Boekgegevens
Titel: Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
Auteur: Herrig, Ludwig; Helderman, D.J.
Uitgave: Deventer: A. ter Gunne, 1871
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: NO 09-353
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_200765
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse taalkunde
Trefwoord: Leesvaardigheid, Frans, Leermiddelen (vorm)
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   Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
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— 198 —
enrichi par les libéralités de Marie de Bour-
gogne, avait acheté l'élégante maison où il
venait s'installer.
Pendant qu'il s'occupait avec ses fils de
ses travaux de peinture, Caroline, habituée
aux gracieux ouvrages de l'aiguille, brodait
de ravissantes fleurs, quand les soins du
ménage, qui roulfûent tous sur elle depuis
qu'elle avait perdu sa mère, lui laissaient
un moment de repos. Comme toutes les
jeunes flamandes, sédentaire et calme, on
la voyait assise à sa fenêtre, d'où son char-
mant aspect troubla sans doute la paix de
plus d'un cœur. L'eflet surtout en fut
prompt sur le jeune forgeron Quentin Matsp.
Du moment qu'il l'eut remarquée, il devint
pensif; il tint son marteau d'une main plus
tremblante; il cessa tout-àcoup les chan-
sonnettes qui accompagnaient son travail
Le s(rir, au lieu d'aller rejoindre ses amis
à l'estaminet d'usage, il restait assis devant
l'atelier, grave et préoccupé, les yeux tou-
jours fixés sur la maison du peintre, tres-
saillant toutes les fois qu'il voyait paraître
Caroline, ou que le passage d'un flambeau
lui dessinait son ombre.
11 y avait un an que cet amour brûlait
en secret. Vainement le père de Quentin,
surpris du changement survenu dans ses
habitudes, avait cherché discrètement à en
deviner la cause, vainement les amis du
jeune homme avaient tout employé pour le
ramener à leurs plaisirs de la soirée; per-
sonne n'avait découvert son amour, excepté
la jeune fille, qui déjà sans doute le par-
tageait.
Le jeune forgeron était le premier de sa
ville pour le talent et l'adresse. Les impor-
tants travaux lui étaient confiés de toutes
parts; et son père était devenu riche
Anvers le réclame comme né dans ses murs;
Guicciardini, dans sa descript ion des Pays-
Bas, lui donne Louvain pour berceau. C'est
un point que nous ne déciderons pas. Mais
il travaillait aussi pour cette dernière ville,
où l'on voit encore, dans l'église de Saint-
Pierre, uu bras de fer battu, fait par lui,
et qui tenait autrefois le couvercle des fonts
baptismaux.
Un peu confiant dans son honnête posi-
tion, et audacieux comme un homme de
cœur, il s'avisa donc un jour de songer
qu'il pouvait se hasarder sans offense à
demander la main de Caroline. Comme il
était agité de ces pensées, Pierre de Vos,
qui connaissait par le bruit public l'habileté
de son jeune voisin le forgeron, vint lui
commander pour sa maison un marteau de
porte. Quentin ravi déploya tout son talent;
il forgea une figure grotesque, qu'il façonna
au marteau si parfaitement que le vieux
peintre en témoigna de l'admiration. — Vous
avez, lui dit-il, des dispositions pour être
artiste.
^Quentin, le jugeant en bonne humeur,
résolut de proliter de l'instant. — Je ne
suis qu'un ouvrier, répondit-il; mais pour-
tant mon père m'a-fait assez riche; et,
ajouta-t-il, en comprimant les battements
de sou cœur, si vous le vouliez, vous pour-
riez me rendre heureux
Pierre releva la tête, en souriant au jeune
homme: — Je vous comprends, dit-il, vous
voulez voir mes ouvrages. Il le prit par la
main, le fit entrer dans sa maison et le
conduisit dans sa galerie de tableaux.
Quentin, le cœur tout ému, n'osait détrom-
per le vieux peintre sur l'interprétation qu'il
venait de donner à sa phrase. D'ailleurs,
c'était »déjà pour lui une heureuse fortune.
En mettant le pied dans la galerie, il se
trouva pour la première fois face-à-face avec
Caroline. Tous deux rougirent excessive-
ment, sans que Pierre le remarquât. Quentin
interdit ne sut pas tirer de sa poitrine une
seule parole; il se maltraitait en lui-même
à cause de cet invincible embarras ; car il
redoutait l'influence de cette première en-
trevue ; et il était honteux de se sentir si
gauche. Cependant il se disait: — Comme
elle a rougi! Je serais donc aimé!
11 fut violemment tiré de celte rêverie
par l'artiste qui lui fit remarquer ses ta-
bleaux. La peinture, régénérée depuis peu par
les frères Van Eyck et par Memling, était
eu marche ; et Pierre de Vos' lui avait fait
faire des progrès. Le jeune homme se
voyait au milieu de cette galerie dans une
atmosphère de prestiges, où dominait l'ani^-é-
iique figure de Caroline. Un portrait de
cette jeune fille, peint par son père, lui fit
pousser un cri d'admiratjon. Il se retoun.a
pour comparer la ressemblance. Dans le
trouble que cette manifestation lui 'avait
causé, Caroline avait disparu.
— Eh quoi! dit le peintre, prendriez-
vous cela pour mon meil eur ouvrage !
— Ah! s'écria Quentin, en tombant à
genoux et lui prenant la main qu'il pressa
tendrement, vous pouvez me faire le plus
heureux des hommes; tout ce que je pos-
sède est à vous pour ce tableau.
— Pour ie portrait de ma fille? s'écria
Pierre; je vendrais le portrait de ma fille!
mais vous êtes fou, jeune homme.
— Hélas! dit Quentin, en faisant un