Boekgegevens
Titel: Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
Auteur: Herrig, Ludwig; Helderman, D.J.
Uitgave: Deventer: A. ter Gunne, 1871
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: NO 09-353
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_200765
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse taalkunde
Trefwoord: Leesvaardigheid, Frans, Leermiddelen (vorm)
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   Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
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197 —
Après avoir débarqué son chargement,
la Rose le remplaça par une cargaison de
café , et nous appareillâmes pour la France,
après avoir séjourné environ un mois sur
la rade. La traversée de retour devait être
pour nous aussi triste que nôtre voyage en
venant avait été plein d'intérêt et de gaieté.
La santé de mou père, au lieu de s'amé-
liorer sous l'influence des pays chauds, était
devenue de plus en plus languissante , et,
quelques jours après notre départ de Rio
de Janeiro, épuise par les efl'orts qu'il avait
faits pour nous promener dans les environs,
sous ce ciel embrasé, il s'alita pour ne plus
se relever. Je ne saurais vous dire les
douleurs de sa longue agonie; elles furent
partagées par tout l'équipage de la goëlette,
qui le chérissait. Morvan ne cessait de pleu-
rer , et, quand il cherchait à me consoler,
toute son éloquence consistait à m'embrasser
en m'inondant de ses larmes.
Mon père m'embrassait tous les matins,
mais il ne voulait pas me laisser rester
auprès de lui, craignant pour ma jeune
imagination l'influence funeste du spectacle
prolongé de ses souffrances. Le soir Mor-
van venait me dire dans quel état il se
trouvait, et le plus souvent il cherchait à
me tranquilliser en m'annonçant une amé-
lioration à laquelle il ne croyait pas lui-
même. Penché sur le couronnement, d'où
mes yeux regardaient sans voir dans le
sillage de la goëlette , j'attendais un soir
que Morvan m'apportât la nouvelle accoutu-
mée; je me retournai en l'entendant s'ap-
procher de moi.
»Comment avez-vous laissé mon père?"
»Très-calme," me répondit-il.
Cependant sa voix était profondément
altérée, son visage était d'une extrême pâ-
leur , et ses yeux , contemplant fixement
dans l'eau , à l'arrière du navire , un objet
que je n'apercevais pas , avaient une ex-
pression de terreur que je ne leur avais ja-
mais vue.
»Vous me trompez! m'écriai-je; mon père
ne veut-il pas me voir ?"
»Je ne vous trompe point. Votre père
n'a pas demandé à vous voir ; pourtant ve-
nez l'embrasser encore une fois, car demain
il sera trop tard."
»Pourquoi? qui vous effraie ainsi? Mor-
van, parez!"
»Ne voyez-vous pas qu'ils nous suivent?"
dit-il d'une voix tremblante en étendant la
main vers l'objet dont il ne pouvait déta-
cher ses yeux.
En regardant avec attention dans la di-
rection qu'il me montrait, j'aperçus deux
requins qui se jouaient dans les eaux de la
goëlette, et je m'enfuis épouvanté.
J'avais entendu raconter en effet que ces
redoutables ennemis des marins suivaient leS
navires que la mort devait visiter, attendant
que le corps des victimes leur fût livré eu
pâture.
Je trouvai mon père dans l'état de tran-
quillité que Morvan m'avait annoncé; mais
c'était le calme que les mourants retrouvent
à la dernière heure. Cette nuit fut la der-
nière.
Si la mort est toujours terrible, si l'heure
des adieux suprêmes est toujours pleine
d'angoisse, c'est surtout à bord d'un navire
qije le néant de notre existence se dévoile.
Là point de cimetière, point de tombe où
l'on retrouve encore quelque chose de ceux
que nous avons perdus ; là on sent l'infini
plus prochain. Un cercueil entr'ouvre la
surface des eaux qui se referment sur lui ;
le navire fuit et tout disparaît sans laisser
de trace. (Ch. Yimout.)
157. LE MARÉCHAL D'ANVERS'.
On remarquait à Anvers, en l'année 1482,
;)rès du cimetière de Notre-Dame, aujourd'hui
e marché aux gants, à l'endroit même où
s'est ouverte depuis la rue étroite que l'on
appelle le passage de Quentin Matsys, —
dans une forge de belle apparence, — un
jeune homme de vingt-deux à vingt-quatre
ans, qui exerçait, avec son père déjà vieux,
le rude métier de forgeron et de maréchal-
ferrant. Ce jeune homme avait une figure
noble et animée; on vantait sa douceur
autant que sa force; son oeil ardent et pur
indiquait une ame pleine de vigueur. Ce
n'était pourtant qu'un simple ouvrier, qui
avait seulement au dessus de ses camarades
le mérite d'une grande habileté et d'une
bonne conduite.
Ce jeune homme avait vécu jusques~là,
insouciant et frivole, ne s'occupant que de
façonner le fer, et se reposant joyeusement
le soir avec ses amis, — lorsque vis-à-vis
la maison de son père, une porte s'ouvrit
pour recevoir un nôte distingué. C'était
.?ierre de Vos, peintre peu connu mainte-
nant, parc^.que ses ouvrages, emportés par
Charles-Quint, ont péri, mais qui laissa
des enfants devenus célèbres. Pierre de Vos
avait deux fils, et une fille qui se nommait
Caroline et qui était, disait on, le plus
bel ornement de sa galerie. L'habile peintre,