Boekgegevens
Titel: Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
Auteur: Herrig, Ludwig; Helderman, D.J.
Uitgave: Deventer: A. ter Gunne, 1871
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: NO 09-353
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_200765
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse taalkunde
Trefwoord: Leesvaardigheid, Frans, Leermiddelen (vorm)
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   Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
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— 9 --
Eugène était puni, et ses camarades se
moquaient de lui.
Par une belle matinée du mois de mai,
notre petit paresseux s'acheminait lentement
vers l'école du village, située à quelque
distance de la maison de son père. L'air
était pur et embaumé, le soleil brillant et
chaud.
Quel dommage, pensa Eugène, qu'il faille
aller s'enfermer dans une chambre triste et
froide, quand il fait si beau dans les prés,
et quand ce serait si agréable de courir et
de sauter tout le long du jour ! Oh ! vrai-
ment, je crois que je n'irai pas en classe
ce matin. Pour une fois papa et maman
me pardonneront bien; ils sont si bons et
ils m*aiment tant! Et, d'ailleurs, qui sait si
le maître prendra seulement la peine de les
avertir que j'ai manqué à l'écrle!
En raisonnant ainsi, Eugène savait par-
faitement qu'il faisait mal. Sa conscience
lui criait bien haut: »Va à l'école, sans
quoi tu tromperas tes parents et tu com-
mettras une mauvaise action!" Mais au lieu
d'écouter cette voix intérieure et de deman-
der à Dieu la force de réstister à la ten-
tation , Eugène ralentit de plus en plus le
pas et continua à nourrir dans son cœur
toutes sortes de mauvaises pensées.
Tout à coup, au tournant d'un sentier,
il aperçut un petit paysan conduisant un
troupeau de vacies, belles, luisantes et de
diverses couleurs:
Bon! s'écria-t-il, en battant des mains;
voilà justement Pierre, le garçon de la
ferme! Oh 1 pour le coup, je n'y puis plus
tenir! Je vais aller lui demander de faire
avec moi une partie de cache-cache.....
Adieu l'école pour aujourd'hui!
11 prit sa course, et dès que le petit
pâtre fut à la portée de sa voix: — Pierre,
eria-t-il, veux-tu venir t'amuser avec moi?
— Oh! non vraiment, monsieur Eugène,
lui répondit le pâtre. J'ai autre chose à
faire que de m'amuser. Je dois conduire
ces bêtes au pâturage, là-haut sur la colline:
Nous sommes au monde pour travailler,
vous savez, monsieur Eugène. Dieu n'aime
point les fainéants, comme le dit souvent
mon maître. Bonjour donc, monsieur Eugène.
Monsieur Eugène resta tout interdit, en
entencfcjnt cette réponse; il se sentait mal
à l'aise; et en regardant le petit berger
s'éloigner avec ses vaches, il se dit involon-
tairement, à lui-même: Pierre va remplir
son devoir; et pourquoi, toi, n'irais-tu pas
aussi remplir le tien?
f^ Que c'est donc ennuyeux que je ne
trouve personne pour jouer avec moi! Vrai-
ment, c'est bien peu obligeant de la part
de Pierre de n'avoir pas voulu s'arrêter un
moment!....
Eu grommelant de la sorte, Eugène con--
tinuait bien à marcher, mais d'un pas si
pesant, si disgracieux et si lent, qu'on
l'aurait pris, en vérité, pour un pauvre
petit' infirme, qui n'aurait pas eu le libre
usage de ses jambes.
Enfin, il arriva devant une jolie chau-
mière de l'aspect le plus riant, et qu'en-
tourait un charmant parterre, où s'étalaient
en abondance les plus belles fleurs de la
saison. Eugène connaissait parfaitement cette
maisonnette. La bonne vieille dame qui
l'habitait n'était désignée dans le village
que sous le nom affectueux de »mère Hay-
monde," moins à cause de son grand âge,
que parce que chacun avait pour elle ten-
dresse et vénération. La maman d'Eugène
allait fort souvent la visiter, et c'était une
grande joie pour son petit garçon quand
elle lui permettait de raccompagner; car,
sâns parler de l'accueil bienveillant et des
friandises que la bonne vieille avait en ré-
serve pour son jeune visiteur, elle lui ra-
contait d'ordinaire quelque touchante histoire
qui l'intéressait vivement.
— Si j'entrais chez la mère Kaymonde?
se dit notre petit paresseux en posant le
doigt sur le loquet de la porte du jardin.
Peut-être aura-t-elle quelque jolie chose à
me raconter aujourd'hui; et cela vaudra
encore bien mieux que de courir dans les
prés par cette grande chalçur.
La vieille dame était à tricoter, assise au
soleil, au milieu de ses fleurs. Dès qu'elle
aperçut Eugène, elle posa son bas et le
regarda venir avec une-expression de sur-
prise. Au premier coup d'œil, elle comprit,
a la figure maussade du petit garçon, qu'il
n'était ni sage, ni heureux, et le paquet
de cahiers et de livres qu'Eugène s'était
hâté, en entrant dans le jardin, de glisser
sous son bras, comme pour le cacher, acheva
de lui faire deviner toute la vérité. Cepen-
dant, elle ne fit semblant de rien, et,
souriant avec bonté:
-- Bonjour, mon cher ami, dit-elle à
Eugène. Vous êtes le bienvenu ce matin,
quoique, à vrai dire, je ne vous attendisse
guère en ce moment____; je pensais que
c'était l'heure de votre école.
Eugène rougit jusqu'au blanc des yeux.
— Asseyez-vous la, continua sa vieille
amie du ton le plus caressant, et dites-moi
ce que je puis faire pour vous être agréable,