pressé de se
reposer et de se restaurer, ne saurait se dé-
fendre de quelque humeur, en voyant ces
grandes figures immobiles, debout sur ie seuil
de leurs maisous, les bras croisés, et fumant
leur pipe avec un flegme parfait. On s'agite,
on s'impatiente, on les questionne: ils con-
tinuent à fumer avec la plus profonde indif-
férence, et vous regardent fixement sans
i)araître vous apercevoir. Mais ce même hom-
me, à qui il a fallu tant de temps pour se
convaincre que vous étiez là devant ses yeux,
et que vous aviez besoin de lui, une fois que
cela est bien entré dans sa tête, se mettra
en devoir, saus se presser, il est vrai, de
vous fournir consciencieusement tout ce qui
est à sa disposition. Ne l'étourdissez pas de
questions, ne lui donnez jamais deux ordres
à la fois, ayez patience; tout sera fait saus
ostentation, sans empressement, mais avec
uue scrupuleuse attention et uue exactitude,
souvent désintéressée.
(J. J. Ampère.)