Boekgegevens
Titel: Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
Auteur: Herrig, Ludwig; Helderman, D.J.
Uitgave: Deventer: A. ter Gunne, 1871
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: NO 09-353
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_200765
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse taalkunde
Trefwoord: Leesvaardigheid, Frans, Leermiddelen (vorm)
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   Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
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La Rose mit quarante jours pour se
rendre à Rio. Pendant la traversée, une
partie de notre temps fut employée à con-
tinuer, sous la direction de mon père, les
é;udes nécessaires à Tintelligence de la par-
tie théorique de la profession que Jules et
moi nous voulions embrasser Morvan s'était
chargé de la pratique; il nous enseigna le
nom et Tusage de toutes les manœuvres; il
nous montra à faire les nœuds et les amar'
rages de toute espèce, à serrer une voile,
à prendre un ris et à gouverner. Ce n'é-
tait pas un médiocre sujet de fierté quand
on nous confiait pour quelque temps la roue
du gouvernail, et que, les yeux fixés sur
le compas, nous sentions la goëlette obéir
à notre direction. Malgré les nombreuses
distractions qui nous faisaient bien souvent
quitter le travail pour satisfaire notre cu-
riosité, nous avions assez bien profité des
enseignements que nous recevions, et, à la
fin de notre traversée, nous e'tions en état
de faire le point, de nous servir des cartes
marines, d'observer et de calculer la latitude.
Quand les résultats des observations que
mon père et Morvan faisaient tous les jours
nous apprirent que nous étions dans le voi-
sinage de la côte du Brésil, la surveillance
devint plus active, et Morvan fit mettre les
ancres en état d'être mouillées immédia-
tement. Des indices nombreux signalaient
l'approche de la terre; des oiseaux en plus
grand nombre, et d'espèces différentes de
celle? qui ne se trouvent qu'au large, se
montraient autour de la goëlette. La mer
avait perdu cette couleur d'un bleu fcncé
dont la pureté n'est parfaite que loin des
côtes, pour preudre ces teintes vertes qui
sont particulières à l'atterrage du Brésil.
La nuit étant venue avaut qu'on eût rien
découvert, le capitaine fit mettre on panne
pour jeter la grande soude. On peut, lors-
qu'on se trouve dans des parages bien cou-
nus, où les variations daus les profondeurs
de l'eau sont marquées avec exactitude sur
les cartes, rectifier, par l'emploi de la sonde,
la position obtenue par l'estime. Quand
l'eau est peu profonde, on jette la sonde
sans arrêter le bâtiment; un homme, placé
dans les porte-haubans eu daus une embar-
cation de portemanteaux, retenu par une
sangle et, penché sur l'eau, fait tourner le
plomb de sonde autour de sa tête comme
une fronde et le lance le plus loin possible
sur l'avaut ; quand, le navire avançant, il
se trouve à l'aplomb de la sonde, il roidït
la ligne et inesure la hauteur du fond par
ka marques qui la divisenb. Si la profon-
deur est très-grande, il faut employer un
plomb trop lourd et une ligne trop longue
pour qu'un seul homme puisse la manoeu-
vrer. Le bâtiment met en panne et le
plomb est passé à l'avaut; des hommes
s'échelonnent sur ie bord, de Tavant à l'ar-
rière, ten-^nt dans leurs mains chacun un
paquet de la ligne; on jette le plomb à la
mer, et l'homme qui est placé le premier
sur l'avant file la ligne à l'appel du plomb.
Les suivants filent ensuite la leur jusqu'à
ce que le plomb arrive au fond; on roidit
alors la ligne, et, après avoir noté la quan-
tité de ligne filée, ou haie le plomb à bord.
Les plombs de sonde sont garnis, à leur
partie inférieure, d'un morceau de suif qui
rapporte quelques parcelles de sable, de
vase ou de coquilles brisées; on connaît
ainsi la nature du fond. Après avoir con-
staté que nous étions dans ie voisinage de
la terre, la Rose passa une partie de la
nuit à faire de petites bordées et courut
ensuite sur la côte pour )a découvrir au
jour; on Taperçut, en effet, dans le loin-
tain, au lever du soleil; nous reconnûmes
en nous approchant les hjjutes terres du
cap Frio. C'est le point où viennent atterrir
les navires qui viennent à Rio-de-Janeiro.
La brise tomba peu à peu, et le calme ne
nous permit de uous approcher que très-
lentement de la terre.
Vers le soir, nous nous trouvions à quel-
ques milles dans le sud du. cap Frio. Les
montagnes se chargèrent alors d'épais nu-
ages noirs qui montaient derrière elles et
envahissaient lentement le ciel. Nous pou-
vions distinguer les forêts épaisses qui cou-
vrent la côte. Plusieurs navires faisant la
même route se trouvaient entre la terre et
nous; les dernières bouffées de la brise du
large soulevaient encore nos voiles, et déjà
la brise de terre faisait moutonner la mer
sur la côte. Au-dessus de nos têtes, le ciel
était bleu et plein de lumière; sous nos
pieds, la surface polie des eaux resplen-
dissait des feux du soleil couchant; mais
à notre droite l'ombre épaisse des nuages
couvrait la terre et la mer. On voyait les
bâtiments les plus près de la côte carguer
successivement leurs voiles hautes. Leur grée-
ment et leur voilure encore éclairés par le so-
leil se détachaient en silhouette lumineuse sur
la bande obscure qui s'approchait de nous,
et où ils disparaissaient en s'inclinant tout
à coup sous l'orai^e. La Rose prit aussi
ses précautions; on rentra les bonnettes,
on serra les perroquets, on rentra le grand
foc. J'étais monté sur la vergue du petit-
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