Boekgegevens
Titel: Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
Auteur: Herrig, Ludwig; Helderman, D.J.
Uitgave: Deventer: A. ter Gunne, 1871
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: NO 09-353
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_200765
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse taalkunde
Trefwoord: Leesvaardigheid, Frans, Leermiddelen (vorm)
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   Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
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et. de tous les points des Pays-Bas, du nord
de la Prance et des Provinces-Rhénanes,
les artistes arrivaient, avec leurs ouvrages
qu'on disposait à l'iiotel-de-vilie.
N'oublions pas de dire que plusieurs des
jeunes peintres d'Anvers, qui expos:iient ,
avaient demandé la main de Caroline, sans
qu'elle eût donné de l'espoir à aucun. Son
père avait promis de la décider, en se pro-
nonçant lui-même, après les jugements du
concours.
Dans ce même temps, par une belle et
douce soirée, le vieux Matsys, que poussait
une sorte de pressentiment, courut lui-même
ouvrir sa porte, à laquelle on heurtait d'une
main puissante. C'était son fils Quentin,
qui revenait enfin après trois ans de voyages,
et qu'il embrassait avec ivresse. Le jeune
homme, un peu bruni, raconta seulement
qu'il avait parcouru la Prance, la Suisse
et l'Italie. H ajouta qu'il espérait ne plus
quitter son vieux père.
Le lendemain matin, la première personne
que Caroline aperçut de sa fenêtre, ce fut
Quentin Matsys, qui la salua de loin. Sa
ligure pâlie se ranima ; elle sembla reprendre
une vie nouvelle.
Le jeune forgeron cependant, pour prouver
qu'il avait fait des progrès dans ses courses,
se mit à faire, à l'aide du marteau, sans
le secours de la lime, ni d'aucun autre
instrument que le marteau seul, le précieux
édifice en barres de fer battu, qu'on voit
toujours à Anvers, devant la Cathédrale,
et qu'on appelle le puits de Quentin Mat-
sys. Au sommet de la coupole à jour,
formée de rameaux, de volutes et de fleurs
de fer travaillées avec goût, qui surmonte
ce leger édifice, il plaça un homme d'armes,
tenant la main coupée, et représentant, à
cè qu'on croit, le fameux géant d'Anvers.
11 mit aux anjïles d'autres figures sculptées,
que l'on croirait faites au ciseau et que le
marteau seul termina.
A toutes les époques, l'amour des arts a
été en quelque sorte une qualité populaire
dans les Pays-Bas. En même temps qu'on
admirait ce chef-d'œuvre du forgeron, la
foule se portait avec empressement à l'ex-
position des tableaux, qui dans quelques
jours allait être close pour la distribution
des prix. On avait remarqué surtout trois
ouvrages d'un artiste inconnu; ils portaient
pour toute signature un petit marteau. Le
premier était une vieille femme, jouant avec
un chien; peinture ,d'une rare perfection;
le second un Saiut-Eloi, patron des forge-
rons, que l'auteur oflVait à Notre-Dame
d'Anvers; le troisième était le portrait,
merveilleux de ressemblance et de vie, de
Caroline.
Pierre de Vos , émerveillé , reconnaissait
que ces trois morceaux étaient de la même
main. 11 soupçonnait là-dessous quelque
galanterie d'un des amants de sa fille. Ce-
pendant il s'embarrassait à le découvrir et
il n'y parvenait pas; car aucun des autres
ouvrages de ces jeunes peintres n'approchait
de ceux-là.
Le jour de la remise solennelle des en-
couragements donnés par la ville devait
révéler ce mystère. Le premier prix fut
accordé, aux acclamations générales, à l'ar-
tiste inconnu. On rompit le cachet qui
couvrait son nom. C'était Quentin Matsys.
Pierre de Vos courut à lui, l'embrassa
avec efi'usion ; et au bout d'un mois, époux
de la gracieuse Caroline, qui lui avait si
loyalement gardé son cœur, l'heureux Quen-
tin travaillait avec Pierre, qui ne pouvait
plus se passer de lui.
Ou a de mille façons altéré cette belle
conclusion d'une touchante histoire. On a
dit que Quentin Matsys s'était décélé à son
futur beau-père en peignant sur une de ses
toiles, en son absence, une tête de madone,
une main de vierge, .une bague ornée d'un
brillant ; qu'à ces coups de pinceau, Pierre
de Vos avait reconnu un haut talent. On
a même dit que Quentin avait fait, sur un
tableau de Pierre, une mouche si naturelle,
que le vieux peintre avait voulu la chasser
avec son mouchoir. On a dit bien d'autres
contes, qui se trouvent appliqués avec autant
de légèreté à plusieurs autres personnages.
Le bonheur de Quentin Matsys fut aus.si
complet qu'il l'avait rêvé. 11 eut un fils,
qui s'appela Jean, qui pratiqua aussi ce bel
art de peinture, mais qui sans doute eut
toujours la vie trop douce, car il ne sortit
point de la médiocrité. Peut-être fut-il
trop puissamtnent écrâsé par son père, qui
occupa bientôt le premier rang dans l'art de
son époque.
Ce fut, dit-on, en 1508, que Quentin
Matsys peignit la fameuse Descente de Croix,
qu'on admire toujours, entre ses deux pan-
neaux, dans le riche musée d'Anvers, li
fit beaucoup d'autres tableaux, dont la plu-
part ont péri, ou dans la catastrophe qui
engloutit les titres de gloire de Pierre de
Vos, ou dans les effroyables dévastations qui
signalèrent les Troubles.
Quentin Matsys était vieux, lorsqu'il fut
frappé /l'une immense douleur. 11 perdit sa
femme chérie. Dès lors il brisa ses pin-