Boekgegevens
Titel: Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
Auteur: Herrig, Ludwig; Helderman, D.J.
Uitgave: Deventer: A. ter Gunne, 1871
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: NO 09-353
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_200765
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse taalkunde
Trefwoord: Leesvaardigheid, Frans, Leermiddelen (vorm)
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   Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
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— 199 —
effort, j'aime votre fille; je suis riche. Je
mourrai si vous ne me la donnez pour femme.
L'artiste recula de quelques pas. Puis
après uu moment de silence, il reprit froi-
dement :
— Vous seriez épris de Caroline? J'en
suis fâché, mon jeune ami. Mais ma fille
n'épousera jamais qu'un peintre....
— Grand Dieu, s'écria le jeune homme,
n'achevez pas; laissez-moi du moins l'es-
pérance.
— Jamais, reprit le vieux peintre; n'en
parlons plus.
Sur ce mot, Pierre de Vos inflexible
reconduisit hors de chez lui le forgeron; et
le laissant dans la rue il ferma sa porte.
Quentin, comme s'il fût sorti d'un rêve
cruel, se secoua, sans retrouver ses sens.
Il leva les yeux sur la maison et vit à une
fenêtre Caroline qui, à sou mouvement se
retirait. 11 la salua d'un geste profond et
suppliant qui semblait dire: Aimez-moi Elle
lui rendit son salut par un triste regard.
H ne rentra point dans la maison de son
père. 11 erra tout le reste du jour pour
rassembler ses idées; et le soir il s'enferma
seul dans sa iietite chambre. 11 prit sa
résolution; il écrivit à Caroline une longue
et respectueuse lettre où il exposa tout son
amour; il lui jurait de n'aimer jamais qu'elle
et de l'aimer jusqu'à la mort ; puis il expo-
sait ses projets, et la suppliait, si elle ne
ie repoussait point, de lui garder son cœur,
de lui rester fidèle et de l'attendre trois ans.
Le lendemain, il trouva moyen de faire
remettre secrètement cette lettre à Caroline;
et après deux jours d'angoisses, deux jours
où il ne put entrevoir Tombre de ia jeiine
fille, deux jours où sans doute embarrassée
elle-même d'une démarche sur laquelle elle
ne pouvait consulter son père, elle eut aussi
sa pirt de supplice, après ces deux jours
si longs et' si cruels, le cœur de Qi^entin
faillit se briser de joie, lorsqu'on lui remit
avec mystère un petit papier, qu'il ouvrit
hors de lui et qu'il baisa vingt fois. Sa
figure était devenue animée,, radieuse; et
pourtant ce pajjier ne contenait que ce peu
de mots, écrits d'une main tremblante: —
Dans trois ans donc.
Mais c'était l'expression la plus laconique
de tout son désir. 11 bondit, d'allégresse et
courut trouver son père, à qui il n'avait
encore rien confié de ses amours. On ne
s'ouvre pas si vite pourtant sur des matières
si délicates; et il ne venait pas livrer des
secrets qui n'étaient plus à lui seul. Mais
il exposa au vieillard que la langueur dont
il était consumé n'avait pour cause que le
désir indomptable de voir le monde, de
courir les ateliers et de voyager pour se
perfectionner dans son art. Malgré la dou-
leur d'une séparation si pénible, le vieux
forgeron, accoutumé à voir les jeunes ou-
vriers faire de telles absences pour revenir
plus habiles, épuisa vîte ses objections. Il
donna à sou fils de l'argent et des conseils;
et il l'embrassa le lendemain, en le bénis-
sant et en lui faisant toutes les recomman-
dations qui naissent dans le cœur d'un père.
Quentin s'éloigna donc d'Anvers. Pierre
de Vos, attribuant son départ au chagrin
que ses refus lui avaient causé, le plaignit
un instant, puis Toublia, comme c'est
Tusage.
On n'eut dès lors aucune nouvelle de
Quentin Matsys, et le peu qui s'est con-
servé de son histoire ne nous apprend abso-
lument rien des lieux où le conduisireut ses
voyages, ni des artistes qu'il fréquenta.
Peut-être nous serait-il permis de profiter
de cet intervalle pour dire un mot des divers
récits, plus ou moins singuliers, qu'on a
hasardés sur son compte. Les uns, lui
ôtant son père, Tout fait vivre pauvre avec
sa mère presque mendiante, qu'il nourrissait
en ferrant des chevaux; version que rien
n'appuie; non plus que la supposition de
ceux qui disent qu'il devint peintre en
enlumin-int des images populaires, pendant
uue maladie; ni l'anecdote des autres qui
content que la jeune fille dont il était épris
balançait entre lui et un peintre; et qu'il
prit le pinceau pour la fixer: — Toutes
circonstances imaginées cent cinquante ans
après l'époque des faits réels, Qt qu'il nous
suffit d'indiquer pour qu'elles soient repous-
sées.
Trois aus après le brusque départ de
Quentin Matsys, on ouvrit à Anvers, au
mois de Juillet de Tannée 1486, une expo-
sition publique de tableaux. Cette innova-
tion était, dans TEurope moderne, une
glorieuse initiative; et la noble cité qui, la
première, institua de telles fêtes, en a
recueilli les truits, car les arts lui ont
donné une place illustre dans leurs fastes.
Anvers n'avait pas encore atteint Timmense
éclat qu'elle devait conquérir sous Charles-
Quint ; mais elle y marchait })ar l'intelli-
gence; peu à peu, elle envahissait l'héritage
de Bruges, en ce moment la plus splendide
des villes des Pays-Bas. Les magistrats
d'Anvers avaient promis de beaux encoura-
gements aux peintres qui recueilleraient le
plus d'hommages,, dans ce concours public;